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The Hidden Force/ La Force cachée

© Jan Versweyveld

De Stille Kracht, texte Louis Couperus – mise en scène Ivo Van Hove –  Internationaal Theater Amsterdam – en néerlandais soustitré en français – Théâtre de la Ville hors les murs/ Grande Halle de La Villette.

Un dispositif majestueux, immense plancher carré, parquet de bois, et un espace presque nu, mis à part quelques éléments comme un ou deux fauteuils çà et là, une table au loin, un piano à queue, une chaise-bureau ; un immense écran sur trois faces qui au début plante le décor, en encerclant les acteurs du ressac de la mer. Les pluies de mousson et la lourdeur tropicale ponctuent ce temps colonial  du début du XXème, à Labuwangi, sur l’île de Java. Côté cour sont alignés quatre grands portants d’instruments de musique traditionnelle, faits de lamelles de bois verticales qu’un musicien fait délicatement chanter –  le compositeur Harry de Wit, qui, au long du spectacle, mêle musique enregistrée, bruits de la nature, piano et percussions orientales -.

Otto van Oudijck, Résident hollandais, c’est-à-dire Gouverneur, gère attentivement les affaires de l’Île et s’affaire sur sa chaise-bureau devant laquelle il s’agenouille pour travailler (Gijs Scholten van Aschat). Il remplit sa mission en apportant la prospérité à la population locale et ses journées sont dédiées au travail. Autour de lui sa famille prend des libertés, bientôt se désagrège et se délite, mais il ne le voit pas : Léonie sa femme, légère et sûre d’elle, (Halina Reijn) entretient une liaison avec le beau-fils, Théo, (Jip van Den Dool) qui tente d’échapper à l’influence de son père, puis avec Addy le fiancé sang mêlé, (Mingus Dagelet) de sa belle-fille, Doddy (Eva Heijnen). Les indigènes s’affairent, serviteurs de tous les instants qui donnent le côté chromo à ce paysage exotique. Otto ne sent pas davantage monter la révolte, il croit avoir les clés et connaître les codes culturels de ce pays aux croyances ancestrales. Petit à petit l’ambiance s’alourdit dans la chaleur et l’humidité, et conduit au magique et au fantastique. L’inauguration du puits doit calmer les esprits. L’intrigue bascule quand le nouveau Régent, le prince Soenario, succède à son père et couvre les frasques du régent de Ngadjiwa, son frère, qui investit les salaires des fonctionnaires dans le jeu (Barry Emond). Otto van Oudijck le chasse malgré les supplications de la mère du Prince, hiératique et suppliante. La malédiction proférée met en place une révolte qu’on ne peut arrêter. Les forces des ténèbres entrent en action et conduisent à la chute du Gouverneur. Il perd femme, enfants – après en être venu aux mains avec son fils – pouvoir et réputation. La dernière image le montre seul et défait, démis de ses fonctions, vêtu de manière locale et comme perdu, au bas de l’échelle sociale.

À travers son portrait c’est la fin visionnaire de la colonisation hollandaise qui est annoncée. Petit-fils d’un gouverneur général et connaissant bien les indes orientales néerlandaises – actuelle Indonésie – l’auteur, Louis Couperus (1863-1923) grand romancier néerlandais, écrit The Hidden Force après une visite sur l’Île, entre mars 1899 et janvier 1900, moment où la domination coloniale des Pays-Bas est à son apogée. Il écrit sur l’altérité et l’impossibilité de comprendre l’autre, montrant le fossé existant entre une société rationnelle et organisée, l’occidentale, et une société plus mystérieuse, dont les piliers sont la superstition, un certain mysticisme, le culte de la famille. L’auteur décrit deux mondes qui ne se comprennent pas et la lente déchéance du Gouverneur frappé par de mystérieux phénomènes, le chemin jusqu’à son  désaveu et sa disgrâce.

Ivo Van Hove, directeur du Toneelgroep Amsterdam depuis 2001, s’empare du propos et le met en images comme il l’a fait pour Visconti, Shakespeare, Sophocle, Miller et bien d’autres. Il connaît l’univers de Louis Couperus, dont il a mis en scène avec sa troupe, deux autres pièces : Les choses qui passent et Petites Âmes. Il dit de lui qu’il écrit « sans compromis ni verdict moral sur la sexualité, la violence et l’étiquette sociale. » Ivo Van Hove s’intéresse aux émotions humaines qu’il met en musique, texte et image avec des acteurs qu’il guide au plus juste. Il transcrit magnifiquement, avec Jan Versweyveld pour la scénographie et les lumières, l’effet ravageur du climat et le cycle de la nature. Le dispositif permet aux pluies de mousson de tomber sur le plateau, sur les acteurs et le musicien détrempés, ainsi que sur le piano, accompagnant la lente dégradation du destin d’un homme.

Brigitte Rémer, le 10 avril 2019

Avec : Bart Bijnens, Si-Oudijck – Mingus Dagelet, Addy de Luce – Jip van Den Dool, Théo van Oudijck – Barry Emond, Soenario et Régent van Ngadjiwa – Eva Heijnen, Doddy van Oudijck – Halina Reijn, Léonie van Oudijck – Maria Kraakman, Eva Eldersma – Rob Malasch, serviteur – Chris Nietvelt, De Raden-Ajou Pangeran – Massimo Pesik, serviteur – Dewi Reijs, Derip – Michael Schnörr, serviteur – Gijs Scholten van Aschat, Otto van Oudijck – Leon Voorberg, Frans van Helderen. Adaptation et Dramaturgie, Peter van Kraaij – scénographie et lumières, Jan Versweyveld – musique, Harry de Wit – costumes, An D’Huys – chorégraphie, Koen Augustijnen.

Du 4 au 11 avril 2019 – Grande Halle de La Villette – métro : Porte de Pantin – Sites : lavillette.com et theatredelaville-paris.com – Tél : 01 40 03 75 75 et 01 42 74 22 77.

Toutânkhamon, le Trésor du Pharaon

© Laboratoriorosso, Viterbo/Italy – Statuette en bois doré de Toutânkhamon chevauchant une panthère.

Exposition élaborée et réalisée par John Norman, Directeur Général, Expositions, IMG – Tarek El Awady, Commissaire de l’exposition – Vincent Rondot, Directeur du département des Antiquités égyptiennes, musée du Louvre – Dominique Farout, Conseiller scientifique de l’exposition – à la Grande Halle de La Villette.

La Vallée des Rois accueille le visiteur en images dès le hall d’accueil, avec des vues aériennes en 180° des palais des pharaons et des temples de Louxor. Puis les visiteurs entrent, par petits groupes, et se rassemblent devant un écran qui projette, en introduction, une courte séquence sur la découverte de la tombe de Toutânkhamon par Howard Carter en 1922, à Louxor. Ces fouilles, réalisées par l’égyptologue, sont magnifiquement détaillées dans la dernière partie de l’exposition. Il a recensé 5498 objets à l’ouverture de cette tombe inviolée, qu’il a répertoriés, classifiés et étiquetés avec ses équipes. C’est cet admirable travail qui permet de remonter le temps jusqu’en – 3300 avant J.C., de comprendre les croyances et pratiques funéraires de l’Egypte ancienne et d’admirer les cent-cinquante objets présentés ici ayant appartenus au jeune Pharaon Toutânkhamon, 11ème de la XVIIIème dynastie, mort à l’âge de dix-huit ans.

C’est un voyage à travers le Livre des Morts – destiné à aider le défunt sur son chemin vers l’au-delà, et à sa renaissance – qui est proposé au visiteur. On entre dans la pénombre d’une première salle aux lumières tamisées, composée de superbes vitrines qui permettent de voir les objets du Trésor, de tous les côtés. On tourne autour, ce qui donne la possibilité de les regarder derrière autant que devant, et sous tous leurs angles. La circulation se fait de façon fluide et chacun trace son parcours. « Prononcer le nom du défunt, c’est lui donner vie à nouveau », ces mots, ainsi que d’autres, extraits du Livre des Morts, s’inscrivent sur les frontons ou les visuels, ils sont d’autant plus importants que certaines époques ont tenté d’effacer les noms du roi.

Parmi les objets rituels présentés, témoins du passage d’ici-bas à l’au-delà et à la vie éternelle, tous d’une grande beauté, on trouve, à l’entrée de l’exposition, la statue du dieu Amon protégeant Toutânkhamon prêtée par Le Louvre où, Amon au visage intact, protège l’enfant-roi, et leurs deux visages se superposent ; plus loin, Le Roi sur esquif recouvert de feuille d’or ; une barque solaire telle que le dieu Râ, lui-même l’utilisait pour passer des espaces diurnes aux espaces nocturnes. On y trouve les signes de la guerre comme un bouclier de cérémonie en bois doré, des arcs et des flèches dorés, des cimeterres et poignards décorés ; des objets magiques, signes de la protection accordée par les dieux et les déesses au cours du voyage dans l’au-delà ; des statues comme les chaouabtis ces statuettes funéraires représentant le roi et qui porte sur le ventre un chapitre du Livre des Morts, ou encore un impressionnant Gardien du tombeau du roi.

Les objets du quotidien, fragiles et émouvants, renseignent sur le mode de vie du jeune Toutânkhamon : des meubles comme un lit bas aux pieds de félin et panneaux verticaux recouvert de plantes héraldiques de Haute et Basse-Egypte, sa couche probable ; un petit trône en bois incrusté d’ébène et d’ivoire pour l’enfant de huit ans alors nommé Pharaon ; des effigies, coffres, boîtes, cannes magiques ; des vases comme ce vase à onguents, taillé dans la calcite et finement sculpté ; un plateau de jeu miniature ; des gants en lin brodés d’une grande finesse ; De nombreux bijoux comme des amulettes, pendants d’oreilles, diadèmes, pendentifs et pectoraux ouvragés – ainsi ce pectoral avec scarabée en lapis-lazuli, turquoise et cornaline ou ce collier talisman en feuille d’or finement sculptée, trace du rituel d’embaumement réalisé -. Pour entreprendre son voyage vers l’éternité le corps doit être préparé selon un strict rituel et  protocole.

La dernière partie de l’exposition est consacrée à l’égyptologue Howard Carter, découvreur du tombeau après de nombreuses années de travail, accompagné des clichés de la Vallée des Rois prise par le photographe Harry Burton dans les années 1920. Carter y raconte la difficulté de la mission qu’il s’était donnée et son exaltation lors de la découverte. C’est une coupe de faïence sur laquelle était inscrit le nom d’un pharaon inconnu, Toutânkhamon, qui avait retenu son attention, convaincu que le tombeau ne pouvait être loin. Après dix ans de recherche, ce sont les fouilles de la dernière chance, financées par un aristocrate fortuné, Lord Carnarvon, qui ont mené à la découverte du tombeau de Toutânkhamon, la tombe égyptienne la plus complète qu’on ait jamais retrouvée.

Le parcours de l’exposition suit au plus près l’histoire de la découverte dont une des sources relie aussi à la légende d’Osiris, ce dieu qui régna sur l’Égypte avant d’être assassiné par son frère Seth et qui donne lieu à un véritable culte. A travers ces objets magiques et les objets du quotidien se dessine l’histoire et la vie de Toutânkhamon. Une intense émotion se dégage venant notamment de la fragilité des matériaux qui ont traversé le temps, intacts.

La fascination exercée par Toutânkhamon et les mystères de l’au-delà égyptien traverse aussi les années. En 1967 une première exposition avait eu lieu à Paris, au Petit Palais, qui avait attiré de nombreux visiteurs. Cinquante ans après est proposée cette seconde exposition, dans une Grande Halle de La Villette superbement scénographiée pour un parcours unique ponctué par des paysages sonores, bruitages et musiques, qui commentent la séquence et les objets.  Jusqu’en 2022 ces objets voyageront de pays en pays avant de rentrer en Egypte et de prendre place dans leur nouveau musée actuellement en construction, au Caire, futur centre de recherche scientifique, historique et archéologique.

Brigitte Rémer, le 25 mars 2019

Du 23 mars au 15 septembre 2019 – Grande Halle de La Villette, 211 avenue Jean-Jaurès. 75019 – Métro Porte de Pantin – Tél. : 01 40 03 75 75 – L’exposition est présentée par le Ministère des Antiquités égyptiennes, en collaboration avec l’Ambassade d’Égypte et le musée du Louvre.

Photographie ci-dessus : Statuette en bois doré de Toutânkhamon chevauchant une panthère – GEM 11552 – 18e dynastie, règne de Toutânkhamon, 1336 – 1326 av. J.-C. – Bois, feuille d’or, gesso, résine noire, bronze, calcaire (yeux), obsidienne (pupilles), verre (sourcils) – Hauteur (totale) : 85,6 cm – Hauteur (sculpture et piédestal) : 56,4 cm – Longueur (piédestal du Léopard) : 79 cm – Largeur (piédestal du léopard) : 40 cm – Louxor, Vallée des Rois, KV62, chambre du trésor – © Laboratoriorosso, Viterbo/Italy.

Vers le Cap de Bonne-Espérance

© Leila Alaoui – Crossings, installation vidéo en triptyque

Afriques capitales, partie II – Gare Saint-Sauveur de Lille – Commissaire d’exposition Simon Njami.

Après une halte à la Grande Halle de La Villette (cf. notre article du 22 avril) notre voyage africain se poursuit. Le vent gonfle les voiles et nous remontons le fleuve jusqu’à Lille, vers ces Hauts-d’Afriques où les œuvres d’art sont à quai dans la Gare Saint-Sauveur, au cœur de la ville. Elles nous mènent, traversant de nombreux pays, à l’extrême pointe sud de la ville du Cap en Afrique du Sud et à la jonction de plusieurs courants maritimes, vers Bonne-Espérance.

Simon Njami, critique d’art, philosophe et commissaire pour les deux expositions, a pensé Afriques capitales en deux temps, et Lille – après l’exposition de Paris qui se poursuit – fait preuve de la même excellence. Il pose une nouvelle fois, comme il le fait depuis plus de vingt ans, ses fils de trame sur le métier et la question essentielle qui le taraude, la question, en soi, du Nous, selon les mots d’Ernst Bloch qu’il reprend. « Comment fabriquer un monde dans lequel la différence puisse enfin être perçue comme une richesse et non comme une perte ou un viol ? Nous devons nous mettre à l’image des vrais voyageurs, dans la peau de l’autre, de celui dont on va faire la connaissance et découvrir les coutumes » lance- t-il.

Par cette proposition on sort des clichés qui mentent sur l’Afrique et Simon Njami apporte à Lille, ville du carrefour de l’Europe, la complexité des hommes, du continent et des arts africains. « J’aime le voyage parce qu’il me sort de ma zone de confort. Parce qu’il me contraint à user de mon intelligence, c’est-à-dire de ma faculté à comprendre » dit-il. On entre dans cette ancienne gare de marchandises comme dans un lieu sacré où les lumières déclinent et où un clair-obscur accompagne le regard. Une quarantaine d’œuvres sont rassemblées, nous en retenons ici quelques-unes même si toutes ont une histoire d’altérité à raconter, un univers sensible à partager. Un environnement sonore nous accompagne dans les rues des capitales.

Sur un fond solennel de marbre noir zébré de blanc, la photo du Marchand de Venise de Kiluanji Kia Henda, d’Angola nous accueille, elle interroge le passé colonial de manière humoristique. Le Marchand porte cinq ou six cabas, image d’une société qui vit entre pouvoir, tradition et consommation. Puis un textile de grande dimension où se fondent des bleus, des orangés et des noirs profonds attire le regard. Réalisé selon la technique des appliqués par Abdoulaye Konaté, du Mali, Calao représente l’oiseau mythique et protecteur de la tradition bambara qui emporte les âmes mortes vers l’au-delà. Hassan Hajjaj, du Maroc, propose un mur d’images vidéo très colorées, El Fna, portraits en pieds des vendeurs de la place Jemaa el-Fna de Marrakech. On retrouve l’artiste un peu plus loin, dans l’installation d’Hôtel Africa. Dans la pénombre se poursuit notre quête d’Afriques, on passe comme le long d’un quai et regardant par les fenêtres de ce qui pourrait être des wagons, une succession d’œuvres, vidéos et photos signées d’artistes des différents pays. Impression de voyage et de diversité. On y trouve entre autre le triptyque vidéo sur les migrants de Leïla Alaoui – jeune artiste disparue dans l’attentat de Ouagadougou, en 2016 – Crossings, qui évoque le traumatisme de l’exil, par mer, route ou rails et le choc du passage (France/Maroc). Plus loin une scène monumentale retient notre attention, Forgotten’s Tears, sculpture réalisée avec des cuillères tordues, par Fred Tsimba, de Kingshasa (RDC), qui met en scène de manière expressionniste un groupe de personnages entre enfer et paradis ; puis Sweetness, de Meschac Gaba, du Bénin, immense maquette blanche, un paysage urbain réalisé en sucre où l’on tente d’identifier les bâtiments emblématiques du monde entier ici représentés ; derrière, les plissés noirs et blancs de Joël Andrianomearisoa, de Madagascar, intitulés Labyrinthe des passions, légers et monumentaux, en sorte de trompe-l’œil.

De l’autre côté, espace dans l’espace, Hôtel Africa ressemble à un pavillon de banlieue dans lequel on traverse une enfilade de pièces. C’est un concept à la manière de Hôtel Europa qui, depuis 2009 donne aux artistes des espaces de création et permet au public de réserver un petit instant une chambre dans cet hôtel singulier pour boire un verre entre amis. Plusieurs artistes y livrent ici la couleur et l’intensité de leur philosophie de vie. Ainsi le Salon de Hassan Hajjaj, du Maroc crée un mobilier aux couleurs vives avec des objets de récupération, capsules et caisses ; City in transition d’Andrew Tshabangu, photographe de Soweto qui, sous des éclairages surréalistes enfumés, décrit rites et rituels des communautés noires de l’Afrique urbaine ; Tchamba, installation photographique de Nicola Lo Calzo, d’Italie, qui rapporte de deux voyages dans les régions côtières du Togo et du Bénin les traces de l’esclavage colonial ; Bylex Attitude, les petites machines infernales de Pumé Bylex éclairées de manière crue qui font référence à Léonard de Vinci et à Giotto ; Léopard, d’Emilie Régnier, canadienne et haïtienne basée à Dakar, qui décline le motif et la peau du léopard, signe de puissance et de respect, et en recouvre les corps et le mobilier.

Après cette divagation lente et tranquille et avant de sortir, un petit tour en Fantasticité offre aux petits et aux grands de bâtir leur cité utopique avec des briques de couleur mises à disposition. A l’extérieur, une ferme urbaine aux couleurs de l’Afrique permet à Pélagie Gbaguidi, du Bénin, d’interroger la mémoire organique des choses et l’origine de la vie avec une installation intitulée Je vous ai ramené des cailloux de mon escale. Dehors, d’autres oeuvres encore, dont celle de l’égyptien Moataz Nasr, artiste multimédia qui a dessiné comme à l’encre sur un immense mur touchant le ciel les ailes d’un aigle saladin, symbole de son pays. Le spectateur peut y monter, un escalier de chaque côté le lui permet, comme à l’opéra. Là-haut il prend la pose, semblable à Icare ; au-dessus, une inscription au néon : I’m free.

 « Les pays dont on rêve sont souvent plus beaux que ceux que l’on découvre. Nous les forgeons à notre goût, en en dessinant le paysage et en inventant la langue. Les êtres qui les peuplent sont des abstractions qui nous permettent d’explorer notre propre âme » écrit le philosophe Njami que nous ne pouvons que féliciter pour l’exigence de son regard et la réalisation des deux expositions, à Lille et à Paris, à voir absolument.

Brigitte Rémer, le 9 mai 2017

Du 6 avril au 3 septembre 2017, Afriques capitales /Vers le Cap de Bonne Espérance, Gare Saint-Sauveur de Lille, Boulevard Jean-Baptiste Leba, du mercredi au dimanche, de 12h à 19h – et du 29 mars au 28 mai 2017, Parc et Grande Halle de La Villette (jusqu’au 3 septembre 2017 pour les photos présentées dans le Parc de La Villette) – Site : www.garesaintsauveur.com