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Canto General

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Oratorio pour choeur, solistes, piano et bouzouki sur les poèmes de Pablo Neruda et la musique de Mikis Theodorakis – direction musicale, Jean Golgevit – chœur : Les Voix du Canto. Concert donné à la cathédrale Saint- Nazaire de Béziers le 15 septembre 2019.

 Le chœur Les Voix du Canto poursuit son travail et multiplie les rencontres avec les publics, sous la baguette du chef de chœur et musicien passionné, Jean Golgevit. Le choix de l’œuvre parle du monde : El Canto General, du grand poète chilien Pablo Neruda (1904-1973) homme engagé pour la démocratie et la défense des libertés dans son pays, magistralement mis en musique par le compositeur grec Mikis Theodorakis (né en 1925), tout aussi engagé dans le sien par son combat contre les dictatures des années 1960/80.

El Canto General est une immense fresque à la fois lyrique et épique que Neruda écrit dans la clandestinité sur une dizaine d’années à partir de la mort de son père, en 1938. Ce long poème où se mêlent les thèmes de l’oppression, de la révolte, des espoirs et des utopies, est alors interdit au Chili. Partant du continent sud-américain mais de portée universelle, l’oeuvre a valeur d’archétype. « Avec le Chant général, j’ai travaillé sur le terrain de la chronique et du mémorial, un terrain qui, les premiers temps, me parut rocailleux et inhospitalier. Mais soudain je découvris qu’il n’y avait pas de matériel antipoétique lorsqu’il s’agissait de nos réalités. Les faits les plus obscurs de nos peuples doivent être brandis en pleine lumière » écrit Neruda. Métaphorique, El Canto General touche à la conscience collective et comporte quinze sections, deux cent trente et un poèmes et plus de quinze mille vers.

Le poète et le compositeur se sont rencontrés à Paris où Neruda était ambassadeur, nommé par le Président Salvador Allende. Theodorakis a entrepris de mettre en musique, petit à petit, les sections et poèmes qui constituent l’œuvre. Les deux artistes se retrouvaient dans le pouvoir subversif de la poésie et un certain lyrisme.

Inlassablement sur le métier Jean Golgevit, – violoniste, compositeur et brillant pédagogue – remet l’ouvrage sur le métier, avec l’excellent chœur Les Voix du Canto qu’il a formé et qui se réunit et travaille à Montpellier. Ensemble, ils décryptent de nouveaux poèmes qui complètent, de concert en concert, l’œuvre magistrale. À la cathédrale Saint-Nazaire, Vienen los parajos est venu s’ajouter à la longue liste de poèmes déjà chantés en langue originale. Deux solistes les accompagnent : la magnifique mezzo-soprano Gabriela Barrenechea, née au Chili et travaillant en France, dont la voix percute avec force et douceur les méandres de la langue et les reliefs escarpés de la composition. Sa présence, et la puissance de sa voix – entre imprécations et chuchotements – lançant des passerelles au chœur, transmet à tous une grande intensité. Jean Christophe Grégoire Albertini, baryton au timbre puissant, rodé aux premiers rôles dans différentes configurations orchestrales, se passionne pour les oratorios et déploie son talent avec Jean Golgevit dans El Canto General, depuis plusieurs années. Deux instrumentistes complètent l’équipe et accompagnent le chant : le pianiste Pascal Keller, formé à la Hochschule für Musik de Berlin et qui cultive l’interdisciplinarité ; le bouzoukiste Dimitris Mastrogloglou qui apporte la couleur grecque locale et s’est spécialisé dans l’œuvre de Théodorakis dont « les mélodies ont bien souvent un petit air byzantin » dit-il. Un choriste et récitant, Jean-Claude Marc, auteur des textes de liaison entre les poèmes, les porte avec conviction et passion.

Dans le contexte majestueux et intime de la Cathédrale Saint-Nazaire, El Canto General prend toute son ampleur dans une mêlée de voix et d’instruments déclinée avec dextérité par la baguette de Jean Golgevit. Les quelques mots d’humanité et de fraternité écrits et lus par Monique Carton en début de seconde partie s’inscrivent dans la sensibilité de l’œuvre, fruit de la complicité entre deux grands artistes, Neruda et Theodorakis, en lutte pour la liberté. Lors de ce concert, sept chants étaient à l’affiche : Vegetaciones, Los Libertadores, Requiem Eternam – écrit par Théodorakis pour Neruda -, Voy a vivir, Vienen los pajaros, La United Fruit Company, America insurrecta. A ne pas manquer lors des prochaines programmations !

Brigitte Rémer, le 30 septembre 2019

Avec Gabriela Barrenechea, mezzo-soprano – Jean-Christophe Grégoire, baryton – Pascal Keller, piano – Dimitri Mastrogloglou, bouzouki – Jean-Claude Marc, récitant.

-Concert donné le 15 septembre 2019, à la cathédrale Saint-Nazaire, Béziers – Les Voix du Canto, 66 rue Max Mousseron, Résidence Mail des Abbés/Bât. C4, 34000. Montpellier – Site : www.les-voix-du-canto.org – e-mail : les voixducanto@gmail.com – direction artistique, Jean Golgevit – direction administrative Monique Carton – (Voir aussi notre article du 3 novembre 2016).

Canto General

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Oratorio pour chœur, solistes et orchestre – Poèmes Pablo Neruda – Musique Mikis Theodorakis – Direction musicale Jean Golgevit – Avec les chœurs de Canto Sud et Canto Quimper.

Ce poème épique composé de quinze chants a pour origine la rencontre entre deux personnalités hors norme ayant subi les mêmes privations de liberté de penser, d’écrire et d’être, dans leurs pays respectifs : le Chili pour Pablo Neruda, la Grèce pour Mikis Theodorakis.

Neruda (1904–1973) s’engage contre le fascisme à partir de 1936 après l’exécution de son ami, le poète Federico Garcia Lorca et multiplie les prises de position publiques et les publications. Il écrit les premiers recueils du Canto General – plus de trois cents poèmes – vaste fresque sur l’histoire des peuples d’Amérique dont la première édition est publiée au Mexique, en 1950. La même année il reçoit le Prix Mondial de la Paix et s’engage auprès de Salvador Allende ; il est nommé candidat à l’élection présidentielle pour le Parti Communiste. Ses positions en faveur des Droits de l’Homme lui valent beaucoup de troubles – agressions, expulsions, intimidations, clandestinité – mais il témoigne inlassablement par son écriture, poétique et prophétique. En 1971 Neruda reçoit le Prix Nobel de Littérature et le Prix Lénine pour la Paix. En 1973 il lance un Appel auprès des intellectuels chiliens et à l’adresse du monde pour défendre le processus de démocratie, au Chili. Il meurt le 23 septembre 1973, dix jours après l’assassinat du Président Allende. « Aquí viene el àrbol, el àrbol de la tormenta, el àrbol del pueblo… Este es el àrbol de los libres. El àrbol tierra, el àrbol nube, el àrbol pan, el àrbol flecha, el àrbol puño, el àrbol fuego… Voici venir l’arbre, l’arbre de l’orage, l’arbre du peuple… C’est lui l’arbre des hommes libres. L’arbre terre, l’arbre nuage, l’arbre pain, l’arbre flèche, l’arbre poing, l’arbre feu… » écrit-il dans son chant Los Libertadores.

Né en 1925, Mikis Theodorakis a étudié la musique à Athènes et Paris, il écrit des œuvres très diverses – symphoniques, de chambre, pour la danse, le théâtre et l’opéra, pour le cinéma. Il signe des lieders, des cantates et des oratorios -. Les musiques des films Zorba le Grec de Michael Cacoyannis et Z de Costa Gavras connues dans le monde, sont devenues universelles. Comme Neruda, Theodorakis s’engage, à partir de 1961, dans la défense des libertés et de la démocratie, luttant contre le régime des colonels, dans son pays. Le putsch de 1967 le conduit en prison où il est torturé, puis en déportation. Libéré trois ans plus tard grâce à une forte mobilisation internationale, exilé en France, il répond à l’invitation de Salvador Allende et se rend au Chili en 1971. Il découvre à quel point le parcours et la poésie de Pablo Neruda recoupent son propre combat. De retour en France sa rencontre avec le poète alors ambassadeur à Paris, devient emblématique et il commence à composer autour de deux premiers poèmes : Amor America et Vegetaciones. Sept chants sont donnés en concert à Buenos-Aires l’été 1973, le public réserve au compositeur un accueil triomphal. L’oeuvre programmée dans la capitale chilienne en septembre de la même année ne sera pas donnée, le putsch militaire de Santiago et l’assassinat d’Allende en décident autrement. De retour en Grèce après la chute des colonels, Mikis Theodorakis dirige le Canto General au stade du Pirée, le 13 août 1975. L’émotion est à son comble et l’ovation immense. En 1980-81, il achève de mettre en musique les cinq derniers chants et compose un émouvant Requiem pour Neruda : « Isoun o sternos ilios. Tora kivernoun nani. Orfanepse i gi. Neruda Requiem Aeternam… Tu étais le dernier soleil. Maintenant règnent des nains. La terre est orpheline. Neruda Requiem Aeternam… »

C’est cette œuvre tragique et pleine d’espoir qu’interprètent les chœurs du Canto Quimper et du Canto Sud qui se rejoignent pour l’occasion à Montpellier. Dirigés par Jean Golgevit, ils ont la même foi et la même intensité pour porter l’œuvre. A l’origine violoniste, ce chef de chœur est aussi compositeur et formateur. Il a dirigé pendant de nombreuses années plusieurs chœurs, en Bretagne et en Languedoc et applique les pédagogies musicales qu’il a élaborées et mises en action au fil de son expérience. Il crée en 2010 un Ensemble choral dont les membres s’engagent individuellement dans une démarche de qualité vocale, le chœur du Canto de Quimper puis en 2013 – assisté de Monique Carton qui assure la formation vocale des choristes – le chœur Canto Sud de Montpellier. Pour lui, « le son du groupe est la résultante des richesses de chacun. » Très tôt, Jean Golgevit tombe amoureux du Canto General et se l’approprie, l’Oratorio devient l’œuvre de sa vie et il sait remettre sur le métier l’ouvrage. Donné récemment avec le chœur du Canto Sud dans l’église Notre-Dame-des-Sablons d’Aigues-Mortes – aux vitraux de lumière réalisés par Claude Viallat – Jean Golgevit a rassemblé à Montferrier-sur-Lez les chœurs Canto Quimper et Canto Sud. Plus de quatre-vingts choristes sur scène ont interprété cinq chants du Canto General en langue originale – Vegetaciones, Los Libertadores, Voy a vivir, La United Fruit Company, America insurrecta – ainsi que le pathétique Requiem pour Neruda en langue grecque, avec une grande force et des nuances subtilement déclinées.

Portés par les chœurs, deux magnifiques solistes dialoguaient avec eux : Gabriela Barrenechea, mezzo-soprano née au Chili, compositrice, chanteuse, guitariste et comédienne à la voix pure et s’engageant dans les mots de Neruda, et Jean-Christophe Grégoire, baryton à la voix puissante et au répertoire éclectique, ayant de nombreux rôles lyriques à son actif. Le vocal était accompagné par la virtuosité de plusieurs instrumentistes : la présence d’un pianiste aguerri, concertiste et improvisateur, compositeur et pédagogue, Pascal Keller ; d’un bouzoukiste virtuose, soliste connu dans le monde, chanteur et compositeur, Dimitris Mastrogioglou ; de percussionnistes, avec Catherine Saurat Nespoulous Médaillée d’or des percussions en 1985, ici accompagnée de deux de ses élèves, Thomas Espinosa et Jean-Charles Bouilhol. Un choriste du Canto Quimper, Jean-Luc Kerouanton, tenait aussi le rôle du récitant, faisant le lien entre les Chants à partir d’un texte écrit par Jean-Claude Marc, choriste et chef de pupitre à Canto Sud.

Un travail immense des choristes investis dans le Canto General mené de main de maître et l’implication de chacun, ont garanti l’excellence du concert. La force et la beauté des textes de Neruda et la complexité de la partition de Theodorakis, portés par une ferveur et une formidable intensité d’interprétation, appellent l’Histoire tragique et contemporaine de deux pays, le Chili et la Grèce. Cela oblige à porter haut le Nunca más ! Jamais plus ! qui résonne encore à travers le monde et dont chaque pays devrait se souvenir.

Brigitte Rémer, 2 novembre 2016

Avec Gabriela Barrenechea mezzo soprano – Jean-Christophe Grégoire baryton – Pascal Keller pianiste – Dimitri Mastrogloglou bouzoukiste – Catherine Saurat Nespoulous percussions assistée de Thomas Espinosa et Jean-Charles Bouilhol – Jean-Luc Kerouanton récitant.

Concert du 30 octobre 2016, Espace culturel Le Devézou, 34000. Montferrier-sur-Lez. Site : www.cantosud.org