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Gathering Memories with my eyelashes

Texte et mise en scène Nanda Mohammad, avec Bouchra Hajo et Nanda Mohammad – composition musicale et musique live Mohammed Sami – à la MC93 / Bobigny, programme Ce qui nous relie, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

Photo d’archive Nanda Mohammad

Il y a beaucoup de Mère Courage dans le monde, femmes ballotées au fil des événements géopolitiques, combatives pour survivre. C’est le récit de l’une d’entre elles que fait entendre Nanda Mohammad assise côté cour près du musicien, le récit de sa mère, Bouchra Hajo, qui lui fait face côté jardin, moment de théâtre, moment de vérité et d’émotion.

Née en Syrie et connue comme actrice emblématique en Égypte où elle a émigré il y a une quinzaine d’années après avoir été formée à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Damas, Nanda Mohammad met cinq ans à faire émerger cette parole restée souterraine depuis toujours, en cherchant à formuler les questions vitales qui la taraudent en termes d’identité et de géographies, dans une vie qui n’a rien d’un long fleuve tranquille.

© Nanda Rawabet

Ses souvenirs d’enfance envolés et devenue quasi-amnésique, son personnage essaie de reconstituer le puzzle de la vie par les informations que lui transmet sa mère entre les oublis, les non-dits et les vérités maquillées, pour garder le faisceau d’une joie de vivre. Nanda Mohammad entrelace le théâtre à la vie, déterminée à son tour à comprendre les interactions qui la façonnent, entre les pays, les langues, les désirs et les solitudes, sa réflexion sur le théâtre et le dépassement de soi. Dès l’âge de sept ans elle avait décidé de devenir actrice, sa mère, maquilleuse, l’emmenait souvent avec elle au théâtre.

Pour elle, la vie se joue entre l’Irak d’où est originaire son père, la recherche de ce père qu’elle ne connaît pas, retrouvé des années plus tard en Suède et qui la désavoue, la Syrie pays de son enfance. On remonte aussi la généalogie bien avant, sur l’arrière-grand-mère, témoin des massacres kurdes en Turquie – révolte de l’Ararat et massacre de Zilan en 1930, massacre de Dersim entre 1937 et 1938 – la naissance bienvenue d’un garçon et celle plus contestée d’une fille dans cette mêlée des générations. Les histoires évoquées sont réelles, Nanda Mohammad les habille à peine de fiction et montre de nombreuses photos retrouvées dans les albums familiaux. « Tu étais gaie » lui dit sa mère qui raconte aussi comment elles ont quitté la maison de Tété, la grand-mère, pour essayer de construire une vie libre.

© Nanda Rawabet

Ce travail sur la mémoire et la transmission, sur l’absence et la présence, plus documentaire qu’imaginaire, égrène les traumatismes au fil des questions posées par Nanda et des réponses apportées par Bouchra. La musique de Mohammed Sami, violoniste et époux de l’actrice, marque chaque séquence. Des images de jeunesse sur un écran composé de bandes de tissu créant le trouble et le flou, témoignent d’une mémoire incertaine. Il y a aussi de l’humour dans le spectacle, quand un piano voyage de Russie en Syrie, vendu à l’arrivée par la grand-mère, le voisin Abou Naouar, le seul à avoir le téléphone et la communication avec le père qui réapparaît après de longues années de silence. À travers le récit de sa mère, Nanda Mohammad nous fait traverser les événements familiaux, dramatiques ou heureux : les neuf mois de prison et de torture en Irak pour le père, l’hospitalisation de la mère et les électrochocs, elle qui a joué au théâtre et même au cinéma, dit-elle fièrement, la sidération de Nanda devant certaines images. « Je ne me souviens pas… » dit-elle et comme un leitmotiv elle réitère sa question : « Pourquoi tu ne me parles jamais de mon père ? Je ne sais même pas comment tu l’as rencontré. » Et la mère se plie à la narration. Son mariage, une année en Irak au cours de laquelle commence la guerre Iran-Irak, l’accouchement en Syrie pour ne plus revenir.

© Nanda Rawabet

Dans tous les aléas de la vie, Nada Mohammad avoue ne plus savoir comment mettre de l’ordre dans sa tête, parle de son intranquillité, des souvenirs et des cauchemars qui la poursuivent, comme ce récit fait par sa mère du massacre vécu par ses ancêtres. « Le théâtre me sauve de la colère et de la solitude » reconnaît-elle. La complexité de la vie croise la tendresse de la mère qui lui montre le petit cahier bleu dans lequel elle consignait toutes les étapes de l’enfance, moment d’émotion partagée, elle, née fille dans une société qui ne reconnaît que l’homme. Aucun tabou sur la découverte de son corps, ses premières règles et son entrée dans « le club international des femmes qui saignent. »  Le père qui finalement la désavoue donc l’abandonne, la dénonçant à la police suédoise pour qu’elle n’obtienne pas de passeport libre.

D’autres moments d’émotions quand Bouchra se lève et rejoint le centre du plateau où elle retrouve sa fille, et quand Mohammed Sami, le musicien placé derrière le pupitre, s’avance dans la lumière avec son violon avant de rejoindre les deux actrices. Le récit se poursuit en duo. Nanda exprime la nécessité d’un voyage en Syrie, « Damas veut me voir… » dit-elle demandant à sa mère de l’accompagner, proposition qu’elle décline : « Ma mère est morte loin de chez elle, je n’y vais pas… » dit Bouchra. On suit Nanda dans ses émouvantes retrouvailles avec le pays, sa maison, habitée, qu’elle redécouvre et la rencontre avec des enfants qui lui demandent de jouer à cache-cache. « Pour la première fois je pensais que j’étais sereine n’importe où dans le monde. »

© Nanda Rawabet

Gathering Memories with my eyelashes est un courageux voyage dans un passé plein d’embûches pour ces deux femmes qui ont su transcender les manques et l’absence par le théâtre. Elles gardent l’harmonie d’une relation forte dont elles nous rendent témoin et qui est théâtralisée avec force et subtilité. Nanda Mohammad a collaboré avec de grands metteurs en scène au plan régional comme international. Elle a écrit cette première pièce, conçue au départ en forme de monologue qu’elle a ensuite fait évoluer en dialogue, comme une nécessité à la suite d’une résidence de recherche à la Cité internationale des arts, en 2024. C’est un beau texte de réconciliation avec sa famille comme avec elle-même, et de pari sur la vie et l’avenir, malgré les blessures. « Un nouvel environnement vous met à l’épreuve à plusieurs niveaux. Il vous pousse vers des zones plus profondes, plus riches, que je n’aurais peut-être jamais atteintes sans ce déracinement » reconnaît-elle.

Brigitte Rémer, le 1er octobre 2026

Scénographie et vidéo Bissane Al Charif – dramaturgie Omar Abu Saada – création lumières Thomas Cottereau – régie générale Mram Abdel Maqsoud -régie lumière Eloé Level – traduction Jumana Al-Yasiri – regard extérieur Ahmed El Attar. Production Orient Productions avec le soutien de l’association – Arab Arts Focus (AAAF) et le Fonds de soutien aux Arts Arabes (FSAA) – Ce spectacle fait partie du programme « Premières II x 2B Continued » coopération – Production franco-égyptienne pour les arts de la scène indépendante par l’ambassade de France en Égypte et avec le soutien du Fonds d’Appui l’Entrepreneuriat Culturel (FEF-Création) – Avec le soutien de la Région Normandie et la Compagnie des Petits Champs.

Du mercredi 30 septembre au dimanche 4 octobre 2026, Mercredi, jeudi, vendredi à 19h30, samedi à 18h30, dimanche à 15h30, à la MC93 / Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis – 9 boulevard Lénine. 93000 Bobigny – métro ligne 5 : Station Bobigny Pablo-Picasso – Site : mc93.com – tél. : 01 41 60 72 72

Story of…

Conception, mise en scène et direction artistique Laila Soliman – spectacle en arabe et anglais surtitrés en français et anglais, avec Sherin Hegazy – à la MC93 Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny/ programme Ce qui nous relie, Théâtre contemporain de la Rive Sud – dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 – en partenariat avec le Festival d’Automne.

© Ahmed Al Saaty

C’est un spectacle qui interroge la vie et la psyché de la femme dans toute son amplitude, son statut dans la société quand elle fait face à la tragédie de la perte d’un enfant et que son monde, son intégrité, s’écroulent. C’est un spectacle-courage réalisé avec beaucoup de douceur et de douleur et qui met en jeu l’image, le corps, les mots qui nomment les choses, la musique.

Laila Soliman, metteuse en scène et dramaturge égyptienne, fait récit de sa vie alors qu’elle perd son fils, Nagy, quatre jours après l’avoir mis au monde et met d’autres récits de femmes en parallèle au sien. Gros plans sur images (mains, bouches, peau, pieds, visages) qui racontent l’inconcevable quand les battements de cœur se font attendre et s’absentent.

© Ahmed Al Saaty

Au côté jardin, une actrice-danseuse (Sherin Hegazy) accompagne de quelques gestes la douce berceuse que chantait Laila Soliman à son fils. Le spectacle est tout en retenue dans le jeu des ombres qui hantent les murs du théâtre comme autant de doubles ou marqueurs de l’absence. La figure de la mère et celle de la grand-mère dans leurs parcours de femmes, leurs philosophies et leurs armes, se mêlent à celle de leur fille et petite-fille, la musique de Nancy Mounir les accompagne.

Dans le récit de l’auteure la femme pourtant est une déesse et comme perdue en mer dans ces circonstances. Le service néo-natal d’un milieu hospitalier dit privilégié n’intéresse pas. « Personne pour te sauver… » Solitude du parcours de FIV d’abord, fausses couches ensuite, autant d’événements traumatiques relatés dans la narration et montée de la haine pour un pays qui ne prend pas soin d’elles ni des nouveaux nés.

L’actrice-danseuse se lève, elle a pour accessoires quelques ballons, à la fois jeux d’enfants et possibilité d’une gestuelle glissée, coulée, elle en serre un dans ses mains comme on tient un enfant. Se plaçant derrière l’écran transparent, dans le silence, elle met en mouvement le bassin, sanctuaire de la vie, le corps se plisse et se casse, les pieds s’enfoncent dans la terre, le corps se tort comme celui de la femme qui accouche, gestes suggérés, délicats. Elle est nymphe et vestale même si par la douleur elle devient sphinge. Elle est fille du peuple et toutes les femmes du monde. Elle est reine et interroge fertilité, fécondité et féminité.

© Ahmed Al Saaty

Laila Soliman parle de ce besoin viscéral d’avoir un enfant, de mettre au monde. Elle évoque la vie d’une femme face aux choix que la pression sociétale impose : travailler et/ou s’occuper des enfants dans la perfection recherchée. L’image rejoint l’actrice dans un jeu de dédoublement entre mère et fille évoquant la transmission. Puis l’actrice s’avance dans la salle rallumée et s’adresse au public. Elle égrène une à une les fiches qu’elle porte dans les mains en suivant son alphabet pour lancer des messages comme des bouteilles à la mer : Ṣād ص – Lām ل – Mîm م – Shin ش – Bâ’ ب – Noûn ن – Waw و – Alif  أ.  Tout ce qui pèse sur la femme est listé, les bons conseils et les bonnes intentions, les démagogies, les hypocrisies. On dit que la femme est faite pour engendrer, mais est-ce si naturel ? « Je me suis sentie vieillir » dit l’auteure après cette traversée du désert. Est-ce ça, ce qu’on appelle le destin, القَدَر ? pose-t-elle.

Quelques images d’enfants aux pieds potelés passent ainsi que des images d’eau comme liquide amniotique, et reflet du Caire dans le Nil. « J’imagine que je parle à Nagy… » Un ballon blanc s’envole au-dessus de la ville, au son de la flûte/ney puis une vague de ballons noirs encercle l’actrice, qui s’enfouit comme dans une matrice. Sur écran se superposent des visages de femmes leurs sourires en fondu enchaîné. De l’intime on glisse dans le collectif pour faire entendre des récits longtemps étouffés et fort peu représentés sur scène. Ces fragments de vie et ces visages racontent, mémoires partagées, dans un parcours sensible et de réparation, salutaire pour toutes et pour tous.

Brigitte Rémer, le 25 septembre 2026

Chorégraphie Sherin Hegazy – scénographie et création vidéo Bissane Al Charif – création sonore et musique Nancy Mounir – assistante à la direction et au montage vidéo, vidéographie Abigail Chien – assistante à la production et à la direction Mariam Akmal, Manar Kamel – création et régie lumière Saber el Sayed – ingénierie du son live Mohamed Sabry. Production Virginie Dupray – coproduction New York University in Abu Dhabi, The Arab Fund for Art & Culture, MC93 Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis, Festival d’Automne à Paris, Saison Méditerranée 2026, Festival Spielart (Munich) – Soutien Orient Productions (Le Caire) – Libr’Arts (Montpellier).

Jeudi 24 et vendredi 25 septembre 2026 à 19h30 – samedi 26 septembre à 18h30 – dimanche 27 septembre, à 15h30 – à la MC93 / Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis – 9 boulevard Lénine. 93000 Bobigny – métro ligne 5 : Station Bobigny Pablo-Picasso – Site : mc93.com – tél. : 01 41 60 72 72.

Salma mon amour – سلمى حبي أنا

Texte et mise en scène Ahmed El Attar, Orient Productions, Le Caire (Égypte) – assistanat à la mise en scène Lina Sakr et Teymour El Attar – 80ème Festival d’Avignon/Espace Vedène, l’Autre Scène du Grand Avignon – dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 – spectacle en arabe et anglais surtitré en français, anglais et arabe.

© Mostafa Abdelaty

Salma est une jeune fille pétillante et qui semble mordre la vie à pleines dents (Kawthar Mohsen). Choyée dans une riche famille égyptienne, son père, Mahmoud (Ramsi Lehner) l’encourage à cultiver son talent pour chanter sur Tik Tok où elle adore s’afficher, et lui recommande de s’orienter vers la chanson étrangère plutôt que vers l’égyptienne. « Tu n’iras pas loin avec la chanson égyptienne… » lui dit-il en la coachant. Son frère, Karim (Mostafa Shaker), plutôt esbroufe, est en passe d’épouser une jeune américaine, ce qui permet à Salma d’obtenir très vite un micro plus sophistiqué. Sa mère, Lubna (Nanda Mohammad) va et vient entre courses, changements de robe, bons conseils, mensonges et demande de thérapie de couple. Deux domestiques s’affairent pour servir ce beau monde (Lela Magdy et Salah Morad). La photo de famille prise au salon comme une réalité du moment, rythmée par les claves avec la régularité d’un métronome, deviendra très vite pure fiction.

© Mostafa Abdelaty

Ahmed El Attar, qui signe le texte et la mise en scène du spectacle, lève le voile et montre le dessous des cartes de cette famille, en apparence idéale. Il situe la pièce peu de temps après le 7 octobre 2023 et le début de la guerre à Gaza. Compte tenu de la fragilité politique du moment et de la peur exprimée par la belle-famille américaine, le mariage de Karim se reporte de jour en jour, de ce fait le contrat commercial entre les entreprises que dirigent les deux pères, aux États-Unis et en Égypte, – faisant commerce de la pistache – retarde la première cargaison attendue au Caire. Quelques coups de fil légèrement obséquieux entre les deux familles tentent de convaincre la famille américaine qu’il n’y aurait pas de danger.

Le rapport de classe entre serviteurs et maîtres est bien inscrit dans la famille, entre la drague banalisée du fils avec la servante d’un côté, celle-ci lui montrant comme pour se défendre que le père l’intéresse davantage, provoquant son renvoi par la mère piquée au vif, à partir d’un grossier mensonge l’accusant de vol que personne ne dénonce ; d’un autre côté la violence du père à l’encontre du serviteur, Salah, surtout quand il prend parti pour Salma.

© Mostafa Abdelaty

Car ce qui débute comme une comédie se transforme soudain en tragédie à travers le regard de la jeune femme. Ce qu’elle apprend des réseaux sociaux sur le génocide à Gaza et la population gazaouie qu’on affame et dont on ne dit mot en famille, la bouleverse et la plonge dans le désarroi. Son comportement change radicalement et les vidéos qu’elle tourne avec l’aide de Salah deviennent lancements d’alerte. Son père entre en furie, la famille s’empoigne et se déstructure. Salma s’oppose à lui et balance son micro américain. Filmée par Salah elle s’exprime contre l’injustice lançant comme anathème : « Attendez-vous à une fin inhumaine… »

La scénographie est une forêt noire-labyrinthe où l’arbre peut cacher la forêt, sorte de bois de bouleaux selon le réalisateur polonais Andrzej Wajda et huis clos où l’on étouffe. C’est un intéressant dispositif composé de fins troncs noirs (signé Hussein Baydoun et réalisé par Amr Saber) qui entrave le regard comme le ferait un moucharabieh où pour voir à l’intérieur il faut se tordre le coup ou accepter de ne pas tout voir, ou encore comme une prison, pour certains symbole de la famille. Ce dispositif commence à se balancer, en douceur au départ, puis de plus en plus fort comme en temps de gros grain et symbolise l’effondrement de la famille. Les meubles de type scandinave dispersés sur la scène, canapés, table de salle à manger et chaises, buffet, traduisent la catégorie sociale.

© Mostafa Abdelaty

La fin est une surprise. Au son de la guitare et de la tentative de réconciliation à laquelle se prête en apparence Salma, avec la mère, puis avec le père, nouvelle photo de famille à l’appui prise par Salah au bras bandé, mais le cœur n’y est plus. La jeune fille sort. On aperçoit un révolver, celui que montrait Karim à sa sœur en faisant le malin au début de la pièce, pistolet en or massif ayant appartenu à Oudaï Hussein, fils tortionnaire de Saddam, décédé en 2023, qu’il avait acheté. Un coup de feu claque. On comprend que Salma aurait tiré, sans doute sur les parents mais rien n’est montré. Détendue, ou comme libérée, elle passe commande de falafels.

Ahmed El Attar se plaît à nous mettre sur de fausses pistes et à mêler les genres. Dans Salma mon amour il évoque les conséquences de la guerre à Gaza à travers le quotidien de cette famille de la haute bourgeoisie et d’un choix impossible à faire pour Salma qui serait comme l’héroïne d’une tragédie grecque, une Antigone ou une Électre d’Égypte. Ahmed El Attar avait déjà traité de la famille dans The Last Supper/ La Cène, présenté au Festival d’Avignon en 2015, ainsi que dans Mama, en 2018. Il fut associé en 2025 au travail de Mathilde Monnier dans le cadre du projet Transmission impossible accompagnant de jeunes artistes étrangers en un projet collectif fédérateur basé sur la performance. Il paraphrase ici dans le titre du spectacle, Hiroshima mon amour, mettant ses pas dans ceux de Marguerite Duras qui en est l’auteure, et d’Alain Resnais, le réalisateur. « Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien. Elle : J’ai tout vu. Tout… Lui : Tu as tout inventé. Elle : Rien. De même que dans l’amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai. De même que dans l’amour. »

© Mostafa Abdelaty

Auteur dramatique, metteur en scène et performeur égyptien parfaitement francophone, directeur artistique d’Orient Productions, Ahmed El Attar est le chef de file du théâtre indépendant en Égypte, dans le sillage de son ainé, Hassan El Geretly, qui a ouvert la voie. Il gère le Théâtre Rawabet qu’il dirige artistiquement au centre du Caire, a fondé en 2012 le festival indépendant Downtown Contemporary Arts Festival (D-CAF), lieu de partage et de transmission qu’il mène de mains de maître, et depuis plus de vingt ans participe à la formation des artistes de la scène. Dès 2005 il avait créé les Studios Emad Eddin, sorte de couveuse pour jeunes artistes de la scène et résidences d’artistes. Comme performeur il présente depuis 2015 son spectacle On the importance of being an Arab qu’il fait évoluer au fil du contexte et des évènements, comme un Work in progress. « Je ne suis pas chroniqueur, mais j’aimerais que les gens amorcent une réflexion sur l’Autre, sur l’Arabe que je suis, sur les préjugés… Le spectacle est une synthèse à la fois visuelle, sonore et dramaturgique, de la vie d’un Égyptien dans l’Égypte d’aujourd’hui, et cet Égyptien, c’est moi. »

© Mostafa Abdelaty

Le travail d’Ahmed El Attar est puissant et s’affirme comme outil d’observation et de résistance dans un pays où la possibilité de s’exprimer se fait rare. Et comme il le montre dans Salma mon amour avec son excellente équipe d’acteurs et un certain pessimisme, dans ce monde d’inégalités et d’embrasements généralisés, l’avenir peut-être se conjugue au passé.

Brigitte Rémer, le 15 juillet 2026

Avec : Ramsi Lehner, Lela Magdy, Nanda Mohammad, Kawthar Mohsen, Salah Morad, Mostafa Shaker – musique Hassan Khan – scénographie et costumes Hussein Baydoun – lumière Charlie Aström – lumière Charlie Aström – costumes Hussein Baydoun et Mohamed Sabakhawy – régie générale et direction de production Ahmed Ashmawy – régie plateau Loulwa Dora – régie lumière Saber El Sayed – surtitrage Lina Sakr – chorégraphie TikTok de la chanson El Mabdaa Kawthar Mohsen – chorégraphie des combats Luke Lehner – assistanat aux costumes Alia Hisham – construction du décor Amr Saber – fabrication des costumes Atelier Hamada El Brawi, Said Rizk designs, Atelier Ahmed Moustafa – production Orient productions (Le Caire). Sur le travail d’Ahmed El Attar voir aussi les articles Ubiquité-Culture(s) des 18 mars 2015 (On the importance of being an Arab) – 5 décembre 2017 (Avant la révolution) – 23 novembre 2018 (Mama) – 16 juillet 2021 (Poésies d’Afriquia)  – 31 juillet 2025 (Transmission impossible) – 23 novembre 2025 (D-CAF / Arab Arts Focus, un Festival de haute volée, au Caire).

Spectacle créé le 16 juin 2026 au Théâtre El Falaki de l’Université Américaine, Le Caire (Égypte). Présenté à L’Autre Scène du Grand Avignon dans le cadre de la 80ème édition du Festival d’Avignon, du 5 au 8 juillet 2026, à 12h – site : www.festival-avignon.com 

En tournée : MC93/Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny, du 8 au 10 octobre 2026  – Comédie de Valence/CDN Drôme-Ardèche, les 13 et 14 octobre 2026  – Théâtre de Choisy-le-Roi, le 16 octobre 2026 – Scène nationale du Sud Aquitain/Bayonne, le 3 novembre 2026 – Mixt/terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes, les 6 et 7 novembre 2026 – Tandem/Scène nationale de Douai, les 9 et 10 novembre 2026  – La MAM/Maison des Arts Marseille, le 13 novembre 2026 – Théâtre National Wallonie-Bruxelles (Belgique), du 6 au 11 décembre 2027.