Ouvrage écrit par Oxana Melnychuk-Viktorsvit, publié aux Éditions du Dauphin, en février 2026.
Le texte est adressé pour tous ceux qui veulent comprendre et commence par les mots suivants : « Ce livre est la voix matérialisée de mon pays, une nation qui aspire si ardemment à la justice ! »
Oxana Melnychuk-Viktorsvit est née à Kyïv à l’époque soviétique. Elle est diplômée en Histoire, Archéologie et Ethnologie de l’Université Tarass Chevtchenko et a présenté son DEA à l’Université Paris 7 Denis Diderot en 2000, sur le thème La Domination russe et la résistance ukrainienne, exacte illustration de ce qu’il est advenu vingt ans plus tard.
Exilée en France depuis 2022, peu après le déclenchement de la guerre par les Russes, elle est devenue activiste, comme elle l’était déjà sur place au moment des événements de Maïdan, en février 2014. Très détaillée, la table des matières de l’ouvrage, Ukraine – Kyïv, l’autre berceau de l’Europe, impressionne. Le livre déconstruit le mythe de puissance de la Russie montrant qu’il n’est qu’illusion et illustre la résistance acharnée de l’Ukraine au fil des siècles, luttant contre un effacement imposé et une dépossession de nombre de ses grands hommes et personnalités intellectuelles et artistiques. Il est construit en quatre parties : Les étapes clés de l’histoire du peuple ukrainien ; la déconstruction des mythes géopolitiques tenaces au sujet de l’Ukraine ; Mieux comprendre La Rossiya ou l’illusion d’une grandeur magnifiée ; Mieux comprendre l’Ukraine ou les sources d’une résilience millénaire.
Avec Oxana Melnychuk-Viktorsvit pour guide on refait le parcours historique à la recherche de l’identité ukrainienne dès avant notre ère. Une centaine de pages composent la première partie de l’ouvrage, donnant Les étapes clés de l’histoire du peuple ukrainien, de la genèse du peuple ukrainien à la Rous’ de Kyïv avant sa fragmentation, entre le Vème et le XIIème siècle, regardant le XIIIème siècle comme un tournant majeur entre invasion mongole et cosaquerie zaporogue – comment ne pas penser à Apollinaire dans sa Chanson du mal-aimé : « Je suis le Sultan tout-Puissant Ô mes Cosaques Zaporogues Votre Seigneur éblouissant… » avec la destruction de Kyïv en 1240, et la constitution de la Retch Pospolita / République des trois Nations qui réunit du XVIè au XVIIIè siècles la Pologne, la Lituanie et l’actuelle Ukraine (alors appelée le pays Ruthène).
Au XVIIIème siècle, l’agression rossiyenne bat son plein et de nombreux décrets émis par Pierre Ier de Russie, puis par les impératrices Anne Ivanovna sa nièce et Catherine II visent à éradiquer la langue et l’identité ukrainiennes. Différents actes d’une cruauté et injustice parfaites illustrent cette haine viscérale entre Russie et Ukraine dans le déséquilibre du rapport de force : Staline utilisa le prétexte d’un congrès pour réunir à Kharkiv en 1933 les bardes, ces chanteurs errants détenteurs des récits traditionnels dont la transmission se fait oralement, les Kobzars, pour les exterminer et effacer ainsi la mémoire vivante de l’Ukraine (3). La même année Staline affame le peuple ukrainien en faisant régner la famine dans le pays après s’être débarrassé de la résistance des paysans ukrainiens, c’est l’Holodomor, un génocide internationalement reconnu. Il est suivi, dans les années 1920/1930 par l’exécution d’une partie de la brillante intelligentsia ukrainienne tels qu’écrivains, artistes, poètes, scientifiques, professeurs, etc.
La déconstruction des mythes géopolitiques tenaces au sujet de l’Ukraine permet de désamorcer cette fausse fraternité qu’on a longtemps fabriquée et le mythe de la restitution des terres dites originellement russes. Oxana Melnychuk-Viktorsvit donne de nombreux exemples et montre toute la complexité des discours détournés, manipulés et mensongers qui visent à l’écrasement de l’identité ukrainienne. Et elle désamorce les trois mensonges les plus exportés sur l’Ukraine : la traîtrise, l’antisémitisme et le nationalisme/nazisme basés en grande partie sur la propagande ennemie. Le premier, la traîtrise, véhiculé entre autres par Ivan Mazepa, hetman des Cosaques d’Ukraine au XVIIIème, proche conseiller du tsar Pierre Ier. Le second, l’antisémitisme à partir de la figure de Symon Petlioura, figure majeure du mouvement pour l’indépendance ukrainienne, faussement présenté par Moscou comme un antisémite responsable de pogroms alors qu’il a fait partie de ceux qui les dénonçaient. Il fut le commandant suprême de l’armée et le troisième Président de la République populaire ukrainienne. Le troisième, le nationalisme et le nazisme, autre mystification moscovite visant à la destruction de l’identité ukrainienne avec le colportage des revirements politiques de Bandera, symbole diabolisé de la résistance ukrainienne assassiné par un agent du KGB avant d’être réhabilité.
La troisième partie, Mieux comprendre La Rossiya ou l’illusion d’une grandeur magnifiée démontre à quel point deux visions du monde s’affrontent et à quel point l’ogre russe dans son ambition expansionniste a toujours développé un désir de main mise absolue sur l’Ukraine dans un rapport néo-colonial et néo-impérialiste. Avec la quatrième partie, Mieux comprendre l’Ukraine ou les sources d’une résilience millénaire on entre dans les codes et symboles de la nation ukrainienne à commencer par L’Arbre de vie, présent dans toutes les maison et sur toutes les broderies, notamment lors des cérémonies ; la khata ou l’âme des ancêtres, en fait la maison avec ses rituels d’accueil ; la vyshyvanka cette chemise brodée qui a valeur de talisman ; le drapeau et le blason, les valeurs spirituelles, ainsi que la Pyssanka, cet œuf primordial comme compréhension de l’univers.
Et la conclusion revient sur le présent et cette guerre qui s’étire, au sujet de laquelle Oxana Melnychuk-Viktorsvit reconnaît : « L’illusion de la coexistence pacifique entre un empire despotique et une démocratie éprise de liberté est la cause de la guerre actuelle. » Et plus loin elle réaffirme « Nous ne nous battons pas pour le territoire, nous nous battons pour une manière de penser, pour notre vision du monde. »
De nombreuses images accompagnent ce voyage initiatique tant archéologique qu’anthropologique et culturel – cartes, gravures, écritures, peintures, photographies – et nous initie à travers le temps, jusqu’aux codes et symboles d’aujourd’hui et qui viennent de bien loin.
Le grand poète ukrainien Taras Chevtchenko écrivit à la fin de sa courte vie : « L’histoire de ma vie constitue une part de l’histoire de mon pays » concluant un recueil de ses poèmes publiés par Seghers en avril 2022 sous le titre Notre âme ne peut pas mourir, dans une traduction et une introduction de Guillevic, reprise d’une première édition parue en 1964 chez ce même éditeur. Le remarquable avant-propos d’André Markowicz, qui présente le contexte de sa vie, place en filigrane toute l’histoire de l’Ukraine que déroule Oxana Melnychuk-Viktorsvit. Nous le citons : « Né serf en 1814, racheté à son propriétaire par deux des plus grands artistes russes de l’époque (le peintre Karl Brioullov et le poète Vassili Joukovski), envoyé pourrir comme soldat aux confins de l’empire pendant près de dix ans par Nicolas Ier (qui avait donné l’ordre personnel de l’empêcher de dessiner et d’écrire), mort d’épuisement en 1861 à la suite des épreuves qu’il avait endurées, il a été l’un des plus grands créateurs en langue ukrainienne, auteur d’une œuvre titanesque dans les genres les plus divers, depuis la chanson populaire jusqu’à l’épopée, du poème lyrique à la satire la plus mordante, inventant pour chacune de ses œuvres sa propre forme et quasiment sa propre langue. » Slava Ukraine ! Gueroyam Slava ! – Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros !
Brigitte Rémer, le 15 août 2026
Ukraine – Kyïv, l’autre berceau de l’Europe, écrit par Oxana Melnychuk-Viktorsvit, publié aux Éditions du Dauphin, en février 2026 (43/45 rue de la Tombe-Issoire. 74014) – Maquette de l’ouvrage Caroline Fresnais – Site : www.editionsdudauphin.com – Pour contacter l’auteure : ukrainetv.utv@gmail.com.
(1) – © Ingo Menhard, Adobe Stock (carte) et © Laurent Pascal (photo d’Oxana Melnychuk). (2) – Portrait du kobzar Opanas Hovtvan par O. Slastion, 1909, Bibliothèque nationale d’Ukraine. (3) – Le film ukrainien Le Guide, du réalisateur Oles Sanin traite de ces crimes. (4) L’Orante de l’Indépendance. Maïdan, place de l’Indépendance à Kyïv. (5) – Anne de Kyïv, reine de France couronnée à Reims en 1051, épouse d’Henri Ier © Falkensteinfoto, Alamy. (6) Notre âme ne peut pas mourir, recueil de poèmes de Taras Chevtchenko, traduit et préfacé par Guillevic, avant-propos d’André Markowicz, éditions Seghers 2022.



