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Vents contraires

© Jean-Louis Fernandez

Texte et mise en scène Jean-René Lemoine, à la MC 93 Bobigny.

A navire rompu tous les vents sont contraires dit le proverbe. A défaut de navire ce sont ici les liens qui se rompent : ceux qui existaient dans le couple Marie et Rodolphe, elle ne l’aime plus et le lui hurle, lui est hagard ; ceux de Camille avec Leïla, brillante styliste un brin snob et poursuivie par l’argent, les marques et l’apparence, deux femmes dont la relation se désagrège ; ceux de Marthe, hôtesse de l’air, demi-sœur de Camille, se disant follement amoureuse de Rodolphe, stewart, son collègue, et manquant de hardiesse ; la belle Salomé vendant ses charmes et tirant son épingle du jeu entre Rodolphe aux relations tarifées, et Leïla, dans le cadre d’un nouveau contrat amoureux et professionnel qui lui offre le retour à la lumière.

Dans ce bateau-ivre de la vie et cette vague de prénoms bibliques, Marthe, Marie et Salomé, les mots de Mylène Farmer dans sa chanson intitulée Désenchantée, retenus par l’auteur comme titre de la pièce : « Tout est chaos, À côté. Tous mes idéaux : des mots Abimés… Je cherche une âme qui pourra m’aider… Dans ces vents contraires comment s’y prendre. Plus rien n’a de sens, plus rien ne va. » La scénographie et la lumière distribuent l’espace en différents plans selon les lieux des déchirements – appartement, boutique de vêtements, chambre d’hôtel, restaurant, couvent – et joue sur le reflet (scénographie Christophe Ouvrard, lumière Dominique Bruguière). Désir et non désir se bousculent, solitudes et vertiges se côtoient dans des chassés croisés flamboyants où les glissements progressifs du plaisir affleurent. Souvent courtes, les séquences se succèdent, délimitées par des noirs qui apportent du discontinu dans ces destins qui s’entrecroisent, malgré les espaces musicaux tentant de faire le lien (composition musicale Romain Kronenberg).

De ce mélodrame faut-il pleurer faut-il en rire, la fin est un quasi marivaudage avec le mariage de Marthe et Rodolphe, ce dernier essayant d’étancher son dépit après avoir été plaqué par Marie qui elle, s’est envolée pour l’Asie, et avec, cerise sur le gâteau, l’entrée au couvent de Camille. Les actrices et l’acteur portent leurs rôles avec vaillance et conviction et sont bourgeoisement habillés (costumes Pryscille Pulisciano) : Nathalie Richard dans sa colère (Marie), Alex Descas dans sa léthargie (Rodolphe), Marie-Laure Crochant dans sa naïveté (Camille), Anne Alvaro dans son excentricité (Leïla), Norah Krief dans sa réserve (Marthe) et Océane Cairaty dans sa sexualité (Salomé). On est dans le registre de la comédie humaine à gros traits et de la satire sociale d’une certaine légèreté, belle déception après le Médée poème enragé qu’avait magnifiquement écrit et interprété Jean-René Lemoine, en 2015.

Comment avancer quand les vents sont contraires ? Le spectateur surfe sur ces fragments de discours amoureux mais il ne marche pas sur l’eau, il coule à pic.

Brigitte Rémer, le 20 novembre 2019

Avec : Anne Alvaro Leïla – Océane Cairaty Salomé – Marie-Laure Crochant Camille – Alex Descas Rodolphe – Norah Krief Marthe – Nathalie Richard Marie. Scénographie Christophe Ouvrard – lumière Dominique Bruguière, assistanat Pierre Gaillardot – composition musicale Romain Kronenberg – travail vocal Donatienne Michel-Dansac – costumes Pryscille Pulisciano, assistanat Laetitia Raiteux – assistanat à la mise en scène Laure Bachelier-Mazon – construction décors Ateliers de la MC93 – Le texte est publié aux Solitaires Intempestifs.

Du 13 au 24 novembre 2019 (sauf 21 novembre) – MC 93 Maison de la Culture de Seine Saint Denis, 9 Bd Lénine, 93000 Bobigny – métro Bobigny Pablo Picasso – tél. : 01 41 60 72 72 – site : www.mc93.com – En tournée : 28 novembre au 7 décembre, Théâtre National de Strasbourg – 11 au 13 décembre, Le Grand T, Nantes – 8 et 9 janvier, Maison de la Culture d’Amiens – 14 au 18 janvier, CDN de Tours/Théâtre Olympia – 22 et 23 janvier, Maison de la Culture de Bourges – 29 et 30 janvier, Théâtre de Nîmes – 6 au 8 février, Théâtre du Gymnase, Marseille.