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Voix de Gaza | أصوات غزة

Soirée musicale et poétique avec le groupe Radio Gaza, à l’Institut du Monde Arabe, en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut français de Gaza

Radio Gaza © Institut du Monde Arabe

Par leurs créations musicales et poétiques, leur créativité et leur solidarité, les artistes originaires de la bande de Gaza accueillis en résidence en France depuis le début de l’offensive israélienne, ont été mis à l’honneur en une soirée exceptionnelle, programmée à l’Institut du Monde Arabe. Envers et contre tout, ils continuent à créer et font entendre leurs voix.

 Deux poètes ouvrent la soirée, Mohammad Al Qudwa suivi de Doha al-Kahlout. Poète et karatéka de haut niveau, écrivain et artiste performeur palestinien originaire de la ville de Gaza, Mohammad Al Qudwa malgré son jeune âge, a traversé cinq guerres. Son travail s’ancre dans l’expérience vécue et explore le corps comme un lieu de mémoire. Ses thèmes touchent au déplacement, à l’absence, à l’identité, à la réalité palestinienne contemporaine. Il transforme l’exil en parole et écrit à la mémoire d’amis disparus. Il a participé au programme Sawa Sawa de l’Institut Français de Jérusalem. « Quelque chose a voilé mon soleil. La mer a explosé. » Il fut partie prenante dans la soirée Nour, célébration poétique de la langue arabe présentée au Festival d’Avignon en partenariat avec l’IMA (cf. Ubiquité-Cultures du 28 juillet 2025). Il lit certains de ses poèmes.

Mohammed Hilles © La Lettre du Musicien

Doha al-Kahlout, prend ensuite le relais pour dire certains de ses textes. Poétesse de Gaza et professeure d’arabe, elle a signé un recueil publié aux éditions Dar Tarik, intitulé Asbah/Similarités. « J’empêche encore le verbe de t’écrire au passé. » Elle travaille sur la langue et honore ses ami(e)s gazaouis, évoquant « chaque jour d’un retour où personne ne m’attend. » Elle disait au cours d’une interview : « Je pense que notre objectif, à nous, écrivains palestiniens, est toujours de documenter notre situation, que ce soit en poésie ou sous toute autre forme littéraire. Nous parlons de notre expérience avec le désir qu’elle finisse par être connue partout dans le monde… L’état de siège, la division, l’attente, les points de contrôle, les interdictions… sont autant de termes qui, pour les écrivains palestiniens, forment une langue particulière. »

Entre ces deux interventions poétiques, le violoniste solo Mohammed Hilles – qui a quitté Gaza pour étudier la musique à Paris-Saclay – dialogue avec les mots envolés, son violon pleure. Il est suivi de six musiciens qui marquent le rythme de leurs percussions et guitares, oud et bouzouki, vocal. Le collectif Radio Gaza propose une relecture contemporaine du patrimoine musical palestinien, mêlant rock, hip-hop et sonorités modernes. Plus qu’un groupe, c’est une expérience musicale puissante née de l’entremêlement de talents palestiniens, venant de Gaza. Ensemble, ils réinventent les chansons traditionnelles palestiniennes en leur insufflant une dimension festive et un engagement militant. Leur énergie est contagieuse.

Doha al-Kahlout © Columbia Univ.

Issus pour la plupart du Conservatoire national de musique Eward Saïd, ils ont créé Radio Gaza avec l’aide d’associations dont Al Kamandjâti qui leur ont permis, après de multiples difficultés et attentes, de s’installer en Anjou avec leurs familles. Ils ont obtenu un visa talent dans le cadre du programme européen Pause, créé en 2017 par le Collège de France pour soutenir les scientifiques et les artistes en danger, notamment en raison de guerre ou de persécutions. Mohammed Lomani, guitariste, est le cofondateur de Radio Gaza et il est entouré des musiciens du Watar Band, fondé en 2008, à Gaza : le rappeur Ayman Mghames, alias Abu Joury, Khamis Abu Shaaban (guitare basse), Mohammed al-Habash (oud et chef de choeur), Sameh Abulaila, (batterie et percussions), le chanteur et joueur de bouzouki Moneim Adwan, qui revisitent les mélodies palestiniennes. Ensemble, ils mêlent les sonorités de la musique arabe traditionnelle aux musiques occidentales tels que la pop, le soft rock et les musiques du monde, créant ainsi un univers musical singulier, à la croisée des cultures et des émotions.

Mohammad Al Qudwa © Le Bien Public (Dijon)

Leur répertoire porte les mots d’un peuple qui refuse le silence et mêle des paroles profondes et engagées à la puissance de la musique, sans limite ni frontière. Le oud et le bouzouki dialoguent avec la guitare électrique, les percussions ancestrales avec les rythmes hip-hop. C’est une ode à la résistance, à la vie, à l’amour et à l’espoir.

Le rappeur Abu Joury, qui est aussi un sublime animateur, entraine la salle, qui participe avec beaucoup de plaisir et d’empathie et certain(e)s dansent. « N’arrêtez jamais de parler de Gaza. N’arrêtez jamais de penser à nous. N’arrêtez jamais de nous soutenir. Ce qu’il s’y passe est un génocide et vos voix peuvent peser sur vos gouvernements. Si les Gazaouis se sentent abandonnés, ils préféreront mourir plutôt que de continuer à vivre dans ces conditions » dit-il, en conclusion de cet ardent partage.

Brigitte Rémer, le 15 février 2026

Avec : Doha al-Kahlout et Mohammad Al Qudwa, poètes, conteurs – avec les musiciens de Radio Gaza/Watar Band : Mohammed Hilles, violoniste – Moneim Adwan : voix et bouzouki – Abu Joury : voix, rappeur – Mohammed Alhabbash : oud – Khamis Abushaban : basse – Mohammed Lomani : guitare électrique – Sameh Abulaila : batterie,percussions – Concert produit par l’Association Al Kamandjâti.

Concert produit par l’Association Al Kamandjâti, vendredi 6 février à 19h30, à l’Institut du Monde Arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V – 75005 – métro : Jussieu, Cardinal-Lemoine. Tél. : 01 40 51 38 38.