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Fauves

© Alain Willaume

Texte et mise en scène Wajdi Mouawad, à La Colline-Théâtre National.

Comme les rushs d’un film avant montage, les images fragmentées d’un feuilleton se construisent et se déconstruisent, au cours d’une première scène d’une grande violence. Dans une alcôve, une jolie blonde entre désir, haine et sexualité essaie de retenir son amant, un grand et beau black avant de le tuer à coups de couteau. Cette scène, qui va se répéter en se décalant légèrement, relève du montage d’un film que réalise Hippolyte Dombre (Jérôme Kircher).

La cinquantaine et père de deux adolescents – Lazare, astronaute confirmé, au Kazakhstan (Yuriy Zavalnyouk) et Vive, à la recherche de sa liberté et oeuvrant dans une ONG en Syrie (Jade Fortineau) – le réalisateur vient d’enterrer sa mère, Leviah, originaire du Maroc, morte accidentellement. Il doit faire face à une surprenante réalité, transmise par le notaire chargé de régler ses affaires posthumes. Il apprend que son père biologique n’est pas celui qui l’a élevé, et que l’homme vit au Québec. Sa mère n’avait pas divorcé d’avec lui bien qu’elle se soit remariée en France. Il décide de partir à la recherche de ses origines et à la rencontre d’Isaac, ce père inconnu (Gilles Renaud), au Québec. Il entre petit à petit dans son histoire familiale, fouillant dans la généalogie transgénérationnelle soigneusement oubliée, ou cachée par sa mère. Il découvre qu’il a un demi-frère, Edouard, (Hughes Frenette) que les deux mères (la sienne, interprétée par Norah Krief et celle d’Edouard, interprétée par Lubna Azabal) avaient échangé un pacte, resté secret, qu’Isaac a une troisième femme, jeune et enceinte, qu’il ne connaitra pas puisqu’elle se donne la mort au même moment. Sous le choc et au bout du cauchemar qu’apportent ces découvertes, Hippolyte Dombre tombe au fond du labyrinthe et sombre dans la folie, lors de son vol retour pour Paris. Les fils de la narration se brouillent dans une succession d’histoires sombres, et le jeu de la déconstruction de cette saga familiale autocentrée, s’étire dans le temps – temps théâtral et temps réel, le spectacle dure quatre heures.

Dans Fauves s’entremêle le présent et le passé selon les règles du polar, la technique du flash-back et de l’ellipse chère à Wajdi Mouawad. Comme dans les quatre pièces qui forment Le Sang des promesses : Littoral, Incendies, Forêts et Ciels, l’auteur questionne la famille et ses non-dits, les racines, la violence, les cultures. Il nous fait ici voyager entre Europe, Amérique et Kazakhstan, « Pour égorger les fantômes rien de mieux que le silence » reconnaît-il. La scénographie d’Emmanuel Clolus est astucieuse elle permet de construire chaque tableau avec des praticables mobiles et de la transparence dont le metteur en scène use et abuse, mais dont les effets sont efficaces pour servir son propos fragmenté – de l’étude du notaire à l’aéroport, d’une maison de retraite à une station spatiale, de la rue québécoise à une ONG syrienne -. On retrouve à travers ces espaces la gamme déclinée des sentiments dont les protagonistes sont habités, à travers le dévoilement de l’inceste, du viol, de bébés échangés et le background des meurtre, suicide, trahison et pulsions. On est, comme souvent chez Wajdi Mouawad, dans le rappel biographique. Sa famille s’était vue contrainte de s’exiler au Québec en raison de la guerre civile au Liban, son pays. En cela, destin individuel et destin collectif se recoupent.

Le fil narratif du spectacle se tisse par Jérôme Kircher, juste interprète du réalisateur Hippolyte Dombre qui assure le lien entre les histoires éclatées et les géographies. « C’est ce putain de silence et tous les mots pas formulés Je t’aime Pardon Merci qui vous restent en travers de la gorge. On se disait, on les dira demain… C’est ce deuil des mots qui est insupportable. Ceux qu’on n’aurait jamais dû dire » écrit Mouawad dont la spirale du texte nous conduit dans des galaxies intemporelles et jusqu’au cosmos final à la poursuite des étoiles avec Lazare, le fils astronaute.

Brigitte Rémer, le 29 mai 2019

Avec Ralph Amoussou, Lubna Azabal, Jade Fortineau, Hugues Frenette, Julie Julien, Reina Kakudate, Jérôme Kircher, Norah Krief, Maxime Le Gac‑Olanié, Gilles Renaud, Yuriy Zavalnyouk – assistanat à la mise en scène Valérie Nègre – dramaturgie Charlotte Farcet – conseil artistique François Ismert – scénographie Emmanuel Clolus, assisté de Sophie Leroux – musique Paweł Mykietyn – lumières Elsa Revol – costumes Emmanuelle Thomas, assistée d’Isabelle Flosi – maquillage, coiffure Cécile Kretschmar – son Michel Maurer, assisté de Sylvère Caton. Le texte sera publié à l’automne 2019 aux éditions Leméac/Actes Sud-Papiers.

Du 9 mai au 21 juin 2019, mardi au samedi à 19h30, dimanche à 15h30 – La Colline-Théâtre National, 15 rue malte-Brun 75020 –  métro Gambetta – Tél. : 01 44 62 52 52 – Site : www.colline.fr

 

Insoutenables longues étreintes

© François Passerini

Comédie dramatique de Ivan Viripaev, traduction Sacha Carlson et Galin Stoev, mise en scène Galin Stoev, à La Colline/Théâtre National.

C’est un huis-clos entre quatre personnages d’une trentaine d’années venant d’horizons différents – Monica, Charlie, Amy et Christophe – qui croisent leurs destins solitaires, pour le meilleur et pour le pire, entre New-York et Berlin. Nous sommes au cœur de leurs problèmes existentiels sur lesquels ils devisent, de manière directe et crue. Leur énergie n’a d’égale que leur liberté, leur recherche de désir et de plaisir, leur imaginaire, un certain romantisme. Rencontres, mariage, avortement, séduction, régime végan, malaise, tendresse, globalisation, projets, sexualité, sont leurs thèmes de prédilection. Sur un plateau d’une sobriété élaborée, qui ressemble à nulle part, les personnages – au départ assis sur un banc, dos au public – se racontent et déversent leurs paroles errantes et virtuoses, leurs détresses, cherchant à s’inventer des horizons, individuel ou collectif, dans un monde sans repère. Par moments leurs visages, graves, paraissent sur écran.

Des voix d’outre-tombe soudain les hèlent, venant de l’univers et nous projettent dans une bulle d’anticipation et un espace cosmogonique, qui pourrait entretenir illusions et espoirs. A travers cette oscillation entre toute-puissance et fragilité, entre soi et l’autre, soi et le monde, ils se métamorphosent en alchimistes et se verraient bien changer le plomb en or. « Dans cette partition écrite à la troisième personne, le comédien n’interprète pas le rôle mais l’histoire. Ce n’est pas réaliste mais descriptif et ultra concret. Le paradoxe réside également dans l’alliage des registres littéraire et populaire, du spirituel et du trivial, de l’humour lumineux pour sonder l’obscurité de l’Histoire ou de l’âme. »  Le spectacle a un petit air d’émission type talk-show où chacun est à la recherche de sens. La scénographie d’Alban Ho Van, un espace indéfini inspiré du cosmos, représenterait leur espace mental. La fin est une apocalypse où, après l’émiettement puis l’écroulement du mur de fond de scène ouvrant sur une clarté nue, les personnages s’effacent dans une fumée psychédélique, par une porte donnant sur le vide, placée en contre-haut du plateau.

« L’acteur ne doit pas jouer le personnage, mais jouer du personnage, de la même façon qu’un musicien joue de son instrument… Il doit entrer en relation avec ce personnage, pour faire entendre un thème » dit le metteur en scène. Galin Stoev a construit un véritable compagnonnage avec l’auteur dont il a monté Les Rêves en langue bulgare, à Varna, sa ville natale, en 2002 ; Oxygène en 2004 ; Genèse n° 2 en 2006 au Festival d’Avignon et au Théâtre de la Cité Internationale ; Danse Delhi, composé de sept brèves pièces en un acte, à Liège puis à La Colline, en 2011. L’écriture dramatique d’Ivan Viripaev est sinueuse et il nous met au bord du vide. Né à Irkoutsk, en Sibérie en 1974, l’auteur est aussi acteur et metteur en scène. Depuis 2001, il travaille à Moscou et présente pour la première fois en 2000 son spectacle, Les Rêves, qui obtient un vif succès et tourne dans de nombreux pays. Contraint de quitter sa ville natale, Viripaev s’installe à Moscou en 2001 où il participe à la fondation de Teatr.doc, centre de la pièce nouvelle et sociale. Il est acteur dans sa pièce Oxygène mise en scène par Viktor Ryjakov, en 2003 et accueillie dans de nombreux pays européens, puis Genèse n° 2 en 2004, écrite d’après un document d’Antonina Velikanova. Il crée sa propre structure, Mouvement Oxygène, poursuit son travail d’écriture théâtrale et se lance aussi dans l’écriture de scénarios et la réalisation de films.

Actuellement directeur du Théâtre de la Cité- CDN Toulouse Occitanie avec Stéphane Gil, Galin Stoev qui a grandi à Moscou puis étudié dans une école russophone en Bulgarie, a cette communauté de langue qui lui donne un accès direct à la pensée d’Ivan Viripaev. Il connaît bien la musicalité de l’œuvre et de l’écriture, littéraire et familière, l’incertitude de ses personnages et ses ruptures de tonInsoutenables longues étreintes est de ces objets volants mystérieux porté par quatre acteurs talentueux et bien dirigés, Pauline Desmet, Sébastien Eveno, Nicolas Gonzales et Marie Kauffmann qui impriment une distance poétique à cette puissante langue paradoxale, et qui traversent le ciel et l’enfer.

« En sortant du théâtre, on doit avoir l’impression de s’éveiller de quelque sommeil bizarre, dans lequel les choses les plus ordinaires avaient le charme étrange, impénétrable, caractéristique du rêve et qui ne peut se comparer à rien d’autre » écrivait le dramaturge polonais S.I. Wikiewicz au début du XXème. C’est dans un espace de brume métaphysique que le spectateur s’en va, méditatif, ressassant l’équation posée par l’un des personnages de la pièce : « Et quand ton cœur sera-t-il pleinement satisfait ? Quand il s’arrêtera de battre, je pense. »

Brigitte Rémer, le 8 février 2019

Avec Pauline Desmet Amy – Sébastien Eveno Christophe – Nicolas Gonzales Charlie – Marie Kauffmann Monica. Scénographie Alban Ho Van – vidéo Arié Van Egmond – lumières Elsa Revol – son Joan Cambon/ Arca – assistanat mise en scène Virginie Ferrere – décor sous la direction de Claude Gaillard – costumes sous la direction de Nathalie Trouvé, réalisés dans les Ateliers du Théâtre de la Cité – compositing Raphaël Granvaud-Perez – prises de vue Lucie Alquier-Campagnet – régie générale Agathe Tréhen – régie plateau Pierre Bourel – régie lumières Michel Le Borgne – régie son Valérie Leroux – régie vidéo Éric Andrieu.

Du 18 janvier au 10 février 2019, du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h – En tournée, du 13 au 16 février 2019 au Théâtre de la Place, Liège, Belgique – Le texte est publié aux Solitaires Intempestifs.

 

À la trace

© Jean-Louis Fernandez

Texte Alexandra Badea – mise en scène Anne Théron – compagnie Les Productions Merlin – à la Colline Théâtre National.

Plusieurs intrigues se croisent au fil du texte et des déambulations des personnages, au fil des images, très présentes et qui participent du langage scénique. Quand la lumière s’éteint nous sommes face à la façade d’un immeuble où par une baie vitrée éclairée apparaît puis disparaît en un rapide flash, une vieille femme dans un rocking-chair.

Débute alors le récit en la présence de deux actrices : Clara, une toute jeune femme qui semble attendre quelqu’un, quelque chose et est aux aguets (Liza Blanchard). Assise dans ce qui ressemble à une salle d’attente d’aérogare où deux rangées de sièges se font face elle observe avec intensité une inconnue et tente le dialogue. Elle se met à la recherche d’une femme nommée Anna Girardin, dont elle a trouvé l’identité à la mort de son père, par un sac retrouvé dans ses affaires, qui contenait une carte d’électrice. Cette jeune femme, mystérieuse, sac au dos, part à sa recherche et dans la quête de ses origines. Au cours de son monologue intérieur, intermittent, se glisse la rencontre avec quatre femmes, quatre Anna interprétées par la même actrice (Judith Henry) avec qui elle dialogue, entre Paris et Berlin. Tour à tour assistante maternelle et chanteuse de nuit dans les bars, documentariste, avocate et spécialiste des troubles de l’audition et du langage, les quatre facettes d’Anna pourraient être la déclinaison d’une seule et même femme. A chaque rencontre, Clara semble progresser dans sa recherche et poursuit son chemin initiatique. La narration se fait sur un mode mi-intime mi-polar.

Entre en jeu l’image, dans une proximité plateau-grand écran remarquablement réalisée, à part égale entre les deux. Anna Girardin, la véritable Anna, une femme belle et apparemment pleine d’assurance (Nathalie Richard) dans une chambre d’hôtel de Kinshasa – elle, sur le plateau – échange, par toile et webcams interposées avec Thomas (Yannick Choirat), comme elle le fera avec d’autres hommes, dans trois autres villes. Ils découvrent qu’ils se trouvent au même endroit, même ville même hôtel, et se rejoignent. On suit les voyages de la véritable Anna dans différentes villes du monde, perdue dans ses rencontres et ses vies inventées livrant par le filtre du virtuel ses désillusions et sa solitude, un peu de sa vérité, une femme en quête d’elle-même. A Tokyo, Berlin et Kigali, elle rencontre successivement Bruno (Alex Descas), Yann (Wajdi Mouawad) et Moran (Laurent Poitreneaux). Les quatre hommes ne paraissent que sur écran et le passage du plateau – avec les micros HF des actrices – à l’écran est très réussi et n’interrompt pas le processus incarné. L’autre, à l’image, sert de révélateur pour avancer vers la vérité et renvoie vers l’intériorité des personnages. On comprend alors qu’Anna avait un enfant et qu’elle l’avait abandonné.

On se trouve à la fin de l’histoire, face à la réalité de trois générations de femmes, la vieille femme du début dans son rocking-chair, Margaux (Maryvonne Schiltz) serait la grand-mère de Clara et la mère de la véritable Anna ; Anna Girardin serait la mère qui a abandonné Clara, et vient dialoguer avec sa propre mère, Margaux, de nombreuses années plus tard ; Clara, la jeune femme qui court après toutes les Anna Girardin pour reconstituer son parcours et chercher une raison à cet abandon serait leur fille et petite fille. La véritable Anna et Clara, mère et fille se croiseront à l’aéroport, ce no man’s land du début du spectacle. Si les trois femmes vivent dans des registres différents ce déni de filiation, elles traversent les mêmes états émotionnels. Le thème de la pièce montée en puzzle pose ainsi la question et le mystère des relations mère-fille, du réel et du fantasmé du côté des hommes, du virtuel, de la mémoire individuelle et de la complexité de l’univers mental.

Anne Théron met en scène cet espace labyrinthe avec talent à partir du texte commandé à Alexandra Bodea, auteure venue de Roumanie son pays natal, en 2003, et écrivant directement en français. La scénographie de Barbara Kraft est un personnage principal qui sert magnifiquement le spectacle et fait voyager. Elle introduit, par le film intégré au dispositif, aux quatre univers masculins, filmés en très gros plans, avec justesse. Artiste associée au Théâtre national de Strasbourg où le spectacle a été créé en janvier dernier, auteure et cinéaste, Anne Théron questionne dans la mise en scène, avec intelligence et sensibilité, la complexité des rapports de filiation et de transmission dans un monde d’aujourd’hui, déconstruit par l’environnement virtuel. Les actrices sur scène, les acteurs à l’écran, sont à saluer.

Brigitte Rémer, le 12 mai 2018

Avec
 : Liza Blanchard Clara -
 Judith Henry Les 4 Anna
-
Nathalie Richard La véritable Anna Girardin – Maryvonne Schiltz Margaux – À l’image
Yannick Choirat Thomas – Alex Descas Bruno -
 Wajdi Mouawad Yann – Laurent Poitrenaux Moran.  Collaboration artistique Daisy Body – stagiaire assistant à la mise en scène César Assié
 – scénographie et costumes Barbara Kraft – stagiaire scénographie et costumes Aude Nasr
 – lumières Benoît Théron 
- son Sophie Berger – musique : Jeanne Garraud piano 
- Mickaël Cointepas batterie 
- Raphaël Ginzburg violoncelle – Marc Arrigoni Paon Record prise de son 
- accompagnement au chant Anne Fischer – images Nicolas Comte 
- monteuse Jessye Jacoby-Koaly
 – régie générale, lumières et vidéos Mickaël Varaniac-Quard 
- figuration films Romain Gillot Raguenau, Elphège Kongombe Yamale, élèves de l’École du TNS – À la trace/Celle qui regarde le monde est publié chez L’Arche Éditeur.

Du 2 au 26 mai, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30 – La Colline Théâtre National, 15 rue Malte Brun – 75020 – métro : Gambetta – tél. 01 44 62 52 52 – site : www.colline.fr

 

Notre Innocence

© Simon Gosselin

Texte et mise en scène Wajdi Mouawad à la Colline-Théâtre National.

Dix-huit acteurs âgés de vingt-trois à trente ans et venant de part et d’autre de l’Atlantique prennent à bras-le-corps leur destin. Leur rencontre avec le metteur en scène, Wajdi Mouawad, est née d’un atelier proposé deux ans plus tôt aux élèves de troisième année du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Après la présentation publique qu’ils avaient fait de cet atelier, intitulé Défenestration, l’une des leurs était morte, les laissant au bord du vide. 2015, marquait aussi le temps des attentats et inscrivait le traumatisme collectif dans la vie de chacun.

A partir de ces marquages, se construit le spectacle Notre Innocence qui croise le vécu et la fiction et se rejoue le scénario de l’absence et de la mort. Leurs fragilités et leurs espérances deviennent saillantes. Un groupe d’amis doit faire face à la mort de Victoire, tombée par la fenêtre et ils ne peuvent y croire. Une question les taraude, était-ce un accident ou était-ce un suicide ? Chacun tente d’y répondre et réinvente son parcours avec elle, exacerbant son questionnement et évoquant l’absurdité et la souffrance de devoir annoncer à sa petite fille de neuf ans, Alabama, la perte de sa mère. Ils transgressent leurs secrets en révélant leurs propres peurs. Wajdi Mouawad avait publié Victoires en 2017, il le retranscrit dans Notre Innocence et construit son propos en quatre chapitres : Viande, Chair, Corps, Esprit.

Le spectacle ne laisse aucun répit au spectateur. Il débute par le récit de l’une d’elle, dense et magnifiquement porté, sur la réalité des faits, la mort de leur collègue, apprentie actrice. Suit un chœur, d’une violence extrême, Chœur de viande où les dix-huit acteurs prennent à partie l’assemblée et la montre du doigt. La référence est claire quelques cinquante ans après 68 : « C’était vous, ces jeunes-là, non ? Ce mois de mai-là, mois mythique, sacré entre tous, avec lequel vous n’avez de cesse de nous écraser puisque vous, vous l’avez faite la Révolution, vous, vous aviez le sens du partage, de la camaraderie, n’étiez pas scotché à des portables, comme nous qui le sommes, qui n’aviez pas internet et toute cette rhétorique à vomir faite pour nous humilier… » Quel monde nous laissez-vous questionnent-ils, assénant d’une manière lancinante leur difficulté de vivre, d’être et de communiquer, dans un monde qui leur semble loin de leurs aspirations. « Que croyez-vous que nous disions quand nous parlons de vous ? » Ils ne lâchent pas, on en sort littéralement KO.

Après les deux phases de ce long Prologue, tous quittent jeans et tee-shirt et préparent leur entrée en scène par le médium du théâtre. L’alignement des dix-huit chaises en fond de scène est impressionnant, placées devant un praticable qui très lentement donne une mobilité au plateau, construisant la scénographie en même temps que le scénario. Ce pourrait être comme une veillée funèbre, l’absence, la mort et la sidération de la mort sont au cœur du sujet, c’est une célébration de la vie, par l’énergie du plateau et la quête abrupte des acteurs en mouvement. Contradictions et empoignades, provocations et non-dits fusent et pèsent.

Esprit, la dernière partie est troublante. Elle met en jeu l’enfant imaginée, Alabama, sa chambre, l’appel de la mère, la recherche, et quatre rencontres : un homme derrière une porte sépulcrale, sorte de fin du monde, une femme de ménage nettoyant une tâche de sang, l’autopsie de Victoire qui contredit tout ce que ses amis pensaient d’elle, Raoul l’ami imaginaire. A chacun des personnages Alabama demande qu’on l’accompagne et elle obtient le même refus, comme si le chemin initiatique ne pouvait être qu’un chemin de solitude. On la retrouve seule, assise au centre de la lignée de chaises, telle une jeune déesse, et tel un bateau-ivre ayant hissé les voiles et traversé de l’autre côté du miroir. Tout devient confus, sa présence, la vérité, l’absence, la vie. « On ment pour préserver les ruines de notre innocence » dit le texte. Wajdi Mouawad mène sa tribu d’acteurs, d’innocence à expérience et de culpabilité à connaissance. C’est un puissant travail collectif qu’il réalise, posant la question de l’héritage et du théâtre.

Brigitte Rémer, le 30 mars 2018

Avec : Emmanuel Besnault, Maxence Bod, Mohamed Bouadla, Sarah Brannens, Théodora Breux, Hayet Darwich, Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac‑Olanié, Etienne Lou, Hatice Özer, Lisa Perrio, Simon Rembado, Charles Segard‑Noirclère, Paul Toucang, Mounia Zahzam, Yuriy Zavalnyouk, et en alternance, Inès Combier, Céleste Segard Aimée Mouawad – Assistanat à la mise en scène Vanessa Bonnet – musique originale Pascal Sangla – scénographie Clémentine Dercq – lumières Gilles Thomain – costumes Isabelle Flosi – son Émile Bernard, Sylvère Caton – vidéo Julien Nesme – régie Laurie Barrère – Le spectacle Notre innocence est inspiré du texte Victoires, paru en janvier 2017 aux éditions Leméac/ Actes Sud-Papiers.

14 Mars au 12 Avril 2018 à la Colline Théâtre National, 15 rue Malte-Brun, 75020. Métro : Gambetta – Tél. : 01 44 62 52 52 – Site : www.colline.fr

 

Jan Karski – Mon nom est une fiction

© Frédéric Nauczyciel pour le CDNO

D’après l’ouvrage de Yannick Haenel – Mise en scène et adaptation Arthur Nauzyciel – Production du Centre Dramatique National Orléans, Loiret, Centre – à La Colline Théâtre National.

Comme le livre – publié en 2009 et qui obtient le Prix Interallié – le spectacle est construit en trois parties. Seule la troisième partie est une fiction. Les deux premières témoignent, sous forme de récit, du génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale. On touche à l’indicible et Jan Karski, de son vrai nom Jan Kozielewski, né à Lodz (Pologne) en 1914, catholique et résistant, fait partie des derniers témoins.

Quelques mots du récit en langue polonaise comme prologue, et le bruit du train. Le premier tableau évoque le tournage du film de Claude Lanzmann, Shoah. Installé dans un fauteuil face à une caméra, un homme (Arthur Nauzyciel) raconte la difficulté du tournage au moment où Jan Karski doit témoigner : « Vers la fin du film, un homme essaye de parler, mais n’y arrive pas. Il a la soixantaine et s’exprime en anglais… Le premier mot qu’il prononce est Now (maintenant). Il dit : Je retourne trente-cinq ans en arrière puis tout de suite il panique, reprend son souffle, ses mains s’agitent : Non, je ne retourne pas, non…non. Il sanglote, se cache le visage et sort du champ. L’homme a disparu, la caméra le cherche. Tandis qu’il revient à sa place, son nom apparaît à l’écran : Jan Karski (USA). Ancien courrier du gouvernement polonais en exil. Ses yeux sont très bleus, baignés de larmes, sa bouche est humide. Je suis prêt, dit-il… »

Le second tableau fait place à la biographie de Jan Karski. Un grand écran à l’avant-scène couvre le plateau. Karski raconte son expérience de la guerre dans Story of a Secret State (Histoire d’un Etat secret) paru aux Etats-Unis en novembre 1944 et traduit plus tard en français sous le titre : Mon témoignage devant le monde. Pendant une vingtaine de minutes, accompagnant le récit de Jan Karski, une caméra zoome sur le tracé du ghetto de Varsovie, le nom des rues qui seront rayées de la carte : Ulica Biala, Ulica Miodowa… une voix de femme au léger accent raconte en off les arrestations, la barbarie, l’arrivée des trains, les jeunes soldats allemands tirant à bout portant, les suicides, les faux amis russes avec Katyn plus tard où seront exécutés tous les gradés de l’armée polonaise, la volonté d’exterminer. « Le pire n’est pas la violence dit-il mais la gratuité de cette violence. » Jan Karski touche ici à quelque chose de vertigineux : il comprend que le mal est sans raison. Il rencontre deux chefs de la Résistance juive. L’un représente l’organisation sioniste, l’autre l’Union socialiste juive, qu’on appelle le Bund. Ils le chargent d’aller informer les Alliés de la nature du génocide, et Karski écrit : « Pour nous, Polonais, c’était la guerre et l’occupation. Pour eux, juifs polonais, c’était la fin du monde. » Ils lui proposent de venir avec eux dans le ghetto, pour témoigner devant le monde. Par deux fois, ils le font entrer par un passage secret qui deviendra pour lui « comme une version moderne du fleuve Styx qui reliait le monde des vivant avec le monde des morts. »

Dans le troisième tableau – qui quitte le témoignage pour la fiction – porteur de ce message d’extermination, Karski découvre qu’on ne l’entend pas. Il évoque la légèreté du Président des Etats-Unis, Franklin D. Roosevelt, qui comme d’autres, l’écoute d’une oreille distraite, font semblant d’être gêné et refuse de croire. La Statue de la Liberté face au spectateur au début du spectacle prend toute sa valeur. Et, sous la plume de Yannick Haenel, Karski dit : « On a laissé faire l’extermination des Juifs. Personne n’a essayé de l’arrêter, personne n’a voulu essayer. Lorsque j’ai transmis le message du ghetto de Varsovie à Londres, puis à Washington, on ne m’a pas cru parce que personne ne voulait me croire. » Théâtralement, ce tableau se passe dans le foyer d’un théâtre, les lustres sont allumés, la musique de la salle de concert parvient aux spectateurs. Karski aime le music-hall et Fred Astaire. Le solo de claquettes syncopées qui fermait la première partie du spectacle – celle du tournage – s’explicite ici. Seul, Karski (Laurent Poitrenaux) poursuit son récit, signé Yannick Haenel refaisant l’histoire à l’envers avec ses deux plongées dans le ghetto, et formule les questions qui le taraudent : pourquoi cette volonté systématique de rayer du monde le peuple juif ? Pourquoi suis-je encore vivant ? Les mots sortent, enfin ! : « J’ai fait l’expérience de l’impossible. Ce jour-là, dans le camp, j’ai vu des hommes, des femmes, des enfants se vider de leur existence, et je suis mort avec eux. Plus exactement, je suis mort après, en sortant du camp. Je n’ai pas compris ce que je voyais dans le camp, parce que ce qui avait lieu se situait au-delà du compréhensible, dans un domaine où la terreur vous conduit, et où elle vous fige. » Une danseuse esquisse quelques pas et clôture le spectacle, représente-t-elle la parole revenue, les terribles nuits blanches de Karski, la conscience du monde, la mémoire ?

Créé en 2011 au Festival d’Avignon, le spectacle depuis sillonne les routes. Arthur Nauzyciel s’est emparé avec précision et délicatesse d’un sujet au départ peu théâtral et qui a valeur de transmission et de résistance, au sens fort du terme. De facture sobre, il délie la parole, en écho au poème dramatique de Yannick Haenel et pose la question de la représentation. Laurent Poitrenaux porte, en troisième partie, la complexité du trouble de Jan Karski, le poids de ses doutes et de ses obsessions, celui de la culpabilité de n’avoir pas été entendu ; les mots sont comme un espace de réparation. Car « Qui témoigne pour le témoin ? » demande Paul Celan sous la plume de l’auteur. Le spectacle est comme une petite musique de nuit mise en scène et en pensée théâtrale par Arthur Nauzyciel, ni didactique ni pédagogique, une trace, et une réflexion sur le monde et l’humain, le rôle du théâtre…

Brigitte Rémer, le 17 juin 2017

Avec Manon Greiner, Arthur Nauzyciel, Laurent Poitrenaux et la voix de Marthe Keller. Vidéo Miroslaw Balka – musique Christian Fennesz – décor Riccardo Hernandez – regard et chorégraphie Damien Jalet – son Xavier Jacquot – costumes José Lévy – lumière Scott Zielinski – Le roman Jan Karski de Yannick Haenel est publié aux Editions Gallimard.

Du 8 au 18 juin 2017 – La Colline Théâtre National, 15 rue Malte-Brun, 75020 – Métro : Gambetta – Tél. : 01 44 62 52 52 – Site : www.colline.fr

Le froid augmente avec la clarté

© Jean-Louis Fernandez

Librement inspiré de L’Origine et La Cave, de Thomas Bernhard – Conception et mise en scène Claude Duparfait – La Colline Théâtre National.

Des cinq romans autobiographiques publiés par Thomas Bernhard entre 1975 et 1982, Claude Duparfait, artiste associé au Théâtre national de Strasbourg, extrait deux récits, L’Origine et La Cave. A partir de cette matière première et mémoire vive, il met le projecteur sur la jeunesse de Bernhard, l’enfant peu désiré né de père inconnu en 1931. En exergue, les liens qui l’unissent à son grand-père, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. A l’âge de treize ans pourtant Thomas est envoyé étudier dans un internat dirigé par l’officier nazi Grünkranz. Le réduit à chaussures qui lui est dédié pour l’apprentissage du violon devient son univers. Il ne pense alors qu’au suicide. Après en être sorti, le voici contraint de retourner dans ce même établissement un peu plus tard, en 1945. L’internat a changé de figures tutélaires donc de codes. Des croix remplacent les portraits hitlériens mais l’oppression est la même. « Le monde est une sorte d’hiver…» Deux ans plus tard, un beau matin de ses seize ans, Thomas prend son destin en mains et change de trajectoire. Oubliant le lycée il se dirige vers l’office du travail pour chercher une place d’apprenti.

Ainsi est l’argument construit par le metteur en scène à partir de la tendresse du grand-père envers son petit-fils, de la haine qu’exprime Thomas à l’égard de son pays, l’Autriche et de sa ville, Salzbourg. Cette haine restera à la source de son oeuvre. Le titre du spectacle, Le froid augmente avec la clarté, reprend les mots du discours que Thomas Bernhard avait prononcé en 1965 quand il reçut le Prix de la Fondation Rudolf-Alexander-Schroeder : «  Nous sommes terrifiés par la clarté qui constitue soudain notre monde ; nous gelons dans cette clarté ; mais nous avons voulu ce froid, nous l’avons suscité, nous ne devons donc pas nous plaindre du froid qui règne maintenant. Le froid augmente avec la clarté. Désormais régneront cette clarté et ce froid. Une clarté plus haute et un froid bien plus hostile que nous ne pouvons l’imaginer. »

Partant de la force des mots ciselés par Bernhard, de la tension de la situation, de l’enfance confisquée dans une période tourmentée et destructrice, la proposition de mise en scène n’est pas très convaincante. Le fil conducteur passe par un pupitre d’écolier placé à l’avant-scène jardin. Sorte de double de Thomas Bernhard, Duparfait  s’y tient, mais ce n’est pas tant l’acteur qu’on voit qu’un metteur en scène aux aguets et au sourire crispé. Peut-être eut-il été plus intéressant, dans un univers si complexe comme l’est celui de Bernhard, de faire le choix de la mise en scène ou de celle du jeu. Dans Des arbres à abattre qu’il avait co-mis en scène avec Célie Pauthe en 2012, spectacle dans lequel il jouait, sa présence était forte. Avec Bernhard tout est torturé, labyrinthique et passionné, tout est au cordeau, Krystian Lupa l’a récemment montré avec la magnifique trilogie qu’il présentait au dernier Festival d’Automne. Ici, la rencontre est ratée.

Dans le parti-pris du montage des textes, chaque acteur devient à tour de rôle l’auteur. Forts de leur expérience, Thierry Bosc et Annie Mercier s’en tirent, le premier en grand-père néanmoins à la frange de la caricature, la seconde sorte de Simone Signoret portant un texte d’une grande brutalité ; les deux jeunes en revanche, Pauline Lorillard et Florent Pochet s’en sortent moins bien même si le jeune Thomas, à certains moments, déploie ses ailes et transmet de l’émotion. Par ailleurs l’espace scénique est fermé et réduit, la première scène de la rencontre entre Thomas et son grand-père racontant le rêve blanc du petit-fils débute devant un rideau fermé et très peu d’espace. Deux moments de rupture cassent la linéarité du spectacle : au premier, quelques lames de parquet sont retirées qui pourraient évoquer l’ouverture de tombes mais il n’en est rien ; cela prépare la seconde rupture, quand les rideaux tombent que le parquet est totalement retiré, images de guerre et de chaos, et représentation du sous-sol dans lequel Thomas fait son apprentissage. Les lumières passent alors par le sol et par une verrière du toit, et la théâtralité commence à vivre.

Petite musique de mort et de jeunesse perdue, désarroi d’un enfant coincé dans un moment de l’Histoire du monde où se perdent les références et dans la violence de l’arbitraire de son pays, on ne retrouve pas dans ce spectacle l’inquiétante étrangeté ni la force créatrice de Thomas Bernhard.

Brigitte Rémer, le 20 mai 2017

Avec : Thierry Bosc, Claude Duparfait, Pauline Lorillard, Annie Mercier, Florent Pochet. Assistanat à la mise en scène Kenza Jernite – scénographie Gala Ognibene – son et image François Weber – lumière Benjamin Nesme – costumes Mariane Delayre – participation musicale au piano pour l’enregistrement de Ich bin der Welt extrait des Rückert-Lieder de Gustav Mahler François Dumont – régie générale Frédéric Gourdin. Les récits L’Origine et La Cave, de Thomas Bernhard sont publiés aux Editions Gallimard.

Du 19 Mai au 18 Juin 2017 (du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h) – La Colline Théâtre National, 15 rue Malte-Brun. 75020. Paris – Métro : Gambetta – Tél. : 01 44 62 52 52 – Site : www.colline.fr

 

 

Baal

© Brigitte Enguérand

Texte Bertolt Brecht/version de 1919 – mise en scène Christine Letailleur – à La Colline Théâtre National, en partenariat avec le Théâtre de la Ville.

Baal est une pièce de jeunesse écrite par Brecht en 1918 alors qu’il est mobilisé et se voit contraint d’arrêter ses études. Il a vingt ans. La figure de l’auteur de La Ballade des Pendus, le poète François Villon, le hante : orphelin de père très jeune, il a pour fréquentation voyous et brigands et s’affiche comme mauvais garçon. Brecht s’en inspire pour le personnage de Baal, exilé de l’intérieur, désœuvré et voyageur sans but, dont il écrira plusieurs versions. Il travaillera le texte tout au long de sa vie. S’il est surtout connu comme dramaturge, directeur du Berliner Ensemble et auteur d’œuvres dites engagées emblématiques du théâtre épique, Brecht a aussi écrit des recueils de poèmes et des contes, des écrits théoriques sur le théâtre et des essais. Après Baal et dans la même veine, il publie Tambours dans la nuit en 1919 et Dans la jungle des villes en 1921, pièces qui s’inspirent du mouvement expressionniste.

C’est la seconde version, celle de 1919, que présente Christine Letailleur, artiste associée au Théâtre national de Strasbourg, la dernière version date de 1955 un an avant la mort de Brecht. « Baal est une nature ni particulièrement comique ni particulièrement tragique. Il a le sérieux de la bête. La pièce n’est pas l’histoire d’un épisode ni de plusieurs mais celle d’une vie » dit-il en exergue de la pièce. La première scène positionne le personnage : le cocktail donné en son honneur alors qu’il est agent de bureau consomme sa rupture d’avec le monde, qu’il insulte et piétine. Il entre en résistance et en errance, se met à boire plus qu’il n’en faut, de bistrots en tavernes. Plus tard et alors qu’il travaille dans un cabaret, il plantera tout avec perte et fracas, signant de la même insolence et de la même violence une nouvelle étape, dans sa fuite en avant.

Stanislas Nordey est cet anti héros fougueux et poète maudit qui habite de manière pathétique ce personnage voyou exprimant sa révolte avec un certain cynisme et pas mal de lâcheté. Il joue cette partition nocturne avec naturel et élégance. La mise en scène le cerne, comme si la poursuite/lumière ne le lâchait pas et le dénichait jusqu’au fond de ses abîmes vertigineux. Baal électrise les femmes qui traversent sa vie, séduit, viole et tue, provoque et fait scandale. Il fuit la paternité, jette ses chansons au vent, les partageant avec la bande de laissés-pour-compte vers laquelle il revient, comme à un port d’attache. Autres refuges, sa mère, avec qui il sait parfois être tendre, mais qu’il rejette tout autant et Ekart son ami, sorte de double qu’il manipule et tuera en sa jalousie folle. Au début d’un XXème siècle si destructeur, entre barbarie et anarchisme, Baal détruit et s’autodétruit, ivre de liberté, de solitude et de douleur. Il fait penser à Liliom de Ferenc Molnár et à Peer Gynt de Henrik Ibsen.

C’est un remarquable travail que présente Christine Letailleur dans le duo formé avec Stanislas Nordey acteur – il est aussi metteur en scène et dirige le Théâtre national de Strasbourg -. Les deux artistes se connaissent bien, la metteuse en scène l’a dirigé dans Hinkemann d’Ernst Toller présenté à La Colline il y a deux ans et, plus loin dans le temps, dans Pasteur Ephraïm Magnus de Hans Henny Jahnn en 2004 et La Philosophie dans le boudoir de Sade, en 2007 (pièces montées au Théâtre national de Bretagne où elle était artiste associée, de 2010 à 2016.) De Hiroshima mon amour d’après Marguerite Duras en 2011 au Banquet ou L’éloge de l’amour d’après Platon en 2012, de Phèdre d’après Phaidra de Yannis Ritsos en 2013, aux Liaisons dangereuses d’après Pierre Choderlos de Laclos en 2016, son travail et les textes qu’elle choisit sont exigeants. Elles les adapte et en crée la scénographie, avec virtuosité.

Ici encore l’architecture scénographique est belle et fonctionnelle, avec ses murs patinés, ses escaliers et son aspect labyrinthe servant le propos par le jeu des apparitions et disparitions, des espaces qui se font et se défont, du secret. Les lumières, de l’indigo au pourpre, les jeux d’ombres et de lumières, les silhouettes qui se détachent – celle de la mère notamment – complètent le tableau et isolent les personnages qui, chacun à leur manière, portent une révolte que rien n’éteint. Baal, homme meurtri, est de ceux-là.

Brigitte Rémer, le 3 mai 2017

Avec Youssouf Abi-Ayad, Clément Barthelet, Fanny Blondeau, Philippe Cherdel, Vincent Dissez, Manuel Garcie-Kilian, Valentine Gérard, Emma Liégeois, Stanislas Nordey, Karine Piveteau, Richard Sammut. Traduction Eloi Recoing – scénographie Emmanuel Clolus et Christine Letailleur – régie générale Karl Emmanuel Le Bras – lumière Stéphane Colin – son et musiques originales Manu Léonard – vidéo Stéphane Pougnand – assistante à la mise en scène Stéphanie Cosserat – assistante à la dramaturgie Ophélia Pishkar – assistante costumes Cecilia Galli – Le texte est publié aux éditions de L’Arche.

Du 20 avril au 20 mai 2017 – La Colline Théâtre National. 15 rue Malte-Brun, 75020. Paris. Tél. : 01 44 62 52 52 – Site www.colline.fr – Le spectacle a été créé le 21 mars au Théâtre national de Bretagne – Tournée : du 4 au 12 avril au Théâtre national Strasbourg – les 23 et 24 mai à la Maison de la Culture d’Amiens.

 

Seuls

© Thibaut Baron

© Thibaut Baron

Texte, mise en scène et jeu Wajdi Mouawad, à La Colline-Théâtre national.

L’univers de Wajdi Mouawad mène aux confins du monde, de soi et de l’écriture. L’auteur, acteur et metteur en scène se présente au public du Théâtre de la Colline dont il est le nouveau directeur dans ce solo qu’il interprète. Il se dévoile. Seuls est un spectacle très personnel créé en 2008, qui travaille sur la narration et les arts visuels – audiovisuel et peinture – et se situe entre la fiction et l’autobiographie.

Après Littoral, Incendies, et Forêts, cherchant « une manière d’écrire différente », Wajdi Mouawad s’est lancé dans un cycle qu’il intitule Domestique. Seuls en ouvre la voie, parlant du Fils. Il sera suivi d’un autre solo – Sœurs – d’un duo – Frères – et plus tard, de Père et Mère. Sous couvert de relations interpersonnelles du fils au père, Mouawad tisse sa toile jusqu’à perdre le spectateur. Il superpose les géographies et les univers, le sien propre, celui de Robert Lepage, figure théâtrale sur la scène canadienne et internationale dont on connait les créations depuis les années quatre-vingts, révélateur pour lui de son envie de théâtre ; son pays d’enfance, le Liban ; ses utopies artistiques l’écriture, le théâtre et la peinture.

Le spectacle met en scène un étudiant montréalais d’une trentaine d’année sur le point de finir sa thèse de sociologie, sur le thème de L’espace identitaire dans les solos de Robert Lepage. Nous sommes dans sa chambre, il cherche sa conclusion, le fil du téléphone comme un cordon ombilical le relie au monde – à son directeur de thèse, à sa famille – et ses conversations nous renseignent. « Mesdames et messieurs, je tiens tout d’abord à vous remercier de me donner la parole. Cette soutenance est pour moi un moment important. » A partir de ce fil conducteur, simple en apparence, s’ouvrent des béances.

Wajdi Mouawad a passé son enfance au Liban, son adolescence en France et il a vécu au Québec : « Je m’appelle Harwan, mais ça n’a aucune importance et je pourrais bien m’appeler n’importe comment, comme n’importe qui. C’est comme ça. Ce n’est rien. » Il dessine les relations entre maître et élève, prétexte pour évoquer la complexité du lien père-fils : « A chaque fois, tu me rappelles que je n’ai pas vécu la guerre. Si je pose un geste, ce n’est pas le geste que tu aurais posé. Si je lève un bras j’aurais dû le garder baissé, si je pars, je dois rester, si je reste, je dois partir ! Je dis juste qu’il est difficile de poser un geste qui soit précisément à moi, tu vois ? Qu’est-ce qui est à moi ? »

Hanté par la toile de Rembrandt, Le Retour du fils prodigue, Mouawad passe de la narration à la performance, de l’espace théâtral à celui de la matière – de la peinture – et renvoie aux signes du tableau. L’exil est présent dans son écriture, la langue est précise et puissante sous couvert des mots du quotidien. Il mêle l’intime, le familial, la recherche, l’esthétique et l’artistique et sait inverser le cours des choses, emmenant le spectateur de surprises en interrogations quand tout vacille et bascule. La puissance dramatique de la seconde partie mène jusqu’à l’exil de soi et au travail de la mémoire, la parabole de Rembrandt pour toile de fond. Seuls est un spectacle qui invite à la réflexion et plonge au cœur des racines familiales et de la quête de soi, c’est simple et complexe à la fois, comme la vie.

Brigitte Rémer, 15 octobre 2016

Dramaturgie, écriture de thèse Charlotte Farcet – conseiller artistique François Ismert – assistante à la mise en scène Irène Afker – scénographie Emmanuel Clolus – éclairage Éric Champoux – costumes Isabelle Larivière – réalisation sonore Michel Maurer – musique originale Michael Jon Fink – réalisation vidéo Dominique Daviet. Les voix : Layla Nayla Mouawad – Professeur Rusenski Michel Maurer – La libraire Isabelle Larivière – Robert Lepage Robert Lepage – Le Père Abdo Mouawad – Le Médecin Éric Champoux. Musiques additionnelles Al Gondol Mohamed Abd-Em-Wahab Habaytak Fayrouz Una furtiva lacrima de Donizetti par Caruso – Texte additionnel Le Retour du fils prodigue, Luc 15-21 est tiré de la traduction de la Bible de Jérusalem. Seuls chemin, texte et peintures a été édité aux éditions Leméac/Actes Sud-Papiers en novembre 2008.

Du 23 septembre au 9 octobre 2016, La Colline Théâtre National, 15 rue Malte-Brun, 75020. Site : www.colline.fr Tél. : 01 44 62 52 52 – Tournée 2016/2017 : Festival théâtral du Val d’Oise Le Figuier Blanc, Argenteuil le 5 novembre – Théâtre des Salins Scène nationale, Martigues, les 9 et 10 novembre – The Wilma Theater, Philadelphie du 29 novembre au 11 décembre – Sortie Ouest, Béziers du 17 au 19 janvier 2017 – Le Manège, Mons les 28 et 29 mars – Le Maillon Scène nationale de Strasbourg du 27 au 29 avril – Théâtre national Populaire Centre dramatique national, Villeurbanne du 10 au 13 mai, puis les 20 et 21 mai 2017.

Je suis Fassbinder

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Texte de Falk Richter – Traduction de l’allemand Anne Monfort – Mise en scène Stanislas Nordey et Falk Richter – à La Colline théâtre national.

Créé au TNS en mars 2016, ce spectacle est né de la collaboration entre son directeur, Stanislas Nordey et Falk Richter, artiste associé, rencontre qu’ils avaient déjà expérimentée, notamment en 2012 avec My secret garden et selon la même méthode de travail, l’écriture au plateau au fil des répétitions.

Le canevas proposé à partir de la figure de Rainer Werner Fassbinder, acteur, metteur en scène de théâtre et l’un des réalisateurs phare du nouveau cinéma allemand des années 60/70 – disparu à l’âge de trente-sept ans, en 1982 – s’appuie sur L’Allemagne en automne, une œuvre collective qui témoigne à chaud du climat politique, en 1977 – la vague de terrorisme d’extrême gauche du groupe Baader-Meinhof, mouvement de guérilla urbaine appelé aussi Fraction Armée Rouge avec ses prises d’otages, suivi du suicide en prison des trois principaux membres du groupe -. Fassbinder dans ce film interrogeait sa mère de manière abrupte, l’obligeant à se positionner par rapport aux événements. Poussée dans ses retranchements, elle, démocrate, finit par invoquer la nécessité d’avoir à la tête du pays un dirigeant autoritaire, mais gentil. Le réalisateur se filmait aussi lui-même, violent, malade et paniqué, et dans ses disputes avec son compagnon sur l’attitude à adopter.

Ces séquences reviennent à l’écran, comme d’autres issues d’extraits de nombre de ses films – dont Les larmes amères de Petra Von Kant, La troisième génération etc. – et sont reprises sur le plateau comme au cours de répétitions, ou d’un exercice de jeu dans le jeu au côté décalé. Nous sommes dans un appartement à plusieurs niveaux avec grand divan et table basse, ou dans un studio de tournage. Trois écrans grand format, et dans un recoin une petite télé toujours allumée, où défilent des images, comme en état de veille.

L’auteur et les metteurs en scène posent implicitement, tout au long du spectacle, la question du lien entre le théâtre et l’actualité, et, par là même, celle du rôle du théâtre aujourd’hui. Ainsi Fassbinder-Nordey faisant face à sa mère-Laurent Sauvage où se brouillent et se superposent les noms de Rainer/Stan, maman/Laurent ; le compagnon de Fassbinder (joué par Thomas Gonzalez) très à l’aise dans sa nudité – sorte de manifeste rappelant l’interdiction d’interdire – et excellent chanteur ; Judith Henry dans la figure d’une Marianne d’Europe qui se glisse avec subtilité dans un monologue amusé, et Eloïse Mignon qui accompagne de sa belle présence les aléas de la répétition. Une équipe d’acteurs dedans-dehors, investie entre l’intime et le public, la gravité et la légèreté, le superficiel et le désarroi servent le propos.

Au-delà des excès du réalisateur et de ces années de plomb allemandes, de son dépit amoureux ou de sa vision complexe des femmes, Richter et Nordey interrogent notre époque et relient ces violences d’hier à l’actualité d’aujourd’hui – les attentats en France, la montée de l’extrême droite et de l’intolérance, les viols à Cologne, l’exode des populations, la fin du politique -. Le texte et la co-mise en scène témoignent, à partir du projecteur mis sur la radicalité de Fassbinder – passionné de théâtre et laissant une oeuvre considérable au plan du cinéma et de la télévision – d’événements, dans leur immédiateté et actualité, et du chaos ambiant, sur des modes allant de l’autodérision à la déstructuration.

Brigitte Rémer, 25 mai 2016

Avec : Thomas Gonzalez, Judith Henry, Éloise Mignon, Stanislas Nordey, Laurent Sauvage – collaboration artistique Claire ingrid Cottanceau – dramaturgie Nils Haarmann – scénographie et costumes Katrin Hoffmann – assistanat aux costumes Juliette Gaudel – assistanat à la scénographie Fabienne Delude – lumière Stéphanie Daniel – musique Matthias Grübel – vidéo Aliocha Van der Avoort

Du 10 mai au 4 juin, à La Colline théâtre national, 15 rue Malte-Brun. 75020. Paris. Métro Gambetta. Tél. : 01 44 62 52 52 – www.colline.fr

 

La Ménagerie de verre

© Elisabeth Carecchio

© Elisabeth Carecchio

Texte Tennessee Williams – traduction Isabelle Famchon – mise en scène et scénographie Daniel Jeanneteau – à la Colline Théâtre National.

L’action se passe à Saint-Louis au centre des Etats-Unis dans les années trente, dans le huis clos de la famille Wingfield, sur fond de dépression et de crise sociale. Tom, le fils, employé dans un entrepôt de chaussures est devenu soutien de famille depuis que son père a abandonné le foyer. Ses échappées du soir le conduisent, dit-il, voir des films… mais sa mère n’y croit guère. Vrai ou faux, la référence est forte quand on connaît les liens qui ont existé entre Tennessee Williams et le cinéma. Tom protège sa sœur, Laura, jeune femme fragile et singulière, déconnectée du monde, qui a discrètement laissé tomber les cours de dactylo où l’envoyait sa mère pour se consacrer à son jardin secret, la fabrication d’animaux de verre. La mère, Amanda, pénible et harcelante, marquée par l’angoisse et la peur de la misère jusqu’à l’hystérie, prétend tout faire pour le bien de tous et ne se remet ni de sa jeunesse passée ni de l’abandon de son homme. Chacun vit dans un monde de rêve et un imaginaire qu’il se construit.

La pièce est une chronique familiale proche de l’autobiographie. Tennessee Williams, de son vrai nom Thomas Lanier Williams, a passé son enfance avec sa mère et sa soeur Rose, schizophrène, qui après une lobotomie resta handicapée. Son père, voyageur de commerce, était très absent et il ne l’aimait pas. Il rompit avec sa famille en 1937 et partit tenter sa chance à la Nouvelle Orléans puis à New-York où il exerça différents métiers. Quand ses finances le lui permirent, il s’occupa de sa sœur. Au fil de ces années, sur les routes, il commença à écrire, notamment des pièces en un acte. La Ménagerie de verre date de 1944, il l’écrivit d’abord comme scénario, mais la Metro Goldwyn Mayer le refusa et il l’adapta pour le théâtre. La pièce fut montée en 1945 à New-York et remporta un grand succès, Tennessee Williams a trente-quatre ans. Il confirme son talent et assied sa notoriété deux ans plus tard avec Un tramway nommé Désir, film qu’Elia Kazan réalise avec un jeune premier prometteur, Marlon Brando. Il gagne pour ce texte, en 1948, le prix Pulitzer, qu’il obtiendra une seconde fois en 1955 avec La chatte sur un toit brûlant. Il écrit une trentaine de pièces qui furent pour un certain nombre présentées à Broadway entre 1947 et 1961, époque de gloire, et les plus grands réalisateurs ont adapté son œuvre au cinéma – entre autre Richard Brooks, John Huston, Sydney Lumet, Joseph Mankiewicz et Sydney Pollack -. Il mourra pourtant dans la solitude à New-York, en 1983.

Daniel Jeanneteau a mis en scène La Ménagerie de verre au Japon en 2011, à l’invitation de Satoshi Miyagi et du Shizuoka Performing Arts Center. Il monte aujourd’hui la pièce avec des acteurs français et si nous sommes loin de cet Empire des signes qu’évoquait Barthes, on sent l’empreinte du pays, notamment dans la scénographie, sorte de boîte de la taille du plateau, délimitée par des voilages et un épais matelas recouvert de duvet blanc qui évoque la maison japonaise, ses pièces en tatami et portes coulissantes. Par cet effet de surexposition, le spectateur baigne dans une sorte d’irréel. Seul l’espace de Tom quand il est narrateur, à l’avant-scène, et celui de la ménagerie de verre, ces animaux en miniature patiemment créés par sa sœur Laura sont à l’extérieur. Il y a un va et vient entre le dedans et le dehors. « La pièce se passe dans la mémoire et n’est donc pas réaliste. La mémoire se permet beaucoup de licences poétiques. Elle omet certains détails ; d’autres sont exagérés, selon la valeur émotionnelle des souvenirs, car la mémoire a son siège essentiellement dans le cœur » dit Tennessee Williams, permettant ainsi d’échapper au naturalisme. On assiste pourtant à un psychodrame familial jusqu’à ce que l’insupportable Amanda demande à son fils d’inviter à dîner un de ses collègues en vue de lui présenter Laura qu’elle imagine déjà mariée. La jeune fille aux abois reconnaît en Jim un lointain ami d’école et un amour secret. Il l’avait joliment surnommée Rose Blue après une pleurésie. Petit moment de grâce et d’espoir, bien vite rattrapé par la réalité. Son petit objet favori, une Licorne – dans la mythologie symbole de pureté et de grâce – se casse et elle offre ce cadeau mutilé à celui qu’elle aurait pu aimer.

La Ménagerie de verre parle de solitude et de différence. Sous la direction de Daniel Jeanneteau les acteurs mettent en relief la densité de leur personnage, chacun dans son registre : les délires empreints de nostalgie et la protection étouffante de la mère – Dominique Reymond, proche de la caricature et du ridicule – ; les rêves de liberté de Tom – Olivier Werner – égrenés avec simplicité et évidence quand il est le personnage, sorte de voix off dans la narration ; l’intimité secrète et la pudeur de Laura – lumineuse et discrète Solène Arbel -. Ces jeux de la mémoire portés par le metteur en scène engendrent une troublante poétique du plateau.

Brigitte Rémer, 15 avril 2016

Avec Solène Arbel, Pierric Plathier, Dominique Reymond, Olivier Werner et la participation de Jonathan Genet – lumières Pauline Guyonnet – costumes Olga Karpinsky – son Isabelle Surel – vidéo Mammar Benranou – collaboratrice à la scénographie Reiko Hikosaka – assistant à la scénographie et à la mise en scène Olivier Brichet.

Du 31 mars au 28 avril 2016, La Colline Théâtre National, 15 rue Malte-Brun. Tél. : 01 44 62 52 52 – www.colline.fr – En tournée : 11 au 13 mai Maison de la Culture de Bourges – 18 et 19 mai 2016 Le Quartz scène nationale de Brest – 24 au 27 mai Comédie de Reims CDN