Archives par étiquette : Paul Rondin

73e édition du Festival d’Avignon

Visuel © Miryam Haddad

Pendant vingt jours, du jeudi 4 au mardi 23 juillet 2019, le Festival d’Avignon battra son plein avec 2 expositions, 43 spectacles et 280 levers de rideau. Une jauge de 112 000 entrées et autant de billets mis à la vente.

Annoncé par son directeur, Olivier Py – lors de la conférence de presse qui s’est tenue le 28 mars à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, après celle d’Avignon, la veille – le programme traverse les océans sur le thème de l’Odyssée, des Odyssées, du voyage précise-t-il. C’est d’altérité qu’on va parler, de l’Autre, des traversées en Méditerranée, de l’Étranger et de l’exil. La question de l’imaginaire européen et de l’héritage sera à l’ordre du jour, ainsi que la manière dont la grande Histoire croise la petite. Et pas d’Odyssée sans Homère, un feuilleton théâtral lu sous la direction de Blandine Savetier, tous les jours à midi.

Le visuel du Festival en ses profondes couleurs chromatiques en même temps que lumineuses, est signé d’une jeune artiste d’origine syrienne, Miryam Haddad qui a quitté Damas en guerre en 2012, alors qu’elle était étudiante en art. Elle a poursuivi ses études à l’École des Beaux-Arts de Paris, elle en est diplômée. Elle expose dans le cadre de la Fondation Lambert pendant tout le Festival, sur le thème Le Sommeil n’est pas un lieu sûr.  

Les trois disciplines, théâtre, danse et musique se croiseront dans la Cour d’Honneur : Pascal Rambert ouvrira le banc le 4 juillet, avec Architecture, sur un texte qui parle de l’Europe au début du XXème ; la troupe du chorégraphe Akram Khan y dansera du 17 au 21 juillet, Outwitting the devil/Tromper le démon ; Arnaud Rebotini et le Don Van Club y présenteront le 23 juillet une soirée musicale, d’après un texte de Jean-Luc Lagarce, 120 battements par minute.

Parmi les grands événements de cette édition, Outside, sur l’histoire de l’autodidacte chinois Ren Hang, qui s’est suicidé en 2017, une création de Kirill Serebrennikov, artiste qui reste assigné à résidence, en Russie ; et, venant de Pékin, La Maison de Thé de Lao She, poète qui s’est suicidé durant la Révolution culturelle, en 1966, dans une mise en scène de Jinghui Meng.

En partenariat avec l’Odéon, Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlink mise en scène par Julie Duclos et O agora que demora/Le présent qui déborde, de Christiane Jatahy d’après Homère, seront à l’affiche. Côté théâtre Clément Bondu mettra en scène Dévotion, dernière offrande aux dieux morts avec l’École supérieure d’art dramatique de Paris ; Ontroerend Goed, théâtre et performance de Gand, £Y€S/EYES ; Alexandra Badea Points de non-retour/Quai de Seine ; Maëlle Poésy Sous d’autres cieux de Kevin Keiss, d’après Virgile ; Roland Auzet, Nous, l’Europe, Banquet des peuples, avec une quinzaine d’enfants, du Chœur d’Avignon ; François Gremaud révise Phèdre ; Jean-Pierre Vincent L’Orestie, d’Eschyle ; Henri Jules-Julien présente Mahmoud et Nini, un spectacle franco-égyptien ; Macha Makeïeff Lewis versus Alice d’après Lewis Caroll, ainsi qu’une exposition  à la Maison Jean Vilar ; Daniel Jeanneteau monte Le reste, vous le connaissez par le cinéma, de Martin Crimp ; Tommy Milliot La Brèche de Naomi Wallace, pièce d’une grande violence, qui a reçu le prix Impatience ; Rimini Protokol présente Granma, les trombones de La Havane sur le ressenti des gens ordinaires lors de la Révolution Cubaine ; Tamara Al Saadi, auteure franco-irakienne parle de l’étranger à la recherche de légitimité avec Place, spectacle pour lequel elle avait le prix Impatience 2018.

Le théâtre jeune public n’est pas laissé pour compte, Olivier Py y veille. Il met lui-même en scène un spectacle musical, L’Amour vainqueur. Michel Raskine présente Blanche-Neige histoire d’un Prince, de Marie Dilasser ; Yacouba Konaté Le Jeune Yacou, un conte musical réalisé en partenariat avec l’Atelier des Artistes en Exil ; Céline Schaeffer qui a notamment travaillé avec Valère Novarina, La République des abeilles, d’après Maurice Maeterlinck.

Avignon décentralisé se poursuit avec Amitié d’Eduardo de Filippo et Pier Paolo Pasolini mise en scène d’Irène Bonnaud, en itinérance. La danse est représentée par Kukai Dantza avec Oskara, échos du Pays Basque ; par Céliaz Gondol et Nina Santes avec A Leaf travail sur la synesthésie ; par Salia Sanou dans un partenariat Burkina Faso/Montpellier, avec Multiple-s- et la participation de Germaine Akogny, Nancy Huston et Bab-x ; par Wayne McGregor et son Autobiography venant de Londres ; par Faustin Linyek,  danseur et chorégraphe congolais né au Zaïre avec son Histoire(s) du Théâtre II, autre volet de son Indiscipline.

De la musique brésilienne complète ce copieux menu avignonnais avec Milagre dos Peixes de Tigana Santana et La Nuit des Odyssées, spectacle visuel et poétique présenté par la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton à la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon. Comme chaque année, un tourbillon de propositions complète la programmation comme les Ateliers de la Pensée, les Territoires cinématographiques en partenariat avec Utopia, les écrits, conversations, conférences, émissions etc…

L’art et la culture en 2019 seront en densité, intensité et émotions et sauront mêler gravité et festivité. Tous les publics peuvent y puiser et l’édition est prometteuse. L’étude des publics réalisée pendant chaque festival confirme l’ouverture à tous et l’attention aux spectateurs. 20% de festivaliers se situent sous le seuil du salaire médian et 19% ont moins de trente ans, dit l’étude 2018 et la variation du prix du billet s’adapte aux différentes catégories sociales et classes d’âge, comme 4 spectacles pour 40 euros pour les moins de 26 ans, petit clin d’œil au Cac 40 version Olivier Py qui, comme depuis toujours, s’engage : « Notre impatience d’une société plus juste, d’un rapport au monde plus sain, d’une parole mieux partagée, est le plus haut désir politique. Et pour cela, il faut désarmer les solitudes » déclare le directeur du Festival.

Brigitte Rémer, le 2 avril 2019

Festival d’Avignon, du jeudi 4 au mardi 23 juillet 2019 – Ouverture de la billetterie le 8 juin et par internet le 11 juin 2019 – Tout le programme sur : www.festival-avignon.com

72ème édition du Festival d’Avignon

L’édition 2018 du Festival d’Avignon se tiendra du 6 au 24 juillet, sous l’égide du soleil et du petit vin local, dans la Cité des Papes. Singularités, en est le thème.

Après une énumération à la Pérec de tous les financeurs et partenaires, Olivier Py, directeur du Festival, rend hommage à ses équipes en énonçant un long générique. Il fait un rapide bilan de l’édition passée : 20 % de spectateurs âgés de moins de 30 ans, 16% venant pour la première fois au Festival, un budget de treize millions d’euros et des subventions de sept millions deux cent mille. L’étude sur les retombées économiques du Festival, réalisée par l’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse, confirme les liens positifs entre les champs culturel et économique. Cent treize mille billets sont à la vente cette année.

47 spectacles dont 8 sujets à vif en partenariat avec la SACD, une répartition équitable entre spectacles étrangers et spectacles français, différentes disciplines – théâtre, musique, danse, expositions – se partagent l’affiche. Trente-cinq d’entre eux sont des créations. Côté théâtre, les classiques sont de retour avec Iphigénie, montée par Chloé Dabert et Tartuffe, par le metteur en scène lituanien Oskaras Korsunovas. Thomas Jolly donnera le coup d’envoi dans la Cour d’Honneur, avec Thyeste, de Sénèque.

Le thème du genre sera mis en exergue avec ses Singularités, car derrière la notion de trans-identité, se profile « une autre façon de penser le monde et la démocratie » dit Olivier Py. « L’artiste est important s’il est singulier, c’est sa marque du réel, son combat » ajoute-t-il. Didier Ruiz, travaillant entre Paris et Barcelone prépare un spectacle intitulé Trans (Més Enllà) ; Phia Ménard présentera Saison sèche ; Mickaël Phelipeau Ben et Luc, une chorégraphie venant du Burkina Faso ; Jan Martens, travaillant à Anvers, Ode to the attempt.

Le Festival porte une attention particulière à la jeunesse, à commencer avec l’affiche du Festival, réalisée cette année par la plasticienne Claire Tabouret. Des enfants nous regardent, empreints d’une certaine gravité : « Dans quel monde allons-nous vivre » semblent-ils questionner ? De nombreuses actions à l’attention des jeunes sont proposées : un volet de théâtre tous publics avec beaucoup d représentations et d’ateliers, un guide du jeune spectateur, un travail de sensibilisation en amont pour préparer la venue des jeunes aux spectacles, un partenariat avec les CEMEA, avec les collèges et lycées d’Avignon – travail qui se développe aussi pendant l’année entre deux festivals avec l’Éducation Nationale, à raison de huit-cents heures d’interventions, ce qui donne plus de sens encore à l’action artistique menée – un passeport Jeunes proposant quatre spectacles pour 10 euros, la participation des maitrises de l’Opéra d’Avignon et de l’Opéra comique.

Le Festival sort aussi de ses remparts et se décentralise dans un rayon de trois kilomètres autour de la ville, seize lieux du Département sont associés. Ainsi le spectacle Ahmed revient – après Ahmed le subtil – d’Alain Badiou, monté par Didier Galas, circulera. Le Centre pénitentiaire Avignon-Le Pontet sort de ses murs pour présenter dans un nouveau lieu, « La Scierie », Antigone de Sophocle à partir du travail mené dans l’année avec les prisonniers par Olivier Py et Enzo Verdet. Olivier Py présentera dans ce même lieu son spectacle, Pur présent.

La richesse de la programmation, française et étrangère, se fait l’écho d’un réel travail de réflexion. 36, avenue Georges Mandel, spectacle de Raimund Hoghe, venant de Dusseldorf, parle de La Callas, à partir de la dernière adresse où elle a vécu. Des spectacles venant entre autres d’Iran, d’Egypte, de Syrie, du Liban, du Portugal sont présentés et côtoient la création en VF. L’École du Nord, de Lille, dirigée par Christophe Rauck, présentera un « arrangement » du Pays lointain, d’après Jean-Luc Lagarce avec un groupe d’apprentis acteurs ; David Bobbée animera sur un mode ludique le feuilleton théâtral de midi au Jardin Ceccano : Mesdames, Messieurs et le reste du monde.

De nombreuses propositions partenaires sont à l’affiche du Festival dont Les Ateliers de la pensée en collaboration avec l’Université sur son site Pasteur, France Culture et Arte ; des débats sur les neurosciences, en partenariat avec le Conseil Régional Provence Alpes Côte-d’Azur ; les Rencontres Recherche et Création en Avignon avec l’Agence Nationale de la recherche ; les Nouvelles écritures dramatiques européennes avec la participation de plusieurs écoles de théâtre dont celle du Théâtre national de Strasbourg et la Maison Antoine Vitez-Centre international de la Création théâtrale autour des auteurs haïtien Guy Régis Junior et congolais Tchicaya U’Tamsi ; les Territoires cinématographiques en partenariat avec les cinémas Utopia ; Le cloitre Saint-Louis reste le lieu emblématique du Festival pour les professionnels du domaine artistique et culturel.

Au-delà de la réalisation de l’affiche, Claire Tabouret présentera ses Peintures à l’Église des Célestins et à la Collection Lambert. Une exposition sur Jeanne Moreau, une vie de théâtre sera proposée et Une histoire du Festival d’Avignon en 72 affiches, pour cette 72ème édition. Le Festival d’Avignon 2018 s’annonce ouvert et passionnant, il promet de belles émotions. « Nous avons l’espoir d’un changement de genre politique qui n’assigne plus notre devenir à la nécessité économique et aux dieux obscurs de la finance » écrit Olivier Py dans son introduction à la présentation de programmation, « nous apprenons à désirer autre chose pour que les générations à venir conservent l’ivresse du possible. »

Brigitte Rémer, le 5 avril 2018

Conférence de presse du 72ème Festival d’Avignon, le 28 mars à La FabricA d’Avignon, le 29 mars à Chaillot-Théâtre national de la Danse. Le programme complet sera disponible début mai sur le site : www. festival-avignon.com – la billetterie ouvrira le 11 juin 2018 sur ce même site.