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Coriolan

© Victor Tonelli

Texte William Shakespeare, traduction Jean-Michel Déprats, mise en scène François Orsoni, au Théâtre de la Bastille.

Après La Mort de Danton de Georg Büchner montée en 2016, puis Monsieur le député de Leonardo Sciascia, présenté en 2018, François Orsoni rembobine le temps et nous mène de Plutarque avec ses Vies des hommes illustres au Vème siècle avant JC, jusqu’au XVIème siècle de Shakespeare. La question du pouvoir et de la démocratie, l’intéresse.

Quand on entre dans la salle du Théâtre de la Bastille on se trouve face à l’Acropol(e) et les acteurs sont en place. La caste patricienne est lascivement installée sur les marches, face au public : telle une Athéna en majesté, la mère de Caius Marcius (Estelle Meyer) surnommé Coriolanus après la prise de la ville de Corioles, appartenant aux Volsques ; Coriolan donc, son fils (Alban Guyon) héros coléreux et violent, dur et hautain, qui a le goût des armes et fut de toutes les guerres que Rome mena contre ses voisins ; Ménésius, (Thomas Landbo) conciliateur pour le sénat, tentant de raisonner le peuple, miséreux, qui leur fait face : deux acteurs dans la salle, assis au même niveau que les spectateurs, l’un côté cour, l’autre côté jardin, qui apostrophent le public (Jean-Louis Coulloc’h et Pascal Tagnati).

Après hésitations et tergiversations Marcius présente sa candidature au consulat et convoite ce sommet de la hiérarchie des magistrats. Il échoue car les citoyens se rebellent, craignant que leurs droits nouvellement acquis leur soient retirés. Chassé par le peuple pour avoir souhaité la disparition du tribunal de la plèbe qui au Sénat représente leurs droits, Marcius/Coriolan est condamné à l’exil, malgré le simulacre de séduction auquel il se prête et la toge d’humilité qu’il revêt. Il change alors de direction et met ses capacités de stratège au service de ses anciens ennemis, les Volsques, se plaçant sous leur protection, avant de revenir mettre le siège devant Rome. Une délégation de femmes menée par sa mère le ramène à la raison, il entend leurs supplications et raccompagne ses troupes aux frontières du territoire romain, retournant chez les Volsques où il est finalement assassiné par une bande de conjurés.

Pièce historique ou bien tragédie, le texte met en exergue l’amour filial et la vertu des héros. C’est une pièce bavarde, qui laisse peu de place à la rêverie et au vagabondage. Les metteurs en scène ne s’y attardent guère. Christian Schiaretti l’avait mise en scène en 2006, plaçant la focale sur l’intemporalité du sujet. Ici les manœuvres politiciennes et l’hostilité du peuple qui sont au cœur de l’histoire en cette époque romaine, nous semblent lointaines, alors qu’elles pourraient nous renvoyer à nos démocraties chancelantes et nos politiques incertains.

Si les acteurs, toujours à vue, tirent leur épingle du jeu, la contemporanéité s’absente et la mise en scène de François Orsoni propose des images datées. Alors, pourquoi ne pas pousser le jeu à l’extrême, dans un grand péplum où ce héros militaire pourrait régner et douter dans sa Rome archaïque, en nous amusant un tout petit peu ?

Brigitte Rémer, le 14 septembre 2022

Avec : Jean-Louis Coulloc’h, Alban Guyon, Thomas Landbo, Estelle Meyer, Pascal Tagnati – bruitage Éléonore Mallo – lumières François Orsoni, Antoine Seigneur-Guerrini – scénographie et costumes Natalia Brilli – photographie François Prost After Party 2018 – régie générale Antoine Seigneur-Guerrini, François Burelli – création sonore et régie son Valentin Chancelle – régie Bastille Erwann Petit.

Du 12 septembre au 7 octobre 2022 à 20h, relâche les dimanches et le jeudi 15 septembre – Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, 75011. Paris – site : www.theatre-bastille.com et www.neneka.fr – tél. : 01 43 57 42 14.