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Drama 1882

Film-opéra de Waël Shawky, au Grand Palais / Grand Auditorium, en accès libre – dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 avec le Centre des Monuments Nationaux – Derniers jours.

© Simon Lerat – Grand Palais RMN 2026

Cette oeuvre vidéo en huit parties explore la révolution nationaliste égyptienne menée par le colonel Ahmed Urabi contre la domination coloniale britannique,  entre 1879 et 1882.  D’origine paysanne, né dans la province d’Ash Sharqiyah dans le Delta ce dernier gravit tous les échelons militaires jusqu’à fonder le Parti nationaliste égyptien. Mais en 1882 ce mouvement populaire implose entrainant le bombardement massif d’Alexandrie par les forces britanniques.

L’artiste plasticien et réalisateur, Waël Shawky, originaire d’Alexandrie – qui signe aussi la réalisation des costumes et la composition musicale – se penche sur les archives et fait un travail minutieux pour rechercher les zones d’ombres d’un événement qu’on avait voulu oublier. Il a créé Drama 1882 pour le Pavillon égyptien lors de l’Exposition Internationale d’Art de la Biennale de Venise, en 2024 et mêle dans cette reconstitution historique fiction et réalité. « Nous risquerons nos vies jusqu’à la mort » disent le peuple et les militaires. Waël Shawky nous fait suivre la montée en puissance du colonel Urabi jusqu’à cette rixe dans un café entre un gardien d’ânes égyptien et un Maltais qui a fait le tour des cafés de la ville, rixe qui dégénère en émeutes causant sa chute et la mort de plus de trois cents personnes, dans une ville dévastée. La question de la préméditation des Britanniques reste posée.

© Simon Lerat – Grand Palais RMN 2026

Wael Shawky découpe son film en séquences et annonce les parties, les décors et costumes sont éclatants de couleurs et les mouvements d’ensemble d’une parfaite maitrise. Le Khedive est un Monsieur Loyal portant smoking et haut de forme, blancs, les armées locales et britanniques sont vêtues de magnifiques uniformes et la foule tangue. Il y a en même temps beaucoup d’humour dans le traitement de l’image où les acteurs sont chorégraphiés à la manière de figurines, où les maisons sont de guingois, où la rue des Sept Sœurs, Sabaa Banat et Mahatet El Raml la gare des trams au cœur de la ville, sont en mouvement. « Nous ne sommes esclaves de personne… Le Khedive est un traitre à la Nation » chante le peuple.

Des bagarres de rue mettent face à face les étrangers et les locaux qui règlent leurs comptes à coups de bâton. On voyage du quartier européen d’Alexandrie aux Consulats Britannique et Italien, et jusqu’à Constantinople où se fomentent quelques complots. Ferdinand de Lesseps est de la partie et fait la promesse de fermer le Canal de Suez aux Britanniques. Ahmed Urabi affronte la vice-reine britannique Twakif, en 1881, et a l’ascendant sur elle. Il ne craint pas non plus de se rendre à la tête d’une armée devant le Palais Abedine, lieu du Gouvernement et d’en demander le renvoi ainsi que la création d’une Commission pour la rédaction d’une Constitution. Il devient le porte-parole authentique de la voix du peuple égyptien qui l’acclame.

Wael Shawky fait de l’Histoire un très joli film qui nous mène jusqu’aux adieux du colonel Ahmed Urabi partant pour l’exil. Tarbouches, pigeonniers et Grande Mosquée, tout y est, dans un récit musical et chorégraphique réglé de main de maître et plein de charme qui interroge colonialisme, résistance et écriture de l’Histoire.

Brigitte Rémer, le 14 juillet 2026

© Wael Shawky

Réalisateur, directeur artistique, créateur costume, composition musicale : Wael Shawky | Scénario : Wael Shawky, Islam Salama | Directrice de la photographie : Mina Nabil | Monteur : Mark Lotfy | Son : Michael Fawzy | Équipe sculptures : Kain Walgrave, Giorgio Benotto | Équipe installation : Ibrahim Salama, Daniele Rancilio, Federico Elia, John Mirabel, Ikra Costruzioni | Installation lumières et audio-visuelle : Eidotech | Chorégraphe : Mirette Mechail | Directeur exécutif théâtre : Ahmed Shawky | Directeur exécutif film : Abanoub Nabil | Assistant mise en scène théâtre : Mohamed Farouq Rocky | Arrangements musicaux : Mohammed Hosny | Superviseur vocal : Mohammed Khaled | Enregistrement chansons, mixage et design sonore : Michael Fawzy | Superviseur costumes : Nahla Morsy | Superviseur scénographie : Osama Gaber | Rédaction et relecture des textes historiques : Islam Salama | Manager projet : Giorgia Rea | Manager exécutif : Antonio Zanon | Relations presse : Evergreen Arts | Graphiste : Mona Zanana | Production implémentation : Ahmed Sayed | Levée de fonds : Mai Eldib – Production : Mass Alexandria | Producteur exécutif théâtre : Osama Al-Hawary | Producteur film et théâtre : Mark Lotfy | Production compagnies : Wael Shawky, Mass Alexandria, Sfeir-Semler Gallery, Lisson Gallery, Lia Rumma Gallery, Barakat Contemporary.

Jusqu’au 26 juillet 2026 – Horaires de projection : 10h, 10h50, 11h40, 12h30, 13h20, 14h10, 15h, 15h50, 16h40, 17h30, 18h20, au Grand Auditorium du Grand-Palais, square Jean Perrin, 75008 Paris – métro : Champs-Elysées Clémenceau.

Les Arts de l’Islam – Un passé pour un présent

“Portrait de jeune femme à la rose”, Iran, 19e siècle © Brigitte Rémer

Exposition au Musée des Beaux-Arts de Dijon, en coproduction avec le Musée du Louvre et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais – commissariat Dijon Catherine Tran-Bourdonneau, conservatrice du patrimoine, chargée des collections extra-européennes au Musée de Dijon.

Une manifestation d’ampleur nationale rassemble dix-huit expositions dans dix-huit villes de France* sur le thème Les Arts de l’Islam. Un passé pour un présent, initiative du département des Arts de l’Islam du Musée du Louvre, sous le commissariat général de Yannick Lintz.

Dans chaque ville, dix œuvres exceptionnelles ont été choisies, comme « témoins matériels de cette civilisation islamique aux multiples cultures, langues et religions, qui parlent, nous instruisent et nous éclairent », oeuvres faites de matières précieuses comme l’ivoire, le cristal, la céramique fine, le métal ciselé, les soies, les parchemins et papiers rares, les pierres dures. De l’Espagne à l’Inde, du Maghreb à l’Asie centrale, ces objets d’art traduisent le faste et la magnificence des pouvoirs politiques, ses plus importants commanditaires : des califes de Damas, de Bagdad ou de Cordoue, des sultans égyptiens fatimides et mamelouks, des sultans du Maroc, des rois d’Iran, des empereurs ottomans ou indiens et les influences des cultures indiennes et chinoises, ou de l’art européen. En fonction du contexte dans lequel elles s’inscrivent, les œuvres d’art du monde islamique nous plongent dans un univers religieux ou profane.

A Dijon, treize œuvres émanant des collections du Musée des Beaux-Arts, de celles de la Bibliothèque de Dole, du Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC) de Bourgogne ainsi que du Louvre, témoignent de la riche histoire de l’Islam et de l’importance des évolutions qui la traversent. Acquisitions du Musée des Beaux-Arts de Dijon, on peut y voir des Boîtes de toilette en ivoire et peinture dorée, du XIVème ou XVème siècle, ayant appartenu aux duchesses de Bourgogne, venant soit de Sicile, soit de Grenade et du sud de l’Espagne ; une Bouteille en verre soufflé et émaillé à décor peint, de l’Égypte mamelouke du XIVème siècle ; un Coffret de balances pour orfèvre iranien, en bois, laque, papier, métal et laiton, servant à la pesée des bijoux ou de métaux précieux, du XIXème siècle ; un Portrait de jeune femme à la  rose datant de la dynastie persane des Qajars du XIXème siècle, peinture sur verre aux couleurs chatoyantes peint au verso et orné de rehauts d’or ; un Coffret au décor de marqueterie du dernier royaume islamique de Grenade, datant du XIVème siècle ; un Poignard indien avec fourreau en métal ciselé et doré, à la poignée damasquinée d’or, du XVIIIème siècle ; deux Tapis, du XIXème siècle, l’un venant de Turquie, en laine et velours de laine, l’autre, d’Iran, en coton, laine et velours de laine, un art du tapis très prisé en Europe, à partir du XIXème siècle.

Deux précieux objets ont été prêtés par le Musée du Louvre : une Lampe de mosquée en métal ajouré, du XIème siècle, provenant de Syrie ou de Palestine et suspendue au dôme du Rocher de Jérusalem, dans laquelle est inscrit en coufique et se répète « Il n’y a de Dieu que Dieu » ; la Page d’un manuscrit, une miniature persane du XVIIème siècle représentant un haut dignitaire de la cour de l’Empire Ottoman. La Médiathèque d’Agglomération du Grand Dole a confié au Musée de Dijon Le Grand Coran attribué à Ali Quli Jabba Dar (Égypte) et magnifiquement calligraphié sous la dynastie des Mamelouks, datant du XIVème ou XVème siècle. Le FRAC Bourgogne présente une installation contemporaine intitulée Table militaire et sept tapis afghans, du sculpteur Michel Aubry, sa lecture et son regard citoyen sur les enjeux politique entre l’Orient et l’Occident, fabriquée en canne de Sardaigne, contreplaqué, onze anches et sept tapis.

“Bouteille”, Égypte ou Syrie, sultanat mamelouk, 16e siècle © Brigitte Rémer

En introduction à l’exposition nous sont montrés sur un atlas audiovisuel les principaux hauts lieux artistiques à travers le monde islamique : la Rue Ben M’hidi d’Alger (Algérie), les Jardins de l’Alhambra de Grenade (Espagne), la Mosquée du Sultan Hassan au Caire (Égypte), la Grande Mosquée de Damas (Syrie), le Palais de Topkapi à Istanbul (Turquie), les Mausolés royaux de Samarcande (Ouzbékistan), le Palais de Fatehpur Sikri, capitale de la dynastie Moghole au XVIème siècle (Inde). Par ailleurs un repérage du monde islamique en quelques dates part de la fondation de Kairouan, en Tunisie, en 670.

Le musée des Beaux-Arts de Dijon possède l’une des plus belles collections d’art islamique en France. Quelques-uns de ses chefs-d’œuvre sont réunis dans cette exposition qui s’inscrit dans une dynamique nationale. Les Arts de l’Islam – Un passé pour un présent témoigne de la circulation des objets, des formes et des techniques artistiques ainsi que des échanges noués avec le continent européen ; autour, toute une programmation culturelle est proposée sous forme d’ateliers, de nocturnes et de visites commentées, pour les individuels ou pour les groupes-classes notamment, prolongeant les thèmes de réflexion sur la place de l’image et des représentations dans le contexte religieux comme profane, la calligraphie, l’art du livre et des enluminures, la ville, le palais et l’objet comme signe de prestige social. Une magnifique initiative !

Brigitte Rémer, le 13 février 2022

Jusqu’au 27 mars 2022, de 9h30 à 18h (sauf le mardi), au Musée des Beaux-Arts/Palais des Ducs et des États de Bourgogne, 1 rue Rameau. 21000. Dijon – site : expo-arts-islam.fr

*Dans 18 villes de France : Angoulême, Blois, Clermont-Ferrand, Dijon, Figeac, Saint-Louis de la Réunion, Limoges, Mantes-la-Jolie, Marseille, Nancy, Nantes, Narbonne, Rennes, Rillieux-la-Pape, Rouen, Saint-Denis, Toulouse, Tourcoing – Publication : Les Arts de l’Islam – Un passé pour un présent, Louvre Éditions, RMN-Grand Palais (13,50 euros).