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Trio, Quintett, Enemy in the Figure

Trois chorégraphies de William Forsythe, interprétées par le Ballet de l’Opéra national du Rhin – Théâtre de la Ville Sarah-Bernhardt, dans le cadre de Chaillot hors les murs.

Trio © Agathe Poupeney

Principalement formé à New York où il a grandi, William Forsythe a commencé sa carrière au Joffrey Ballet, puis au Ballet de Stuttgart, avant de diriger pendant vingt ans à partir de 1984 le Ballet de Francfort, année où il crée la pièce Artifact. Il fonde ensuite, en 2004, la Forsythe Company, qu’il animera jusqu’en 2015.

S’éloignant du répertoire classique par ses recherches, Forsythe  a rendu plus dynamique l’expression chorégraphique. Ses expériences dans les arts visuels lui ont permis de faire évoluer les formes esthétiques à travers des performances, installations, films et par le numérique, tous matériaux dont il s’est emparé et qu’il montre dans les musées.

Le Ballet de l’Opéra national du Rhin rend hommage au chorégraphe et présente deux programmes. Le premier, Ici et The look, signé de Sharon Eyal et Léo Lérus. Le second que nous évoquons, présente trois des pièces de Forsythe : Trio et Quintett, de facture classique, Enemy in the Figure, un magnifique récit d’une toute autre nature. Créé en 1996, Trio fait interagir une danseuse et deux danseurs aux couleurs vives et bariolées comme un tableau abstrait, sur l’allegro du Quatuor à cordes n°15 de Beethoven. Écritures des bras et passages de main à main, savants portés et corps plume, tension, grâce et précision guidés par la musique écrivent une chorégraphie entre terre et ciel.

Quintett © Agathe Poupeney

Le magnifique contrebassiste britannique Gavin Bryars signe la musique de Quintett, chorégraphie créée en 1993. Il a étudié la philosophie avant de débuter une carrière de musicien de jazz classique dans les années 1960, de développer l’improvisation libre, puis de composer. Il a écrit plusieurs opéras, dont Médée, mis en scène par Bob Wilson. Ce Quintett porte les vibrations d’un tissu chorégraphique composé majoritairement de solos, quelques duos, trios et ensembles où les corps se mêlent et les liens se tissent avec une certaine mélancolie. William Forsythe a composé la pièce alors que sa femme, la danseuse Tracey Kai-Maier était atteinte d’un cancer, elle disparaitra un an plus tard, en 1994. Les notes graves de la contrebasse de Gavin Bryars dans Jesus’ Blood Never Failed Me Yet reviennent d’une manière lancinante et accompagnent l’ensemble. Comme dans Trio la virtuosité technique des danseurs éblouit dans la fluidité des tours, des sauts et des portés. Dans Quintett, tout est épuré et on y trouve une réelle force de vie dans une pièce profonde et pleine d’émotions où les corps s’étirent à l’infini.

Enemy in the Figure © Agathe Poupeney

La troisième pièce, Enemy in the Figure, a été créée en 1989. Onze danseurs sur scène nourrissent un scénario où la scénographie devient un personnage. Sur une immense paroi de bois ondulée qui traverse la scène en diagonale se reflète l’ombre des danseurs traduite par un projecteur mobile qu’ils déplacent. L’atmosphère est à la fois féérique et inquiétante, géométrique et fantomatique. La musique du compositeur néerlandais Thom Willems, qui a composé pour de nombreuses pièces de William Forsythe, balise l’ensemble de ses rythmes et sonorités électroniques.  Un câble et un cordage traversent la scène et une danseuse court, à toute allure, comme menacée, traquée, dans un univers instable et inquiétant. Des gestes en accéléré se répètent et s’affolent. Les costumes transforment les danseurs en aigles noirs contrastant avec les justaucorps blancs des femmes. La chorégraphie travaille sur la forme et la perception, elle est hypnotique. Des trois pièces présentées ici elle est la plus ancienne, étrangement, c’est celle qui  s’engage dans la voie du futur.

Quintett © Agathe Poupeney

Ce superbe programme composé par Bruno Bouché, directeur du CCN/Ballet de l’Opéra national du Rhin depuis 2017, est un hommage à l’art de la composition du chorégraphe William Forsythe autant que l’exposition de la virtuosité des danseurs du Ballet de l’Opéra national du Rhin dans l’étendue de leur gamme. Son parcours est emblématique : il est à l’Opéra national de Paris de 1996 à 2014, dirige la compagnie Incidence chorégraphique de 1999 à 2017, compagnie qui produit les créations de danseurs de l’Opéra de Paris et d’artistes indépendants. Il signe des chorégraphies depuis 2003 et travaille de manière très ouverte, entre autres avec le théâtre.

Ces trois chorégraphies – Trio, Quintett et Enemy in the Figure – reprises par le Ballet de l’Opéra national du Rhin sont remarquables. Elles mettent en valeur la danse et les danseurs, tous virtuoses et aériens, la perfection du geste dans sa puissance et sa grâce. Une  programmation lumineuse du Théâtre de la Ville Sarah-Bernhardt et de Chaillot hors les murs.

Brigitte Rémer, le 3 mai 2026

Trio, chorégraphie, scénographie William Forsythe – musique Ludwig van Beethoven – lumières Tanja Rühl, répétiteur Thomas McManus – costumes Stephen Galloway – Avec : Pierre-Émile Lemieux-Venne, Hénoc Waysenson, Lara Wolter les 25, 26 avril (20h) et 5 mai et avec Di He, Erwan Jeammot, Alexandre Plesis (les 26 avril (15h), 3 et 6 mai. Création en 1996 par le Ballet de Francfort – Entrée au répertoire du Ballet de l’OnR en 2025.

Enemy in the Figure © Agathe Poupeney

Quintett, chorégraphie William Forsythe, en collaboration avec Dana Caspersen, Stephen Galloway, Jacopo Godani, Thomas McManus, Jones San Martin – musique Gavin Bryars -costumes Stephen Galloway – décors, lumières William Forsythe – Avec : Ana Enriquez, Julia Weiss, Miquel Lozano, Marc Comellas, Cauê Frias les 25 avril, 26 avril (20h) et 5 mai et avec Marta Mendo Dias, Susie Buisson, Maron Delavaud, RubénJulliars, Miguel Lopes les 26 avril (15h), 3 et 6 mai. Création en 1993 par le Ballet de Francfort – Entrée au répertoire du Ballet de l’OnR en 2017.

Enemy in the figure, chorégraphie, scénographie, lumières et costumes William Forsythe – musique Thom Willems – Avec 11 danseurs. Création en 1989 par le Ballet de Francfort – Entrée au répertoire du Ballet de l’OnR en 2023.

Équipe du Ballet de l’Opéra national du Rhin : Bruno Bouché directeur artistique, Emmanuelle Boisanfray administratrice, Jérôme Duvauchelle directeur technique, Claude Agrafeil, Adrien Boissonnet maîtres de ballet, Boyd Lau régisseur général, Maxime Georges pianiste répétiteur.

Ballet de l’Opéra de Lyon

Steptext, de William Forsythe, Ballet de l’Opéra de Lyon
© Théâtre de la Ville/Paris

Sarabande, de Benjamin Millepied – Critical Mass, de Russell Maliphant – Steptext de William Forsythe, au Théâtre de la Ville/Espace Cardin.

Une belle soirée de danse en trois chorégraphies est proposée par le Ballet de l’Opéra de Lyon, invité du Théâtre de la Ville, comme chaque année, à l’Espace Cardin. De formation classique mais tournée vers la danse contemporaine, la troupe est virtuose. Son entrainement avec des chorégraphes extérieurs représentants différents courants l’a ouverte à une variété de techniques et lui permet de jouer dans la diversité des styles.

Sarabande, pour quatre interprètes masculins sur des extraits de la Partita pour flûte seule et des Sonates et Partitas pour violon seul, de Jean-Sébastien Bach, dans une chorégraphie de Benjamin Millepied, fut créé en 2009. Légère, avec ses chemises à carreaux ou à raies verticales vertes ou rouges qui donnent le ton, la Sarabande se conjugue en solos, duos, trios ou quatuors avec décontraction, efficacité et musicalité. Il y a de la fluidité et du ludique dans l’art de disparaitre et d’apparaitre des danseurs.

Critical Mass, pièce créée en 1998, par le britannique Russell Maliphant, sur une musique signée Andy Cowton et Richard English, présente un duo-duel d’hommes vêtus de combinaisons bleu de chauffe. Dans un clair-obscur ou la brume d’un rêve, ils s’expérimentent et se calent l’un dans l’autre, puissants et sensuels et déclinent des figures par glissements et tensions qui pourraient évoquer Music lovers de Ken Russell.

Créé en 1985 Steptext, de William Forsythe, met en danse une femme – en justaucorps et collant rouge – et trois hommes en noir, sur la Chaconne de la Sonate n° 4 pour violon seul en ré mineur, de Jean-Sébastien Bach. Les danseurs en duos font preuve d’une tonicité et technicité éblouissantes, dans la pureté du geste qu’ils déconstruisent. La danseuse est sur pointes. La musique se suspend. Précision et émotion sont au rendez-vous.

Depuis plus de vingt ans le Ballet de Lyon s’est constitué un important répertoire d’une centaine de pièces dont la moitié sont des créations mondiales, puisant dans tous les alphabets, du post-modern américain aux écrivains du mouvement, des explorateurs de territoires nouveaux aux représentants de la jeune danse française. Les danseurs sont d’une éblouissante technicité et d’une belle simplicité, et développent leur art avec sensualité et majesté.

Brigitte Rémer, le 14 mai 2018

Vu le 8 mai 2018 : Sarabande – chorégraphie Benjamin Millepied, avec Sam Colbey, Alvaro Dule, Marco Merenda, Raul Serrano Nunez –  musique Bach, extraits de la Partita pour flûte seule & des Sonates et Partitas pour violon seul – costumes Paul Cox – lumières Roderick Murray – pièce pour 4 danseurs créée en novembre 2009 par la Cie Danses Concertantes. Entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon en décembre 2011. Critical Mass – chorégraphie Russell Maliphant, avec Albert Nikolli , Leoannis Pupo-Guillen – lumières Michael Hulls – musique Andy Cowton, Richard English – pièce pour 2 danseurs créée en avril 1998. Commande de la Thamesdown National Dance Agency avec l’aide du British Ballet Organisation, Londres, et Die Werkstatt, Düsseldorf. Entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon le 22 juin 2002.  Steptext chorégraphie William Forsythe, avec Julia Weiss, Tyler Galster, Marco Merenda, Roylan Ramos – musique Jean-Sébastien Bach, Chaconne de la Sonate n°4 pour violon seul en ré mineur, pièce pour 4 danseurs créée en janvier 1985 par l’Aterballetto, à Reggio Emilia/Italie. Entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon le 15 mars 1987.

Du 2 au 12 mai 2018, à l’Espace Cardin/Théâtre de la Ville, 1 avenue Gabriel. 75008 – métro : Concorde – site : www.theatredelaville – tél. : 01 42 74 22 77