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Mami

Mise en scène et dramaturgie Mario Banushi – scénographie, costumes Sotiris Melanos – musique, son Jeph Vanger – lumière, dramaturge associé Stephanos Droussiotis – à l’Odéon-Théâtre de l’Europe / Ateliers Berthier.

© Christophe Raynaud de Lage

Mario Banushi tourne autour de sa biographie pour élaborer ses spectacles. C’est la mort qu’il évoquait dans Goodbye Lindita présenté dans ce même Odéon-Berthier quelques jours auparavant (cf. notre article du 31 mars 2026). Il parle aujourd’hui de la vie et de la figure des mères, avec ses mêmes outils, le silence, la lumière, le nu, l’inventivité artisane, la cloche qui sonne, l’eau qui coule, le poème.

Sa mère était sage-femme en Albanie, le spectacle débute sur une scène d’accouchement où les cris de la parturiente déchire l’atmosphère dans une petite maison de bois perdue dans la campagne, où seul un réverbère donne vie. C’est sa grand-mère qui l’a élevé jusqu’à l’âge de treize ans, elle cuisinait et était au centre de la vie domestique. Sa mère l’emmène ensuite à Athènes où il grandit au-dessus de la boulangerie où elle travaille, entouré de femmes de toutes générations. Mario Banushi rend hommage à ces figures féminines qui l’ont accompagné au cours de sa vie.

© Andreas Simopoulos for Onassis Stegi

Sur scène une vieille femme passe et se mélangent les générations, se construisent les rituels sociaux. Puis une jeune femme se déshabille au son de la clarinette, pénètre dans un tulle où un homme l’attend, épousailles bientôt troublées par un autre qui rôde et prend sa place. La jeune femme plonge la tête dans un bac rempli d’eau et reste plusieurs minutes en apnée, comme pour se supprimer. Elle répète trois fois son geste de plongée. La vieille dame la sèche, et plusieurs clairs de lune se succèdent. Le lait versé se mélange à l’eau et la trouble. Un chœur accompagne la séquence et emplit l’espace.

On ne peut qu’être contemplatifs face aux images qui se succèdent et au surnaturel qui plane. L’obscurité règne, les couples se font et se défont, deux hommes nus sont en lutte, l’un tente de noyer l’autre, la vieille femme le sauve et lui donne le sein. Un vélo passe. Des images de piéta se déclinent, entre Madonne et Mater dolorosa sur lumières rouges et au final bruits de tirs ou bien feux d’artifice.

@ Christophe Raynaud de Lage

Le langage scénique pluridisciplinaire que construit Mario Banushi nous fait traverser différents moments et sensations de sa vie. Il repose sur l’héritage émotionnel par les gestes et les visions qu’il fait émerger. Le récit qu’il fait de sa vie à travers les images proposées nous fait parvenir les couleurs et odeurs de la campagne albanaise, pauvre et sans artifice, en même temps qu’il est une porte ouverte sur l’intime et touche au rêve et au mystère. Comme une mélodie en sous-sol l’univers de Mario Banushi n’est pas sans rappeler le temps scellé d’Andreï Tarkovski, qui écrivait : « Si longtemps a-t-on essayé de me convaincre que mes films ne servaient à rien ni à personne, qu’ils étaient incompréhensibles, que ces aveux-là me réchauffaient le cœur, donnaient un sens à mon activité artistique, et confirmaient mon idée que le chemin emprunté ne l’avait pas été par hasard ni en vain… » L’image, chez Mario Banushi, sous-tend une portée philosophique profonde, comme chez Tarkovski. Au sujet de son film, Le Miroir, le réalisateur disait : « Ce film, il faut tout simplement le regarder… Il faut le regarder comme on regarde les étoiles, la mer, ou comme on admire un paysage. C’est que la logique mathématique n’y trouve pas sa place ; elle ne nous expliquera pas ce qu’est l’homme, et quel est le sens de la vie. »

© Andreas Simopoulos for Onassis Stegi

Mario Banushi explore l’invisible et superpose les temps de sa mémoire. Les âges s’effacent dans l’étrangeté des personnages qui arrivent et repartent comme des notes de musique sur une portée musicale, laissant leur empreinte dans une vision fragmentée du temps. Dans son travail l’image transgresse les limites du langage et tord le réel pour mener au plus profond du spirituel et de l’intime.

 Brigitte Rémer, le 21 avril 2026

Avec : Vasiliki Driva, Dimitris Lagos, Eftychia Stefanou, Angeliki Stellatou, Fotis Stratigos, Panagiota Υiagli – collaborateurs artistiques Aimilios Arapoglou, Thanasis Deligiannis – assistanat à la mise en scène Theodora Patiti – collaboration : Marietta Pavlaki, Kostas Chaidos, Sofia Theodorou, Nikoleta Anastasiadou

Du 9 au 16 avril 2026 à 20h sauf lundi, Odéon – Théâtre de l’Europe / Ateliers Berthier, 1, rue André Suarès. 75017. Paris – métro : Porte de Clichy – site : www.theatre-odeon.eu +33 1 44 85 40 40 – site : www.theatre-odeon.eu