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Les aventures d’un soi hypothétique

Texte et mise en scène de Yara Bou Nassar – interprétation : Yara Bou Nassar et Elie Youssef – spectacle en français et arabe surtitré, inscrit dans le cycle Ce qui nous relie de la MC93/Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny et dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

© Philip Frowein

Coup d’envoi du cycle proposé par la MC93 de Bobigny qui poursuit avec détermination sa programmation autour de la mémoire collective et de récits de vie, ô combien précieux, issus de contextes politiques et géo-politiques différents, avec une attention particulière au Moyen-Orient. Hortense Archambault qui la dirige programme pendant un mois, des productions à partir d’écritures théâtrales contemporaines venues notamment d’Égypte, de Syrie, du Liban et d’Algérie, en langue arabe, en partenariat avec D-Caf (Le Caire) ainsi que d’autres spectacles qui montrent que la Méditerranée est ce qui nous relie.

© Philip Frowein

Les aventures d’un soi hypothétique qui fait l’ouverture de la saison est le premier spectacle de la série issu de la Rive Sud de la Méditerranée. Originaire de Beyrouth, Yara Bou Nassar raconte son histoire familiale à travers le parcours de ses parents, Noun (Hada el Hage) et Jeem (Joseph Bou Nassar) dans les années 70, depuis Beyrouth jusqu’à Paris par des chemins en sinusoïde sur fond de guerres. Elle les a interrogés, complétant ainsi le récit que lui avait fait son grand-père, poète, Ounsi el Hage et celui de l’ami de son père, le musicien A (Abed Azine). Au début et avant de poser le cadre, on se perd un peu dans les différents prénoms et personnages et dans les géographies, puis les choses se stabilisent et se cadrent. On suit le récit familial, passant, du côté du père, par la Pologne, Wrocław et le Théâtre Laboratoire de Grotowski, célébrissime dans les années 70 et par le Théâtre du Soleil à Paris et le Théâtre de l’Épée de Bois, à la Cartoucherie de Vincennes. Car le père de Yara, dite Ya, est un acharné de théâtre. Son premier théâtre, petite salle aménagée dans sa maison de Beyrouth, avait brûlé dès le début de la guerre. Sa mère est poétesse et journaliste.

Une voix off ouvre le spectacle, les deux acteurs nous font face et la musique accompagne. On part de la Méditerranée et de l’eau comme métaphore. « L’eau peut exploser » dit la voix. Sur un grand écran, un pinceau d’encre noire commente de manière assez abstraite et tout au long du spectacle, les mots dits (dessins Karen Keyrour). Au-dessus, un petit écran pour la traduction qui défile bien vite avec un texte dense. La scène est vide ou presque, seule une table carrée et deux chaises pliantes illustreront le voyage, signe d’un nomadisme imposé quand on vient d’un pays comme le Liban où les guerres se succèdent. La table bouge et se déplace, elle est le seul accessoire et se teinte de différentes significations, montrant le flux et le reflux de la vie d’exil (scénographie Laura Knusel, lumière Thomas Coux).

© Philip Frowein

Le récit décrit les lieux, donne le nom des rues, des hôtels, des restaurants, Yara observe les aller-retours de son père, Jeem, au Liban, en Pologne, en France où il rencontre sa mère, Noun, venue rejoindre son propre père alors directeur du journal An-Nahar النهار, l’un des journaux de référence du Liban et du monde arabe. Noun avait laissé au pays son amoureux, Selim, qui ne l’attendra plus et partira aux États-Unis. Remise de cette rupture, avec le temps, elle épouse Jeem. Ensemble, ils rentrent au Liban le 31 mars1981 avec un enfant de quarante jours dans les bras.

Yara Bou Nassar pose la question de la prise de décision – partir, rester, aller où ? – des déchirures, des adieux, des retours et des renaissances, du théâtre et de Romy Schneider, d’Hernani, dernier rôle du père à la Cartoucherie de Vincennes. Elle parle de la déclinaison de la langue arabe et sur scène s’exprime dans les deux langues. Son partenaire, Elie Youssef, qui interprète Jeem, s’exprime en arabe, le passage entre les langues est fluide. La mémoire s’érode autour des guerres qui s’enchaînent, celle des Cent jours qui prête à débat, un sous-conflit de la phase 1977-1982 de la guerre civile libanaise entre les milices alliées du Front Libanais et les troupes syriennes, presque une guerre de Cent ans. Le récit est forcément fragmenté comme le fut la vie du couple. On suit l’itinéraire de l’un puis de l’autre, puis des deux, entre initiation artistique, cheminement amoureux et exils successifs, des années 1970 à 2000. La musique originale de Paed Conca rythme la traversée, sur scène comme les images sur l’écran.

Yara Bou Nassar, qui met également en scène le spectacle et y interprète différents rôles, mêle les récits et témoignages et part sur les traces de ses parents pour comprendre son pays et confirmer son identité dans la transmission entre générations, éclairant ainsi le passé pour mieux vivre le présent et construire l’avenir. Une séquence d’une grande puissance clôture le spectacle où couchés sur la table ils regardent le monde à l’envers, pendant que la pluie tombe.

Brigitte Rémer, le 18 septembre 2026

Texte et mise en scène de Yara Bou Nassar – jeu : Yara Bou Nassar et Elie Youssef – musique Paed Conca – dessins Karen Keyrour – scénographie Laura Knusel – lumières Thomas Coux – traduction Jumana Al-Yasiri – surtitrage Hanane Dirani – tecchnique et production, les équipes de la MC93 – coproduction la Cité internationale des arts, avec le soutien de l’Institut Français au Liban, Warm up/ Printemps des comédiens. Avec le soutien de l’AFAC (Arab fund for arts and culture), Theater Neumarkt, Südkulturfonds et de l’Onda, Office national de diffusion artistique.

Jeudi 17 et vendredi 18 septembre 2026, à 19h30, samedi 19 septembre, à 18h30, à la MC93/Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, 9 boulevard Lénine, à Bobigny – métro : Bobigny Pablo Picasso – tél. : 01 41 60 72 72 – site : www.mc93.com