Archives par étiquette : Saison Méditerranée 2026

Tenir le temps

Conception et chorégraphie Rachid Ouramdane – musique Jean-Baptiste Julien – avec le Ballet de l’Opéra de Tunis, à Chaillot-Théâtre National de la Danse, dans le cadre de la Saison Méditerranée.

© Patrick Imbert

Le chorégraphe et directeur de Chaillot-Théâtre National de la Danse, Rachid Ouramdane, avait créé la pièce Tenir le temps en 2015, au Festival Montpellier Danse. Il la recrée aujourd’hui avec les danseurs du Ballet de l’Opéra de Tunis. Comme dix ans auparavant, sa quête reste la question du collectif qu’il interroge, et du mouvement dans ce collectif.

La soirée est construite en trois parties, il vient lui-même présenter le parcours, basé sur les concepts qu’il met en œuvre à Chaillot depuis plusieurs années : le travail de transmission, revisiter le répertoire avec les grands ensembles, présenter les premières pièces des danseurs – ici danseurs de l’Opéra de Tunis – un programme qui se modifie et se recompose chaque soir, inscrire les formes dansées et ses prises de position dans un Chaillot solidaire, fait de diversité et d’hospitalité avec les artistes, les associations, les publics, et dénonçant toutes les formes d’inégalités et d’agression.

Tassaouef  d’Hazem Chebbi © Friche La Belle de Mai

La première partie ce soir-là présentait Tassaouef d’Hazem Chebbi, originaire de Tozeur, ville-oasis du sud-ouest de la Tunisie, aux portes du désert. Le danseur a appris la danse de manière autodidacte au départ avant de la perfectionner au sein de la compagnie Sybel Ballet Théâtre, dirigée par Syhem Belkhodja, figure-phare de la danse contemporaine en Tunisie. Il a ainsi étendu son vocabulaire passant du hip hop et des cultures urbaines à toutes les formes de danse. En 2020, Hazem Chebbi a rejoint le ballet de l’Opéra de Tunis, tournant majeur dans son parcours et c’est au sein de la troupe qu’il découvrait deux ans plus tard le travail de Maguy Marin invitée par le Sybel Ballet Théâtre à Tunis, dont il s’est emparé. En 2025 il crée Tassaouef, une performance enracinée dans la culture Amazigh de sa grand-mère, à qui il rend hommage. Tissus et kilims sont au sol, la bande son composée par le musicien Jihed Khmiri mêle musiques, bribes de conversation, prières et percussions dans un incessant flux et reflux. Le geste est balancement, rythme, douceur et violence. La scène se teinte de turquoise et l’écran montre le beau visage de cette grand-mère qui se met à chanter, moment très émouvant de ce rituel berbère.

© Patrick Imbert

Le solo syncopé d’une danseuse ouvre la seconde séquence de la soirée, Tenir le temps, avant que les quinze autres danseurs-danseuses n’entrent sur la scène, un à un, au son du piano-percussion. Puis les musiques se superposent les lignes se forment, se regardent, les diagonales se dessinent, les duos dansent, la dynamique s’installe et les figures se constituent, géométriques ou débridées, dans l’ordre ou dans une sorte de désordre apparent. Tous se suspendent puis redémarrent, à l’écoute, costumes couleur terre sur tapis blanc, à l’épreuve de l’ensemble. Ils courent en une ronde effrénée, font des sauts et des roulades, lancent des étirements, bras, jambes, mains qui se tiennent et s’accrochent. L’énergie est latente et se décuple selon les propositions musicales de Jean-Baptiste Julien et les fils se tendent, des uns vers les autres, comme des liens invisibles. L’ensemble est une sorte d’abstraction et procède par petites touches où se trouvent la vie, sa fragilité et l’art de la rencontre. On a tantôt l’impression d’une foule, tantôt le sentiment de la solitude et chaque danseur construit son vocabulaire, qui s’imbrique dans un ensemble.

© Patrick Imbert

Dans la troisième partie c’est le piano qui appelle et invite les danseurs en une marche ininterrompue, dans l’obsession du temps qui s’exprime en accéléré. Avec Tenir le temps, métaphore du monde contemporain, s’exprime le foisonnement des gestes dans une spontanéité contrôlée. L’intensité portée par les danseurs dans leur manière d’être ensemble sur scène imprègne la pièce et donne du temps ce reflet d’immortalité et d’éternité, belle rencontre entre Rachid Ouramdane et le Ballet de l’Opéra de Tunis.

Brigitte Rémer le 31 juillet 2026

Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra de Tunis. Lumière Stéphane Graillot – décor Sylvain Giraudeau – costumes La Bourette – lumière Stéphane Graillot – décor Sylvain Giraudeau – costumes Ateliers de l’Opéra de Tunis – assistante chorégraphique Mayalen Otondo et Sébastien Ledig. Production : Théâtre de l’Opéra de Tunis – soutien : ministère des Affaires culturelles de Tunisie. Coproduction à la création : Bonlieu Scène nationale d’Annecy, Festival Montpellier Danse 2015, dans le cadre d’une résidence à l’Agora/Cité internationale de la danse, Théâtre de la Ville/Paris, MC2 Grenoble. Avec le soutien du Centre national de la danse contemporaine d’Angers et du Centre chorégraphique national de Grenoble dans le cadre de l’Accueil studio 2015 et de la Ménagerie de verre dans le cadre du Studiolab. Avec le soutien de l’Adami et de la Spedidam.

10 – 14 juin Rachid Ouramdane et le Ballet de l’Opéra de Tunis, à Chaillot-Théâtre National de la Danse, 1 place du Trocadéro. 75116. Paris – tél. : 01 53 65 30 00 – site : theatre-chaillot.fr

Salma mon amour – سلمى حبي أنا

Texte et mise en scène Ahmed El Attar, Orient Productions, Le Caire (Égypte) – assistanat à la mise en scène Lina Sakr et Teymour El Attar – 80ème Festival d’Avignon/Espace Vedène, l’Autre Scène du Grand Avignon – dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 – spectacle en arabe et anglais surtitré en français, anglais et arabe.

© Mostafa Abdelaty

Salma est une jeune fille pétillante et qui semble mordre la vie à pleines dents (Kawthar Mohsen). Choyée dans une riche famille égyptienne, son père, Mahmoud (Ramsi Lehner) l’encourage à cultiver son talent pour chanter sur Tik Tok où elle adore s’afficher, et lui recommande de s’orienter vers la chanson étrangère plutôt que vers l’égyptienne. « Tu n’iras pas loin avec la chanson égyptienne… » lui dit-il en la coachant. Son frère, Karim (Mostafa Shaker), plutôt esbroufe, est en passe d’épouser une jeune américaine, ce qui permet à Salma d’obtenir très vite un micro plus sophistiqué. Sa mère, Lubna (Nanda Mohammad) va et vient entre courses, changements de robe, bons conseils, mensonges et demande de thérapie de couple. Deux domestiques s’affairent pour servir ce beau monde (Lela Magdy et Salah Morad). La photo de famille prise au salon comme une réalité du moment, rythmée par les claves avec la régularité d’un métronome, deviendra très vite pure fiction.

© Mostafa Abdelaty

Ahmed El Attar, qui signe le texte et la mise en scène du spectacle, lève le voile et montre le dessous des cartes de cette famille, en apparence idéale. Il situe la pièce peu de temps après le 7 octobre 2023 et le début de la guerre à Gaza. Compte tenu de la fragilité politique du moment et de la peur exprimée par la belle-famille américaine, le mariage de Karim se reporte de jour en jour, de ce fait le contrat commercial entre les entreprises que dirigent les deux pères, aux États-Unis et en Égypte, – faisant commerce de la pistache – retarde la première cargaison attendue au Caire. Quelques coups de fil légèrement obséquieux entre les deux familles tentent de convaincre la famille américaine qu’il n’y aurait pas de danger.

Le rapport de classe entre serviteurs et maîtres est bien inscrit dans la famille, entre la drague banalisée du fils avec la servante d’un côté, celle-ci lui montrant comme pour se défendre que le père l’intéresse davantage, provoquant son renvoi par la mère piquée au vif, à partir d’un grossier mensonge l’accusant de vol que personne ne dénonce ; d’un autre côté la violence du père à l’encontre du serviteur, Salah, surtout quand il prend parti pour Salma.

© Mostafa Abdelaty

Car ce qui débute comme une comédie se transforme soudain en tragédie à travers le regard de la jeune femme. Ce qu’elle apprend des réseaux sociaux sur le génocide à Gaza et la population gazaouie qu’on affame et dont on ne dit mot en famille, la bouleverse et la plonge dans le désarroi. Son comportement change radicalement et les vidéos qu’elle tourne avec l’aide de Salah deviennent lancements d’alerte. Son père entre en furie, la famille s’empoigne et se déstructure. Salma s’oppose à lui et balance son micro américain. Filmée par Salah elle s’exprime contre l’injustice lançant comme anathème : « Attendez-vous à une fin inhumaine… »

La scénographie est une forêt noire-labyrinthe où l’arbre peut cacher la forêt, sorte de bois de bouleaux selon le réalisateur polonais Andrzej Wajda et huis clos où l’on étouffe. C’est un intéressant dispositif composé de fins troncs noirs (signé Hussein Baydoun et réalisé par Amr Saber) qui entrave le regard comme le ferait un moucharabieh où pour voir à l’intérieur il faut se tordre le coup ou accepter de ne pas tout voir, ou encore comme une prison, pour certains symbole de la famille. Ce dispositif commence à se balancer, en douceur au départ, puis de plus en plus fort comme en temps de gros grain et symbolise l’effondrement de la famille. Les meubles de type scandinave dispersés sur la scène, canapés, table de salle à manger et chaises, buffet, traduisent la catégorie sociale.

© Mostafa Abdelaty

La fin est une surprise. Au son de la guitare et de la tentative de réconciliation à laquelle se prête en apparence Salma, avec la mère, puis avec le père, nouvelle photo de famille à l’appui prise par Salah au bras bandé, mais le cœur n’y est plus. La jeune fille sort. On aperçoit un révolver, celui que montrait Karim à sa sœur en faisant le malin au début de la pièce, pistolet en or massif ayant appartenu à Oudaï Hussein, fils tortionnaire de Saddam, décédé en 2023, qu’il avait acheté. Un coup de feu claque. On comprend que Salma aurait tiré, sans doute sur les parents mais rien n’est montré. Détendue, ou comme libérée, elle passe commande de falafels.

Ahmed El Attar se plaît à nous mettre sur de fausses pistes et à mêler les genres. Dans Salma mon amour il évoque les conséquences de la guerre à Gaza à travers le quotidien de cette famille de la haute bourgeoisie et d’un choix impossible à faire pour Salma qui serait comme l’héroïne d’une tragédie grecque, une Antigone ou une Électre d’Égypte. Ahmed El Attar avait déjà traité de la famille dans The Last Supper/ La Cène, présenté au Festival d’Avignon en 2015, ainsi que dans Mama, en 2018. Il fut associé en 2025 au travail de Mathilde Monnier dans le cadre du projet Transmission impossible accompagnant de jeunes artistes étrangers en un projet collectif fédérateur basé sur la performance. Il paraphrase ici dans le titre du spectacle, Hiroshima mon amour, mettant ses pas dans ceux de Marguerite Duras qui en est l’auteure, et d’Alain Resnais, le réalisateur. « Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien. Elle : J’ai tout vu. Tout… Lui : Tu as tout inventé. Elle : Rien. De même que dans l’amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai. De même que dans l’amour. »

© Mostafa Abdelaty

Auteur dramatique, metteur en scène et performeur égyptien parfaitement francophone, directeur artistique d’Orient Productions, Ahmed El Attar est le chef de file du théâtre indépendant en Égypte, dans le sillage de son ainé, Hassan El Geretly, qui a ouvert la voie. Il gère le Théâtre Rawabet qu’il dirige artistiquement au centre du Caire, a fondé en 2012 le festival indépendant Downtown Contemporary Arts Festival (D-CAF), lieu de partage et de transmission qu’il mène de mains de maître, et depuis plus de vingt ans participe à la formation des artistes de la scène. Dès 2005 il avait créé les Studios Emad Eddin, sorte de couveuse pour jeunes artistes de la scène et résidences d’artistes. Comme performeur il présente depuis 2015 son spectacle On the importance of being an Arab qu’il fait évoluer au fil du contexte et des évènements, comme un Work in progress. « Je ne suis pas chroniqueur, mais j’aimerais que les gens amorcent une réflexion sur l’Autre, sur l’Arabe que je suis, sur les préjugés… Le spectacle est une synthèse à la fois visuelle, sonore et dramaturgique, de la vie d’un Égyptien dans l’Égypte d’aujourd’hui, et cet Égyptien, c’est moi. »

© Mostafa Abdelaty

Le travail d’Ahmed El Attar est puissant et s’affirme comme outil d’observation et de résistance dans un pays où la possibilité de s’exprimer se fait rare. Et comme il le montre dans Salma mon amour avec son excellente équipe d’acteurs et un certain pessimisme, dans ce monde d’inégalités et d’embrasements généralisés, l’avenir peut-être se conjugue au passé.

Brigitte Rémer, le 15 juillet 2026

Avec : Ramsi Lehner, Lela Magdy, Nanda Mohammad, Kawthar Mohsen, Salah Morad, Mostafa Shaker – musique Hassan Khan – scénographie et costumes Hussein Baydoun – lumière Charlie Aström – lumière Charlie Aström – costumes Hussein Baydoun et Mohamed Sabakhawy – régie générale et direction de production Ahmed Ashmawy – régie plateau Loulwa Dora – régie lumière Saber El Sayed – surtitrage Lina Sakr – chorégraphie TikTok de la chanson El Mabdaa Kawthar Mohsen – chorégraphie des combats Luke Lehner – assistanat aux costumes Alia Hisham – construction du décor Amr Saber – fabrication des costumes Atelier Hamada El Brawi, Said Rizk designs, Atelier Ahmed Moustafa – production Orient productions (Le Caire). Sur le travail d’Ahmed El Attar voir aussi les articles Ubiquité-Culture(s) des 18 mars 2015 (On the importance of being an Arab) – 5 décembre 2017 (Avant la révolution) – 23 novembre 2018 (Mama) – 16 juillet 2021 (Poésies d’Afriquia)  – 31 juillet 2025 (Transmission impossible) – 23 novembre 2025 (D-CAF / Arab Arts Focus, un Festival de haute volée, au Caire).

Spectacle créé le 16 juin 2026 au Théâtre El Falaki de l’Université Américaine, Le Caire (Égypte). Présenté à L’Autre Scène du Grand Avignon dans le cadre de la 80ème édition du Festival d’Avignon, du 5 au 8 juillet 2026, à 12h – site : www.festival-avignon.com 

En tournée : MC93/Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny, du 8 au 10 octobre 2026 Comédie de Valence/CDN Drôme-Ardèche, les 13 et 14 octobre 2026 Théâtre de Choisy-le-Roi, le 16 octobre 2026Scène nationale du Sud Aquitain/Bayonne, le 3 novembre 2026Mixt/terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes, les 6 et 7 novembre 2026Tandem/Scène nationale de Douai, les 9 et 10 novembre 2026  La MAM/Maison des Arts Marseille, le 13 novembre 2026Théâtre National Wallonie-Bruxelles (Belgique), du 6 au 11 décembre 2027.

Drama 1882

Film-opéra de Waël Shawky, au Grand Palais / Grand Auditorium, en accès libre – dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 avec le Centre des Monuments Nationaux – Derniers jours.

© Simon Lerat – Grand Palais RMN 2026

Cette oeuvre vidéo en huit parties explore la révolution nationaliste égyptienne menée par le colonel Ahmed Urabi contre la domination coloniale britannique,  entre 1879 et 1882.  D’origine paysanne, né dans la province d’Ash Sharqiyah dans le Delta ce dernier gravit tous les échelons militaires jusqu’à fonder le Parti nationaliste égyptien. Mais en 1882 ce mouvement populaire implose entrainant le bombardement massif d’Alexandrie par les forces britanniques.

L’artiste plasticien et réalisateur, Waël Shawky, originaire d’Alexandrie – qui signe aussi la réalisation des costumes et la composition musicale – se penche sur les archives et fait un travail minutieux pour rechercher les zones d’ombres d’un événement qu’on avait voulu oublier. Il a créé Drama 1882 pour le Pavillon égyptien lors de l’Exposition Internationale d’Art de la Biennale de Venise, en 2024 et mêle dans cette reconstitution historique fiction et réalité. « Nous risquerons nos vies jusqu’à la mort » disent le peuple et les militaires. Waël Shawky nous fait suivre la montée en puissance du colonel Urabi jusqu’à cette rixe dans un café entre un gardien d’ânes égyptien et un Maltais qui a fait le tour des cafés de la ville, rixe qui dégénère en émeutes causant sa chute et la mort de plus de trois cents personnes, dans une ville dévastée. La question de la préméditation des Britanniques reste posée.

© Simon Lerat – Grand Palais RMN 2026

Wael Shawky découpe son film en séquences et annonce les parties, les décors et costumes sont éclatants de couleurs et les mouvements d’ensemble d’une parfaite maitrise. Le Khedive est un Monsieur Loyal portant smoking et haut de forme, blancs, les armées locales et britanniques sont vêtues de magnifiques uniformes et la foule tangue. Il y a en même temps beaucoup d’humour dans le traitement de l’image où les acteurs sont chorégraphiés à la manière de figurines, où les maisons sont de guingois, où la rue des Sept Sœurs, Sabaa Banat et Mahatet El Raml la gare des trams au cœur de la ville, sont en mouvement. « Nous ne sommes esclaves de personne… Le Khedive est un traitre à la Nation » chante le peuple.

Des bagarres de rue mettent face à face les étrangers et les locaux qui règlent leurs comptes à coups de bâton. On voyage du quartier européen d’Alexandrie aux Consulats Britannique et Italien, et jusqu’à Constantinople où se fomentent quelques complots. Ferdinand de Lesseps est de la partie et fait la promesse de fermer le Canal de Suez aux Britanniques. Ahmed Urabi affronte la vice-reine britannique Twakif, en 1881, et a l’ascendant sur elle. Il ne craint pas non plus de se rendre à la tête d’une armée devant le Palais Abedine, lieu du Gouvernement et d’en demander le renvoi ainsi que la création d’une Commission pour la rédaction d’une Constitution. Il devient le porte-parole authentique de la voix du peuple égyptien qui l’acclame.

Wael Shawky fait de l’Histoire un très joli film qui nous mène jusqu’aux adieux du colonel Ahmed Urabi partant pour l’exil. Tarbouches, pigeonniers et Grande Mosquée, tout y est, dans un récit musical et chorégraphique réglé de main de maître et plein de charme qui interroge colonialisme, résistance et écriture de l’Histoire.

Brigitte Rémer, le 14 juillet 2026

© Wael Shawky

Réalisateur, directeur artistique, créateur costume, composition musicale : Wael Shawky | Scénario : Wael Shawky, Islam Salama | Directrice de la photographie : Mina Nabil | Monteur : Mark Lotfy | Son : Michael Fawzy | Équipe sculptures : Kain Walgrave, Giorgio Benotto | Équipe installation : Ibrahim Salama, Daniele Rancilio, Federico Elia, John Mirabel, Ikra Costruzioni | Installation lumières et audio-visuelle : Eidotech | Chorégraphe : Mirette Mechail | Directeur exécutif théâtre : Ahmed Shawky | Directeur exécutif film : Abanoub Nabil | Assistant mise en scène théâtre : Mohamed Farouq Rocky | Arrangements musicaux : Mohammed Hosny | Superviseur vocal : Mohammed Khaled | Enregistrement chansons, mixage et design sonore : Michael Fawzy | Superviseur costumes : Nahla Morsy | Superviseur scénographie : Osama Gaber | Rédaction et relecture des textes historiques : Islam Salama | Manager projet : Giorgia Rea | Manager exécutif : Antonio Zanon | Relations presse : Evergreen Arts | Graphiste : Mona Zanana | Production implémentation : Ahmed Sayed | Levée de fonds : Mai Eldib – Production : Mass Alexandria | Producteur exécutif théâtre : Osama Al-Hawary | Producteur film et théâtre : Mark Lotfy | Production compagnies : Wael Shawky, Mass Alexandria, Sfeir-Semler Gallery, Lisson Gallery, Lia Rumma Gallery, Barakat Contemporary.

Jusqu’au 26 juillet 2026 – Horaires de projection : 10h, 10h50, 11h40, 12h30, 13h20, 14h10, 15h, 15h50, 16h40, 17h30, 18h20, au Grand Auditorium du Grand-Palais, square Jean Perrin, 75008 Paris – métro : Champs-Elysées Clémenceau.

Labes / لاباس 

Chorégraphie et mise en scène de Selim Ben Safia – scénographie du spectacle Nadia Kaabi-Linke, artiste plasticienne – compagnie Al Badil (Tunisie) – à l’Atelier de Paris / CDCN, dans le cadre du festival June Events et de la Saison Méditerranée 2026.

© Patrick Berger

C’est un élégant travail d’ombre et de lumière, de reflets et réverbérations que présente le chorégraphe Selim Ben Safia avec sa compagnie Al-Badil, dans le cadre de June Events. La viole de gambe de Marie-Suzanne de Loye les accompagne in situ et se joint aux bruits de la ville et à d’autres instruments et registres musicaux enregistrés, dont des percussions. La musique mène le récit.

La structure scénographique, rideau multidirectionnel création de la plasticienne Nadia Kaabi-Linke, guide le parcours des danseurs. De nombreuses et fines lianes de textile blanc tombent des cintres créant un effet labyrinthe et une césure entre les espaces comme des murs, ou encore l’illusion de moucharabiehs dont le tressage se reflèterait au sol, parcours où s’expriment des solitudes. Dans un face à face Palestine/Israël où les trois religions monothéistes tentent de cohabiter, douleur et solitude se cherchent et se répondent comme s’observent et se provoquent les danseurs, entrent un à un dans cet espace sacré.

© Patrick Berger

On est à Jérusalem et Selim Ben Safia évoque le quartier maghrébin de la ville, un quartier effacé après la Guerre des Six jours, en 1967, huit cents habitants expulsés de leurs maisons en une nuit. Il voulait remettre le sujet sur le devant de la scène à partir des conversations échangées avec l’artiste Nadia Kaabi-Linke qui a élaboré la scénographie du spectacle et s’est inspirée du tracé de ce quartier pour son geste scénographique. Quartier historique de la Vieille Ville de Jérusalem datant de 1193 il se trouvait à l’ouest de la Mosquée Al-Aqsa et en occupait 5% du périmètre, il borde l’Esplanade des Mosquées à l’est et s’ouvre au sud sur la porte des Maghrébins. Entre le 11 et le 13 juin 1967, des bulldozers israéliens l’ont démoli et cent cinquante structures archéologiques datant de la dynastie Ayyubi de l’époque ottomane ont été détruites. Israël a transformé le quartier en une place nommée Le Mur des Lamentations où les colons effectuent des rituels, dansent et boivent de l’alcool sur les ruines de la communauté locale. Linstallation de Nadia Kaabi-Linke reconstitue à l’identique une partie du quartier enseveli.

© FPC 2026

Labes / لاباس signifie tout va bien… Ironie du sort… Le père du chorégraphe s’était tatoué ce message sur la peau, comme un message d’espoir ou une façon pour lui de conjurer le mauvais sort. À sa mort, Selim Ben Safia voulait lui rendre hommage en travaillant sur la mémoire et la résilience, d’où le titre du spectacle. Une image se superpose à l’autre quand un danseur efface l’autre, le rencontre ou l’affronte. La construction dramaturgique mène certains danseurs jusqu’à la transe entre ces rideaux-sculptures qui caressent l’Histoire et les murs de la ville.

Les pieds ancrés dans le sol, l’un danse jusqu’à la folie, les autres le regardent. Ensemble, ils lancent une apostrophe au public ou entament un chant collectif. Quand le vent des sables se lève, tout s’affole dans l’environnement, ici la structure textile. Les danseurs font cercle ou dansent en ligne, construisant l’alphabet des danses traditionnelles palestiniennes comme la dabké et les rythmes traditionnels tunisiens, avec sauts, chaînes, quadrilles et farandoles. Chuchotements, langage et virtuosité de la viole de gambe, superposition des sons, gestes symboles des danseurs dans un espace méditatif et ombres portées au sol, tout est mélancolie. Les costumes créés par Sumaiya Merchant ont le même raffinement que l’ensemble du spectacle. En dépit de tout, s’exprime la joie autour de la viole de gambe.

© Patrick Berger

La note d’intention du spectacle met en exergue les mots de Meursault, dans L’Étranger d’Albert Camus : « J’ai compris qu’il fallait vivre comme si chaque jour était le dernier, car, en vérité, chaque jour était peut-être le dernier ». La danse contemporaine se mêle aux danses traditionnelles et la lumière renaît des ténèbres dans une création lumière (de Jérôme Bertin) de toute beauté.

Chorégraphe et danseur franco-tunisien, Selim Ben Safia est formé à la danse hip hop au Sybel Ballet Théâtre de Tunis puis intègre le Centre Méditerranéen de Danse Contemporaine où il débute une fructueuse collaboration avec le chorégraphe Imed Jemaa, un des pionniers de la danse contemporaine en Tunisie. Il y développe son propre vocabulaire autour de la danse contemporaine dans une recherche incessante d’échanges artistiques multiculturels. En 2017, Selim Ben Safia crée l’association Al Badil – l’alternative Culturelle qui travaille sur la notion de démocratisation de la culture pour que sur tout le territoire tunisien, dans tous les gouvernorats, on puisse s’initier à la danse et danser, en montrant aussi que la culture participe du développement économique. Il a créé un premier festival il y a une dizaine d’années puis plus récemment, en 2021, le Festival des Premières Chorégraphiques pour promouvoir les jeunes artistes danseurs et chorégraphes du pays.

Avec Labes cinq artistes d’origines et d’affinités esthétiques différentes dialoguent et réinventent un langage commun autour de formes chorégraphiques et musicales issues du populaire, de Tunis, Beyrouth, du Québec et de Palestine. Selim Ben Safia a mené l’équipe artistique sur les chemins de la mémoire et de la vulnérabilité, du contretemps et de la transmission, à partir d’interviews de personnes qui ont traversé le quartier Maghrébin de Jérusalem et de la projection de ces récits de vie mis en résonance avec leurs propres vies familiales et quotidiennes. Ensemble, à partir de ces matériaux, ils tissent un espace poétique de toute beauté et de grande intensité et élaborent un langage commun singulier où se perdent les références.

Brigitte Rémer, le 30 juin 2026

© Patrick Berger

Interprétation : Romane Piffault, Malek Zouaidi, Ilyes Triki, Mohamed Issaoui – musique live Marie-Suzanne de Loye, viole de gambe – création musicale Hazem Berrabah et Marie-Suzanne de Loye – création lumière Jérôme Bertin – création costume Sumaiya Merchant – production Association Al Badil – diffusion Chalmont agentur ; Agence Résonance – coproduction Viadanse CCN de Bourgogne-Franche-Comté à Belfort ; Le Triangle ; Fondation Kamel Lazaar ; Théâtre Françine – Vasse Les laboratoires vivants – Soutien Théâtre la Castélorienne, compagnie Accrorap / Kader Attou, Atelier de Paris CDCN. En tournée : 19 juillet 2026, Festival international de Hammamet (Tunisie) – 16 octobre 2026, Jaou Biennale d’Art Contemporain (Tunisie) – 5 novembre 2026, Le Triangle, Rennes (France) – 8 novembre 2026, Espace culturel L’Hermine, Sarzeau (France).

Spectacle vu le 11 juin 2026, à 21h, Atelier de Paris, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ de Manœuvre. 75012. Paris – site : www. atelierdeparis.org – tél. : 01 41 74 17 07.

L’Épopée de Bani Hilal, السّيرة الهلاليّة – Al-Sirah Al-Hilaliyyah

Écriture, conception et mise en scène de Bashar Murkus – dramaturgie et production Khulood Basel, Khashabi Theatre (Palestine) – spectacle en langue arabe, surtitré en français, traduction Chakib Ararou. Création le 27 juin 2026 à la Cité internationale de la langue française, Château de Villers-Cotterêts – dans le cadre de la Saison Méditerranée.

© Khulood Basel

C’est l’épopée arabe la plus célèbre et qui traverse le Moyen-Orient depuis le XIVe siècle. Conteurs, chanteurs et musiciens populaires assurent de génération à génération la transmission orale de ce voyage migratoire de la tribu des bédouins Banu Hilal, depuis l’Émirat du Najd situé au cœur de la péninsule arabique,  jusqu’à la Tunisie.

Adapter pour le théâtre un texte de cette amplitude, inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2008, au demeurant menacé d’extinction, est déjà en soi un périlleux exercice et un vrai défi. Pour ce faire, Bashar Murkus a réécrit l’épopée avec Khulood Basel, à partir d’anciennes publications, de rares enregistrements de conteurs, de récits des grands-mères et en s’appuyant sur la version syrienne Ash-Shāmiyyah de l’épopée Bani Hilal, sur les travaux du chercheur et poète égyptien Abdel Rahman Al-Abnoudi, et sur les enregistrements de deux grands poètes et conteurs de la Haute-Égypte, Jaber Abu Hassan et Sayed Al-Dawi. La Geste Hilalienne se récitait lors des mariages, des cérémonies de circoncision et des fêtes, et s’étendait sur plusieurs nuits consécutives, dans une atmosphère festive où chaque détail importait.

Acteurs et musiciens occupent le plateau avant l’arrivée du public et lancent leurs salutations à chaque entrée. Ahlan ! Ahlan ! ! أهلاً  ! أهلاً  nous ne sommes pas des spectateurs nous voilà comme des invités. Sur scène, un grand écran blanc s’anime au gré du croisement savant d’ombres et reflets des acteurs, qui se démultiplient à différentes échelles, créant un véritable théâtre d’ombres. Des plaques de verre et peintures sur rouleaux qui se dévident devant un projecteur, traduisent par ailleurs avec subtilité les couleurs des paysages rencontrés. Au sol, un tapis blanc qui au gré des contrées traversées se couvrira de pétales et de feuilles. Des malles en métal sur roulettes forment la scénographie, tout est à l’économie et fonctionne dans l’inventivité et la magie. Le musicien (Rami Nakhleh) est installé sur un praticable côté jardin entouré de ses percussions, le joueur de oud et chanteur n’est jamais très loin de lui, même si à certains moments il entre aussi dans le jeu. Une des actrices établit des passerelles entre le récit et l’image par son commentaire chanté, de toute beauté, comme une coryphée (Rana Baransi).

© Khulood Basel

Une introduction s’affiche sur écran donnant quelques repères historiques et permet d’entrer dans le sujet, complexe par le croisement des lignées, suivi du titre des chapitres qui nous guident au long du spectacle. Après les louanges à la beauté du prophète on reçoit les lamentations de l’émir vieillissant Rizq Ibn Nail pleurant sur sa vie en haut de la montagne, son grand regret étant de n’avoir pas engendré de fils. Il part à La Mecque comme on le lui  conseille, c’est là qu’il rencontre son épouse, Khadra qui lui donne une fille mais pas le fils tant attendu. « Nous rêvons d’un garçon dans nos berceaux » dit-elle. Alors, avec les autres femmes de la tribu, elle se rend à l’étang aux oiseaux et comme toutes, émet un vœu de fertilité en choisissant l’un d’eux, un oiseau noir.

Quelques mois plus tard Khadra met au monde un fils nommé Salameh / Abou Zayd, en même temps que naît celui qui sera son compagnon, Abou Al-Qamsan et en même temps que sa jument Hamra (Rouge) qui l’accompagnera toute la vie, présente sur scène sortant d’une malle avec force inventivité. À la surprise générale, l’enfant est noir de peau. Rizq bannit Khadra contrainte de s’enfuir avec son fils et sa servante, le père gardant leur fille. « Je laisse derrière moi ceux que je croyais miens… »

© Khulood Basel

Le départ de Khadra est de chagrin. Les ocres et les jaunes emplissent l’écran. Abou Zayd réfugié est accueilli avec sa mère chez le roi Fadil de la tribu des Zahianites, qu’il considère comme son père. Ce dernier vit en rêve qu’il sauverait un jour la tribu et le favorise. On lui enseigne la religion, la philosophie, le droit, la politique. L’enfant est tueur quoique très aimé mais s’attirant des jalousies. Il est guerrier et s’en prend d’abord aux oiseaux, un bâton au bout duquel un oiseau de chiffon se dédouble en une chorégraphie ardente danse sur l’écran. Puis il décuple la violence à la hauteur des humiliations qu’il reçoit, en représailles, il se voit invincible et fait trembler les montagnes. Il entre dans les premières guerres et tue, y compris certains de ses proches. La guerre entre les tribus s’étend, le conflit est permanent jusqu’à ce que Abou Zayd ait à affronter les Hilaliens, tribu à laquelle il ignore appartenir et qui le place face à Rizq, son père. La bataille est féroce mais son père le reconnaît. Il lui redonne sa place, et à Khadra son honneur, tapissant sa route de soie au son de l’arghoul, cet instrument à vent typique de l’Égypte et similaire à une clarinette. « Fiston, prends soin de la patrie ! » lui dit son père en lui passant la main.

Le récit est entrecoupé d’adresses au public : « Écoutez cette histoire et longue vie à l’auditoire ! » Dans la seconde partie où Abou Zayd est de retour parmi les siens, Bashar Murkus fait parler les arbres. On se trouve au cœur d’un lazzi comme dans la commedia dell’arte où la plaisanterie rythme le texte, les mots et les silences, où la scène est tangage, où la lumière parle. Et Abou Zayd repart explorer l’occident, Yalla ! يلا à la recherche d’une terre fertile, avec trois cavaliers dont Yahya et Mar’i, passant par La Mecque, « ils cavalèrent… avancèrent… » Un nouveau cycle d’histoires se tisse, entrecoupé de chants individuels et collectifs matière vive du spectacle dont L’histoire de Saâda et de sa servante May, deux femmes qui interrogent le sable dans un pays ravagé par la famine et dont la robe, par la magie du spectacle se pare de turquoise.

© Khulood Basel

On fait ses valises, on traverse les pays, on suit les mouvements de la géographie et de la géologie jusqu’à Tunis et les plis des guerres qui durent des années entre les diverses branches de la tribu de Banu Hilal. Les derniers épisodes mettent en face à face les jalousies du roi Hassan et de Diab. Trahisons, épuisement, captivité, surpuissance, rancunes, la dernière bataille dure deux mois entiers, œil pour œil, épée contre épée. L’imagerie fait voler Abou Zayd dans les airs jusqu’à sa mort, piqué par un serpent. Les tambours résonnent dans un solo de percussion, brillant et énergique qui fait trembler les murs de la cité. On jette la terre noire sur le tombeau du héros, il en sort du blé. Et tout se termine dans le chant et la danse.

© Khulood Basel

C’est un magnifique travail de tissage à l’ancienne que proposent Bashar Murkus et Khulood Basel à travers L’Épopée de Bani Hilal, Al-Sirah Al-Hilaliyyah dont ils démêlent les fils avec un talent fou, transformant la poudre de perlimpipin en or et rendant audible la densité de cette fresque épique et conte populaire, en occident. Sur scène, les sept jeunes acteurs et musiciens – Maia AlKeesh, Rana Baransi, Rami Nakhleh, Adan Rabous, Misan Miso Samara, Atallah Tannous, Abd Zubi à l’énergie et au talent fabuleux, utilisent avec justesse et simplicité tout l’arc disciplinaire de l’acteur et des techniques théâtrales traditionnelles : chant, musique, psalmodie, texte, gestes, danse, théâtre d’ombres et théâtre d’objets dans une manipulation marionnettique savoureuse des chevaux, chameaux et représentations mythologiques. Ils et elles sont guerriers, habitants des déserts, femmes répudiées ou adulées, jeunes et vieux, arbres, minéraux et animaux. Ils sont pure poésie, célèbrent le théâtre et permettent de le célébrer. Un pur joyau d’imagination et de réalisation, moment rare habité par l’équipe du Théâtre Khashabi.

Co-fondé par Bashar Murkus et Khulood Basel avec un groupe d’acteurs culturels et de théâtre palestiniens, à Haïfa, en 2015, le Théâtre Khashabi présente des spectacles multiformes tous aussi inventifs et pertinents. Un parcours exemplaire où s’allient le populaire et la recherche, et où cohabitent une vision artistique et une pensée de production politique et indépendante. La puissance de l’identité culturelle qu’ils véhiculent de par le monde donne du sens à l’acte théâtral. *

Avec : Maia AlKeesh, Rana Baransi, Adan Rabous, Misan Miso Samara, Atallah Tannous, Abd Zubi – musique live : Rami Nakhleh – Arrangements musicaux et compositions musicale Habib Shehadeh Hanna – production musicale Khalil EPI – scénographie Majdala Khoury – création lumière et direction technique Muaz Al Jubeh – régie son Moody Kablawi – fabrication marionnettes Vita Hleihil – assistant design et régie de plateau Nancy Mkaabal – responsable de production et de tournée Samera Kadry – production : Khashabi Theatre / Palestine Coproductions : De Singel Center – Carta Festival, Edinburgh International Festival, Cité internationale de la langue française, Théâtre des 13 vents/Centre dramatique national Montpellier, Espoo Theatre, Théâtre National de Catalogne – Dans le cadre de la Saison Méditerranée, avec le soutien de l’Institut Français, en partenariat avec le Théâtre du Châtelet à Paris (durée : 3h00, avec entracte). * Voir aussi nos articles sur deux spectacles de Bashar Murkus : Hash, le 26 novembre 2021 et Yes Dady ! le 29 juillet 2025.

Vu le samedi 27 juin 2026, à la Cité internationale de la langue française, Château de Villers-Cotterêts, dans le cadre de la Saison Méditerranée – En tournée : les 8 et 9 octobre au Théâtre des 13 vents / Centre dramatique national de Montpellier (France) – 3 novembre, Le Mixt à Nantes (France) – 10 et 11 novembre, Teatre Nacional de Catalunya, Barcelone (Espagne) – 28 et 29 novembre, Teatro Municipal do Porto, (Portugal) – 4 et 5 décembre 2026, Teatro Nacional D. Maria II, Lisbonne (Portugal)

Brigitte Rémer le 29 juin 2026

Saison Méditerranée 2026

Conférence de presse sous l’égide du ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères, Jean-Noël Barrot, de la ministre de la Culture et de la Communication, de l’Institut Français/Eva Nguyen Binh, présidente. Didier Fusillier, président du Grand-Palais/Réunion des Musées Nationaux où se tenait la rencontre, a accueilli les participants. Nesrine Slaoui, journaliste et écrivaine franco-marocaine, l’a animée.

C’est une riche Saison Méditerranée qui s’annonce et qui se tiendra du 15 mai au 31 octobre 2026. Le président de la République l’avait annoncé à Marseille il y a trois ans. Son objectif est de faire connaître des artistes, des entrepreneurs et des innovateurs, et « de faire émerger des projets communs en Méditerranée. » La Saison Méditerranée 2026 sera mise en œuvre par l’Institut Français. Julie Kretzschmar, metteure en scène et femme d’expérience en termes d’accompagnement de la création contemporaine, particulièrement celle issue des rives sud de la Méditerranée et de ses diasporas, en est la directrice artistique et la commissaire.

Kegham Djeghalian devant son studio photo à Gaza (1)

Plus de deux cents manifestations sont à l’affiche de la Saison Méditerranée 2026 qui seront programmés dans plus de soixante villes de France dont Aigues-Mortes, Aix-en-Provence, Arles, Aurillac, Avignon, Bordeaux, Istres, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Périgueux, Roubaix, Tourcoing, Paris et en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers, Bobigny, Bondy, Clichy-sous-Bois, La Courneuve, Saint-Ouen, Sevran. La Saison est portée par le réseau diplomatique et culturel via L’Institut Français, en lien avec les opérateurs locaux. De nombreux artistes issus de la région Méditerranée y participeront. Certains évènements seront aussi programmés en Algérie, Égypte et Tunisie, au Liban et au Maroc dans le cadre de la circulation des idées et des horizons partagés, donnant lieu à de nombreux partenariats.

Cinq axes majeurs traversent la Saison : Les utopies spéculatives, sur les initiatives environnementales et les modes de vies – Les identités plurielles, sur les croisements linguistiques – Les spiritualités contemporaines, sur les rituels et les transmissions – L’histoire collective des migrations, sur les histoires mémorielles – La construction des récits, sur la mise en fiction du réel. Le lancement de la Saison se fera le 15 mai à Marseille et s’étendra sur une dizaine de jours sur le thème Arriver, Partir, Revenir. Il se déploiera d’un port à l’autre de la capitale phocéenne, du Pharo au Fort Saint-Jean en passant par la Citadelle et le Château d’If, le Grand Port Maritime ainsi que les Docks. Un parcours d’expositions et d’installations s’inscrira dans la ville – dont Mon plus beau plan fixe du cinéaste franco-algérien Hassen Ferhani, au Château d’If et Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira à la Friche La Belle de Mai. Les différentes disciplines artistiques et culturelles seront représentées : musiques actuelles aux scènes des Suds, créations théâtrales dans des lieux emblématiques, cinéma en plein air, récits méditerranéens, Danser ma ville, Livres des deux rives/littérature et édition à l’honneur, etc. La clôture de la Saison aura lieu en octobre au Caire, elle coïncide avec la fin du festival de théâtre D-Caf (Downtown Contemporary Arts Festival) que dirige le metteur en scène Ahmed El Attar. La clôture se fera aussi en France avec L’Histoire du cinéma présentée à la Porte Dorée, à Paris et un week-end des Musiques Maroc et Méditerranée programmé à La Philharmonie de Paris.

Orchestre des Jeunes de la Méditerranée © V. Beaume(2)

Entre mai et octobre 2026, les nombreuses manifestations présentées seront multiformes. Nous en citerons quelques-unes pour exemple comme Arcadia, une œuvre-scénographie vivante réalisée par l’artiste syrien Khaled Alwarea et le collectif UV Lab, aux Subsistances de Lyon ; L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée au Festival d’Aix-en-Provence ; la Route du Doc, Cinéma documentaire tunisien à Lussas en Ardèche avec la participation du critique et enseignant Tahar Chickhaoui ; la XXème édition du Festival Arabesques-Uni’sons à Montpellier avec la création d’Arabesques Music Forum ; Une Saison Raï en Seine Saint-Denis.

© Sara Ouhaddou, Adagio 2025/Marc Domage (3)

Des commandes publiques ont été faites à des artistes, avec le Centre des Monuments Nationaux. Ainsi à la Cité internationale de Villers-Côteret, le metteur en scène palestinien, Bashar Murkus présentera L’Épopée de Bani Hilal et à l’Abbaye de Montmajour, à Arles l’exposition Météore réunira des artistes des rives sud et orientales de la Méditerranée pour questionner ce que l’archéologie met au jour et ce que l’image retient, dans le cadre des Rencontres de la Photographie d’Arles sous le commissariat de Ludovic Delalande. Pour la Saison Méditerranée, l’artiste photographe et vidéaste franco-égyptien, Youssef Nabil, interrogera les représentations de l’Orient à partir des collections du musée d’Orsay sous l’intitulé Liberté, sensualité, rêve et réalité.

Depuis 1985, les Saisons mises en œuvre par l’Institut Français ont fait dialoguer la France avec plus de 100 pays. Julie Kretzschmar, commissaire générale annonce pour la Saison Méditerranée 2026 une programmation qui « déploie une sphère-critique et animée de narrations et d’imaginaires reflétant les espérances et les drames des peuples du pourtour méditerranéen… Elle sera un temps de création généreux et polyphonique, comme un espace de coopération qui accompagne des histoires écrites à plusieurs depuis les sociétés civiles et fasse émerger des questionnements nécessaires. » Rendez-vous le 15 mai 2026, à Marseille !

      Brigitte Rémer, le 27 février 2026

Hasna El Becharia – Arabesques 2023 © B. Rémer (4)

Conférence de presse du 12 février 2026 au Grand-Palais – Avec la participation de Didier Fusillier, président du Grand-Palais/RMN – Eva Nhuyen Binh, présidente de l’Institut Français – Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison Méditerranée et aussi : Kamel Dafri, directeur du Point/Fort d’Aubervilliers et de l’association Villes et Musiques du monde – Mohamed El Khatib, artiste, metteur en scène – Olfa Feji, commissaire d’exposition – Nathalie Garraud, metteure en scène et codirectrice du Théâtre des 13 vents/CDN de Montpellier – Joana Hadjithomas, artiste – Marie Lavandier, présidente du Centre des Monuments historiques.

(1) – Photo Kegham de Gaza : une archive inachevableExposition présentée du 16 mai au 12 septembre 2026, au Centre photographique de Marseille – Figure majeure de la photographie à Gaza au milieu du XXè siècle, Kegham Djeghalian Sr (1915-1981) a documenté la ville et ses habitants pendant près de 40 ans. Rescapé du génocide arménien, il a fondé en 1944 le premier studio photographique professionnel de Gaza. Il est ici devant son studio, Photo Kegham, mi-1970. (2) – L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, jouera dans le cadre du Festival d’Aix‐en‐Provence les 20, 21 et 22 juillet 2026. Il reçoit le soutien de la Région Sud Provence Alpes Côtes d’Azur et de la Fondation Orange. En coopération avec El‐Dahshurya et le Conservatoire du Caire (Égypte) et avec plus de quarante structures culturelles euro‐méditerranéennes. Festival d’Aix 2025 © Vincent Beaume. (3) – Exposition de la plasticienne franco-marocaine Sara Ouhaddou dans les Tours et remparts d’Aigues-Mortes, du 19 juin au 1er novembre 2026.  Sara Ouhaddou installe une série de pièces inédites – guirlandes de verre, amulettes, boutis – nées de la rencontre entre son univers artistique et l’histoire du monument, notamment celle des femmes qui y furent emprisonnées. En partenariat avec la Réunion des Musées Nationaux. (4) – Hasna El Becharia au Festival Arabesques 2023, Domaine d’O, Montpellier © Brigitte Rémer.