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Saison Méditerranée 2026

Conférence de presse sous l’égide du ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères, Jean-Noël Barrot, de la ministre de la Culture et de la Communication, de l’Institut Français/Eva Nguyen Binh, présidente. Didier Fusillier, président du Grand-Palais/Réunion des Musées Nationaux où se tenait la rencontre, a accueilli les participants. Nesrine Slaoui, journaliste et écrivaine franco-marocaine, l’a animée.

C’est une riche Saison Méditerranée qui s’annonce et qui se tiendra du 15 mai au 31 octobre 2026. Le président de la République l’avait annoncé à Marseille il y a trois ans. Son objectif est de faire connaître des artistes, des entrepreneurs et des innovateurs, et « de faire émerger des projets communs en Méditerranée. » La Saison Méditerranée 2026 sera mise en œuvre par l’Institut Français. Julie Kretzschmar, metteure en scène et femme d’expérience en termes d’accompagnement de la création contemporaine, particulièrement celle issue des rives sud de la Méditerranée et de ses diasporas, en est la directrice artistique et la commissaire.

Kegham Djeghalian devant son studio photo à Gaza (1)

Plus de deux cents manifestations sont à l’affiche de la Saison Méditerranée 2026 qui seront programmés dans plus de soixante villes de France dont Aigues-Mortes, Aix-en-Provence, Arles, Aurillac, Avignon, Bordeaux, Istres, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Périgueux, Roubaix, Tourcoing, Paris et en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers, Bobigny, Bondy, Clichy-sous-Bois, La Courneuve, Saint-Ouen, Sevran. La Saison est portée par le réseau diplomatique et culturel via L’Institut Français, en lien avec les opérateurs locaux. De nombreux artistes issus de la région Méditerranée y participeront. Certains évènements seront aussi programmés en Algérie, Égypte et Tunisie, au Liban et au Maroc dans le cadre de la circulation des idées et des horizons partagés, donnant lieu à de nombreux partenariats.

Cinq axes majeurs traversent la Saison : Les utopies spéculatives, sur les initiatives environnementales et les modes de vies – Les identités plurielles, sur les croisements linguistiques – Les spiritualités contemporaines, sur les rituels et les transmissions – L’histoire collective des migrations, sur les histoires mémorielles – La construction des récits, sur la mise en fiction du réel. Le lancement de la Saison se fera le 15 mai à Marseille et s’étendra sur une dizaine de jours sur le thème Arriver, Partir, Revenir. Il se déploiera d’un port à l’autre de la capitale phocéenne, du Pharo au Fort Saint-Jean en passant par la Citadelle et le Château d’If, le Grand Port Maritime ainsi que les Docks. Un parcours d’expositions et d’installations s’inscrira dans la ville – dont Mon plus beau plan fixe du cinéaste franco-algérien Hassen Ferhani, au Château d’If et Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira à la Friche La Belle de Mai. Les différentes disciplines artistiques et culturelles seront représentées : musiques actuelles aux scènes des Suds, créations théâtrales dans des lieux emblématiques, cinéma en plein air, récits méditerranéens, Danser ma ville, Livres des deux rives/littérature et édition à l’honneur, etc. La clôture de la Saison aura lieu en octobre au Caire, elle coïncide avec la fin du festival de théâtre D-Caf (Downtown Contemporary Arts Festival) que dirige le metteur en scène Ahmed El Attar. La clôture se fera aussi en France avec L’Histoire du cinéma présentée à la Porte Dorée, à Paris et un week-end des Musiques Maroc et Méditerranée programmé à La Philharmonie de Paris.

Orchestre des Jeunes de la Méditerranée © V. Beaume(2)

Entre mai et octobre 2026, les nombreuses manifestations présentées seront multiformes. Nous en citerons quelques-unes pour exemple comme Arcadia, une œuvre-scénographie vivante réalisée par l’artiste syrien Khaled Alwarea et le collectif UV Lab, aux Subsistances de Lyon ; L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée au Festival d’Aix-en-Provence ; la Route du Doc, Cinéma documentaire tunisien à Lussas en Ardèche avec la participation du critique et enseignant Tahar Chickhaoui ; la XXème édition du Festival Arabesques-Uni’sons à Montpellier avec la création d’Arabesques Music Forum ; Une Saison Raï en Seine Saint-Denis.

© Sara Ouhaddou, Adagio 2025/Marc Domage (3)

Des commandes publiques ont été faites à des artistes, avec le Centre des Monuments Nationaux. Ainsi à la Cité internationale de Villers-Côteret, le metteur en scène palestinien, Bashar Murkus présentera L’Épopée de Bani Hilal et à l’Abbaye de Montmajour, à Arles l’exposition Météore réunira des artistes des rives sud et orientales de la Méditerranée pour questionner ce que l’archéologie met au jour et ce que l’image retient, dans le cadre des Rencontres de la Photographie d’Arles sous le commissariat de Ludovic Delalande. Pour la Saison Méditerranée, l’artiste photographe et vidéaste franco-égyptien, Youssef Nabil, interrogera les représentations de l’Orient à partir des collections du musée d’Orsay sous l’intitulé Liberté, sensualité, rêve et réalité.

Depuis 1985, les Saisons mises en œuvre par l’Institut Français ont fait dialoguer la France avec plus de 100 pays. Julie Kretzschmar, commissaire générale annonce pour la Saison Méditerranée 2026 une programmation qui « déploie une sphère-critique et animée de narrations et d’imaginaires reflétant les espérances et les drames des peuples du pourtour méditerranéen… Elle sera un temps de création généreux et polyphonique, comme un espace de coopération qui accompagne des histoires écrites à plusieurs depuis les sociétés civiles et fasse émerger des questionnements nécessaires. » Rendez-vous le 15 mai 2026, à Marseille !

      Brigitte Rémer, le 27 février 2026

Hasna El Becharia – Arabesques 2023 © B. Rémer (4)

Conférence de presse du 12 février 2026 au Grand-Palais – Avec la participation de Didier Fusillier, président du Grand-Palais/RMN – Eva Nhuyen Binh, présidente de l’Institut Français – Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison Méditerranée et aussi : Kamel Dafri, directeur du Point/Fort d’Aubervilliers et de l’association Villes et Musiques du monde – Mohamed El Khatib, artiste, metteur en scène – Olfa Feji, commissaire d’exposition – Nathalie Garraud, metteure en scène et codirectrice du Théâtre des 13 vents/CDN de Montpellier – Joana Hadjithomas, artiste – Marie Lavandier, présidente du Centre des Monuments historiques.

(1) – Photo Kegham de Gaza : une archive inachevableExposition présentée du 16 mai au 12 septembre 2026, au Centre photographique de Marseille – Figure majeure de la photographie à Gaza au milieu du XXè siècle, Kegham Djeghalian Sr (1915-1981) a documenté la ville et ses habitants pendant près de 40 ans. Rescapé du génocide arménien, il a fondé en 1944 le premier studio photographique professionnel de Gaza. Il est ici devant son studio, Photo Kegham, mi-1970. (2) – L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, jouera dans le cadre du Festival d’Aix‐en‐Provence les 20, 21 et 22 juillet 2026. Il reçoit le soutien de la Région Sud Provence Alpes Côtes d’Azur et de la Fondation Orange. En coopération avec El‐Dahshurya et le Conservatoire du Caire (Égypte) et avec plus de quarante structures culturelles euro‐méditerranéennes. Festival d’Aix 2025 © Vincent Beaume. (3) – Exposition de la plasticienne franco-marocaine Sara Ouhaddou dans les Tours et remparts d’Aigues-Mortes, du 19 juin au 1er novembre 2026.  Sara Ouhaddou installe une série de pièces inédites – guirlandes de verre, amulettes, boutis – nées de la rencontre entre son univers artistique et l’histoire du monument, notamment celle des femmes qui y furent emprisonnées. En partenariat avec la Réunion des Musées Nationaux. (4) – Hasna El Becharia au Festival Arabesques 2023, Domaine d’O, Montpellier © Brigitte Rémer.

Voix de Gaza | أصوات غزة

Soirée musicale et poétique avec le groupe Radio Gaza, à l’Institut du Monde Arabe, en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut français de Gaza

Radio Gaza © Giulia Lenzi

Par leurs créations musicales et poétiques, leur créativité et leur solidarité, les artistes originaires de la bande de Gaza accueillis en résidence en France depuis le début de l’offensive israélienne, ont été mis à l’honneur en une soirée exceptionnelle, programmée à l’Institut du Monde Arabe. Envers et contre tout, ils continuent à créer et font entendre leurs voix.

 Deux poètes ouvrent la soirée, Mohammad Al Qudwa suivi de Doha al-Kahlout. Poète et karatéka de haut niveau, écrivain et artiste performeur palestinien originaire de la ville de Gaza, Mohammad Al Qudwa malgré son jeune âge, a traversé cinq guerres. Son travail s’ancre dans l’expérience vécue et explore le corps comme un lieu de mémoire. Ses thèmes touchent au déplacement, à l’absence, à l’identité, à la réalité palestinienne contemporaine. Il transforme l’exil en parole et écrit à la mémoire d’amis disparus. Il a participé au programme Sawa Sawa de l’Institut Français de Jérusalem. « Quelque chose a voilé mon soleil. La mer a explosé. » Il fut partie prenante dans la soirée Nour, célébration poétique de la langue arabe présentée au Festival d’Avignon en partenariat avec l’IMA (cf. Ubiquité-Cultures du 28 juillet 2025). Il lit certains de ses poèmes.

Mohammed Hilles © La Lettre du Musicien

Doha al-Kahlout, prend ensuite le relais pour dire certains de ses textes. Poétesse de Gaza et professeure d’arabe, elle a signé un recueil publié aux éditions Dar Tarik, intitulé Asbah/Similarités. « J’empêche encore le verbe de t’écrire au passé. » Elle travaille sur la langue et honore ses ami(e)s gazaouis, évoquant « chaque jour d’un retour où personne ne m’attend. » Elle disait au cours d’une interview : « Je pense que notre objectif, à nous, écrivains palestiniens, est toujours de documenter notre situation, que ce soit en poésie ou sous toute autre forme littéraire. Nous parlons de notre expérience avec le désir qu’elle finisse par être connue partout dans le monde… L’état de siège, la division, l’attente, les points de contrôle, les interdictions… sont autant de termes qui, pour les écrivains palestiniens, forment une langue particulière. »

Entre ces deux interventions poétiques, le violoniste solo Mohammed Hilles – qui a quitté Gaza pour étudier la musique à Paris-Saclay – dialogue avec les mots envolés, son violon pleure. Il est suivi de six musiciens qui marquent le rythme de leurs percussions et guitares, oud et bouzouki, vocal. Le collectif Radio Gaza propose une relecture contemporaine du patrimoine musical palestinien, mêlant rock, hip-hop et sonorités modernes. Plus qu’un groupe, c’est une expérience musicale puissante née de l’entremêlement de talents palestiniens, venant de Gaza. Ensemble, ils réinventent les chansons traditionnelles palestiniennes en leur insufflant une dimension festive et un engagement militant. Leur énergie est contagieuse.

Doha al-Kahlout © Columbia Univ.

Issus pour la plupart du Conservatoire national de musique Eward Saïd, ils ont créé Radio Gaza avec l’aide d’associations dont Al Kamandjâti qui leur ont permis, après de multiples difficultés et attentes, de s’installer en Anjou avec leurs familles. Ils ont obtenu un visa talent dans le cadre du programme européen Pause, créé en 2017 par le Collège de France pour soutenir les scientifiques et les artistes en danger, notamment en raison de guerre ou de persécutions. Mohammed Lomani, guitariste, est le cofondateur de Radio Gaza et il est entouré des musiciens du Watar Band, fondé en 2008, à Gaza : le rappeur Ayman Mghames, alias Abu Joury, Khamis Abu Shaaban (guitare basse), Mohammed al-Habash (oud et chef de choeur), Sameh Abulaila, (batterie et percussions), le chanteur et joueur de bouzouki Moneim Adwan, qui revisitent les mélodies palestiniennes. Ensemble, ils mêlent les sonorités de la musique arabe traditionnelle aux musiques occidentales tels que la pop, le soft rock et les musiques du monde, créant ainsi un univers musical singulier, à la croisée des cultures et des émotions.

Mohammad Al Qudwa © Le Bien Public (Dijon)

Leur répertoire porte les mots d’un peuple qui refuse le silence et mêle des paroles profondes et engagées à la puissance de la musique, sans limite ni frontière. Le oud et le bouzouki dialoguent avec la guitare électrique, les percussions ancestrales avec les rythmes hip-hop. C’est une ode à la résistance, à la vie, à l’amour et à l’espoir.

Le rappeur Abu Joury, qui est aussi un sublime animateur, entraine la salle, qui participe avec beaucoup de plaisir et d’empathie et certain(e)s dansent. « N’arrêtez jamais de parler de Gaza. N’arrêtez jamais de penser à nous. N’arrêtez jamais de nous soutenir. Ce qu’il s’y passe est un génocide et vos voix peuvent peser sur vos gouvernements. Si les Gazaouis se sentent abandonnés, ils préféreront mourir plutôt que de continuer à vivre dans ces conditions » dit-il, en conclusion de cet ardent partage.

Brigitte Rémer, le 15 février 2026

Avec : Doha al-Kahlout et Mohammad Al Qudwa, poètes, conteurs – avec les musiciens de Radio Gaza/Watar Band : Mohammed Hilles, violoniste – Moneim Adwan : voix et bouzouki – Abu Joury : voix, rappeur – Mohammed Alhabbash : oud – Khamis Abushaban : basse – Mohammed Lomani : guitare électrique – Sameh Abulaila : batterie,percussions – Concert produit par l’Association Al Kamandjâti.

Concert produit par l’Association Al Kamandjâti, vendredi 6 février à 19h30, à l’Institut du Monde Arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V – 75005 – métro : Jussieu, Cardinal-Lemoine. Tél. : 01 40 51 38 38.