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Kayanbolaz

Mise en scène Julien Clément, association Lo Griyo, avec Damien Mandrin, Sami-Pageaux-Waro, Toky Ramarohetra – au Théâtre Dunois, dans le cadre du Festival Mois Kreyol organisé par la compagnie Difé Kako.

© Cédric Demaison

Créé en 2017, le Festival Mois Kreyol fête cette année sa dixième édition. Il est porté par sa fondatrice, Chantal Loïal, chorégraphe et par la troupe qu’elle a créée il y a une trentaine d’années, la compagnie Difé Kako à laquelle le théâtre Dunois a donné carte blanche.

Kayanbolaz est issu de l’Île de La Réunion et allie musique, jonglage et théâtre du geste autour d’un instrument de musique mythique, le kayanm. Son histoire est intimement liée à celle du maloya, apporté par l’arrivée d’esclaves venant notamment d’Afrique de l’Est dans les plantations de canne à sucre, à la fin du XVIIème siècle. Il fait partie de la famille des percussions, se bat des deux mains, et se décline dans plusieurs registres. On le secoue et il a la magie et la poésie du son du bâton de pluie et du bruit de la mer.

L’instrument est composé d’éléments végétaux que l’on trouvait à portée de main et demande un réel savoir-faire pour le montage. Il est fermé de deux panneaux de roseaux attachés à un cadre en bois léger et de tiges de fleurs de canne à sucre. L’intérieur est rempli de petites graines rondes et dures de safran marron, de morceaux de liane réglisse et de conflore, anciennement le légume du pauvre. Le kayanm est inscrit dans la liste du patrimoine mondial depuis 2009, il est fondateur de l’identité réunionnaise qui véhicule aussi la langue créole, les polyphonies et rythmes complexes.

Ils sont trois – Damien Mandrin, Sami-Pageaux-Waro et Toky Ramarohetra – en pantalon et tee-shirt noirs qui se détachent magnifiquement sur le sol couleur de bois clair, même teinte que l’instrument. Sur la scène ils sont venus un à un, portant leur kayanm, se découvrant les uns les autres et entrant en joute, entre eux. Ils créent des rythmes qu’ils suspendent ou qu’ils lancent en canon, des contre-rythmes, inventent des silences, des accélérations, des provocations. Ils se regardent et nous font voyager dans leur locomotive à vapeur ou comme dans un Orient-Express.

Le trio se sépare, l’un sort, puis un second, ils créent un univers ludique en jonglant, dessinent des figures et sont d’une habileté redoutable dans les lancers d’instruments chacun pour soi ou échangés entre eux : dessus, dessous, devant, derrière, là où on ne les attend pas, déjouant la pesanteur, rattrapant, ramassant si besoin. Ils créent une véritable chorégraphie où tout est réglé de manière métronomique.

Parfois, tenant le kayanm à la verticale ils le grattent avec la main comme une sorte de washboard. Ils se regardent, complices. Dans le théâtre, les enfants rythment des pieds ou des mains la mélodie, il y a de l’écoute et du plaisir. Puis l’un des jongleurs se déchausse et danse dans des figures au sol virtuoses, sorte de chorégraphie hip-hop. Ensemble, ils créent des séquences dans des contextes multiples et travaillent des gestuelles très élaborées, parfois pantomimiques, nous menant des travaux des champs au chaos de la rue, ils sont la vague, le flux et le reflux, leurs mains sont papillons. Ils se croisent, reculent, deviennent oiseaux.

© Cédric Demaison

Leurs déplacements font penser au roi ou au fou de l’échiquier, les instruments voltigent avec concentration, maîtrise et bonne humeur. On les suit dans leurs imaginaires et il y a de l’humour à la Chaplin, de la maestria et de l’énergie. Ils terminent le spectacle par un morceau de maloya qu’ils ont la gentillesse d’introduire et jouent de trois instruments, un kayanm, un tambour et une sorte de vibraphone joué avec deux baguettes. Le chant surgit, symbole de libération, ou début d’une fête dans la tradition réunionnaise.

Kayanbolaz allie musique, jonglage et théâtre du geste autour d’un instrument mythique, le kayanm, identité de l’île de la Réunion. Qu’ils soient secoués, frappés, renversés, lancés ou agités, ces instruments de percussion nous parlent, du fond des temps. Ils donnent à entendre et à voir des images poétiques, des polyphonies et des rythmes complexes. C’est un beau voyage d’ombre et de lumière, de pleins et de déliés où dialoguent les ancêtres et le monde d’aujourd’hui par la transmission qu’en font les artistes de l’Île de La Réunion, à travers le kayanm et leur musique.

Brigitte Rémer, le 16 octobre 2026

Avec : Damien Mandrin, Sami Pageaux-Waro, Toky Ramarohetra – Mardi 13 octobre 2026 à 10h et 19h – Théâtre Dunois, 7 rue Louise Weiss 75013 Paris – métro Chevaleret – tél. : 01 45 84 72 00 – Le Festival Mois Kreyol se poursuit du 12 au 23 octobre au théâtre Dunois et dans différents lieux jusqu‘au 6 décembre 2026 – site : www.lemoiskreyol.fr – enfants à partir de cinq ans.