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Josef K

D’après Le Procès de Kafka avec des extraits du Journal de Kafka et Elizaviéta Bam de Daniil Harms – mise en scène et adaptation Clément Poirée, au Théâtre de la Tempête.

@ Fanchon Bilbille

Né en juillet 1883 à Prague, une ville allemande devenue tchèque en l’espace d’une cinquantaine d’années, Kafka a grandi dans le judaïsme. C’est un homme écrasé par la fatalité, qui parle allemand et ne lit pas la littérature tchèque. Kleist et Goethe le captivent. Après des études de droit qu’il effectue à la demande de son père, il travaille dans une compagnie d’assurances sociales où il restera sa vie durant. Max Brod, son grand ami et admirateur de l’oeuvre, écrivain lui-même, dira : « Franz a toujours considéré son métier juridique comme un pis-aller et rêvé d’une autre activité » et il s’acharnera à le faire connaître. Il lui présente notamment l’éditeur Kurt Wolf, malgré ses réticences. De cette rencontre, sa première publication, Betrachtung / Contemplation, est tirée à huit cents exemplaires.

Quand Kafka meurt il n’a publié que six livres qui se sont mal vendus et il lui est difficile de clôturer ses histoires. Le Château comme Le Procès, restent inachevés. Il a par ailleurs laissé de nombreux fragments et ses textes sont parfois difficiles à dater. Et si on lit Kafka aujourd’hui, c’est parce que Max Brod n’a pas suivi les recommandations de son ami. Par deux fois en effet, en 1921 et en 1922, il avait déclaré, sur deux billets qu’il avait laissés, vouloir la destruction de toute son œuvre inédite, après sa mort.

Kafka fascine. L’homme est une énigme. Il est unique dans la littérature du monde, écrit dans ce qu’il nomme son terrier quand il rentre le soir, son écriture, seul dans sa chambre, devient une écriture intérieure. Ses amours, à diverses reprises, tournent court. Kafka est l’homme de l’étrangeté, de l’angoisse et de la solitude, des ténèbres, de la lutte contre le père, de l’espérance du bonheur. Il « reconstruit alors sa vie comme une série de tentations pour s’évader de la sphère du père et pour atteindre des régions qui seraient soustraites à une influence » précise Max Brod.

Pour Alexandre Vialatte, qui fut le premier à le découvrir alors qu’il était correspondant d’une revue française en Allemagne dans les années 20, Kafka est ce qu’on appelle un cas. Vialatte le traduit et le fait publier en France, et tout au long de sa vie écrit sur lui. Il évoque son Innocence diabolique, titre d’un de ses ouvrages et reconnaît que « c’est peut-être dans Le Procès que son noir humour est le plus intense. On dirait un film de Charlot paraphrasant le chapitre de Pascal sur la misère de l’homme sans Dieu. Cette histoire d’un monsieur qu’on arrête (Monsieur K) qui ne sait pas de quoi on l’accuse et qui passe toute sa vie de liberté provisoire à essayer de défendre une cause qu’il ignore, dans un monde que rien n’explique, devant un juge qu’il n’atteint pas, ressemble étrangement à celle des héritiers de la faute originelle… » Telle est l’intrigue du Procès, qui travaille sur la dignité humaine et le principe d’autorité.

@ Fanchon Bilbille

Clément Poirée, directeur du Théâtre de la Tempête, aujourd’hui s’en empare avec inventivité et fluidité, il en signe l’adaptation et la mise en scène et joint d’autres textes au Procès dont le Journal, La Muraille de Chine et autres récits, de Kafka ainsi que Elizaviéta Bam et un extrait du poème Mon amie, de Daniil Harms, poète du début de l’ère soviétique et précurseur de l’absurde. Tout Prague est dans la mise en scène ainsi que l’univers et la singularité de Kafka, avec un Josef K qui se dédouble comme son monde se fractionne entre son travail d’assureur le jour, ses insomnies et écritures de nuit, les rites sociaux incontournables et ce qu’il est vraiment, la tuberculose qui le mine et le désir de vivre envers et contre tout. L’espace scénique créé s’apparente à l’univers psychique de l’inconscient et du rêve, plutôt rêve éveillé et cauchemar. Il joue sur le thème de la fenêtre. Face au spectateur un mur de fenêtres plus opaques que transparentes, renvoient par moments des images abstraites en miroir, ou se couvrent de couleurs en référence peut-être à l’intérieur du cerveau là où notre perception des couleurs est continue (scénographie, Erwan Creff assisté de Caroline Aouin, lumières Guillaume Tesson assisté d’Edith Biscaro, vidéo Thomas Rathier). L’ingénieux dispositif se modifie à souhait et propose au fil de la représentation de nombreuses astuces et figures cachées qui fonctionnent à merveille pour ouvrir sur le fantastique et l’absurde, l’ordinaire et l’extraordinaire.

@ Fanchon Bilbille

Ce thème de la fenêtre traverse l’œuvre de Kafka et me rappelle l’exposition du photographe tchèque, Josef Sudek, Le Monde à ma fenêtre, une correspondance de solitudes. Comme beaucoup d’artistes de sa génération marqués par leur expérience de la guerre, Sudek manifeste une conscience particulièrement aiguë des aspects sombres et tourmentés de l’existence humaine, l’univers de Kafka lui emboîte le pas (cf. ubiquité-cultures du 13 septembre 2016). « Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie » dit Baudelaire. Autre thème qu’on retrouve chez Kafka et qui est bien présent dans la mise en scène de Clément Poirée, celui de la nuit et du lit, emblématique chez Kafka qui passe souvent des nuits sans sommeil, ou des nuits où les rêves et les hallucinations mangent le sommeil. Son Journal en atteste. Avant même que ne s’éteigne la salle, Josef K est dans son lit. Il ne dort pas il cauchemarde. Quand s’éteint la lumière ses cauchemars s’abattent sur lui et nous place d’emblée dans le vif du sujet. Un ange noir descend du ciel (le circassien Riccardo Pedri) et deux inspecteurs l’encadrent (Aymeric Trionfo, garde – Julien Villa, garde, bloch), le questionnent, l’habillent et le traînent chez le juge d’instruction. Il est en état d’arrestation.

Ce Josef K qui dans son roman Le Château écrit en 1922, se nommait seulement K (cf. notre article du 3 novembre 2021 sur le spectacle de Régis Hébette une belle adaptation et mise en scène du Château) poursuivi par des autorités invisibles et mystérieuses, est là encore contraint de se cacher jusqu’à sa comparution, même s’il ne sait pas de quoi on l’accuse. Pascal Cesari interprète le rôle dans ses différentes facettes avec beaucoup de justesse. Face au cérémonial judiciaire on ne le sent pas vraiment accablé, il garde la force de s’opposer, dénonçant « la clique d’êtres corrompus. » Dans le labyrinthe du Palais de justice pourtant il s’égare et cherche la sortie. Son père, présent sur scène, le charge (Matthieu Marie), comme dans la vie de Kafka qui cherche à s’émanciper à travers les quarante-huit pages de sa Lettre au père qu’il écrit à trente-six ans, où il tente d’expliquer avec délicatesse et sans haine, les raisons de leur conflit et les conséquences sur lui : « Tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d’habitude je n’ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m’inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence… »

Le climat du fantastique monte tout au long du spectacle et l’acteur est aux frontières de la folie, de l’autodestruction, de l’angoisse et de la culpabilité, jusqu’à son assassinat d’un coup de poignard dans le cœur, absurde et irréel. Pour l’auteur Jorge Luis Borges « Le destin de Kafka consista à transformer les événements et les agonies en fables » et pour Félix Guattari, psychanalyste et philosophe, partie prenante au moment de l’exposition Le Siècle de Kafka présentée au Centre Georges Pompidou en 1984 « il ne déchiffre pas seulement le monde qui l’entoure comme un visionnaire mais comme quelqu’un qui compose une musique en train de se faire et qui ne manque pas de se produire… »

@ Fanchon Bilbille

Clément Poirée nous immerge dans l’œuvre labyrinthique et troublée de Kafka avec bonheur et restitue avec son équipe les obsessions, simulacres, fantasmes, désirs et peurs de Josef K. Une partition musicale ponctue l’action avec subtilité (signée Stéphanie Gibert assistée de Farid Laroussi), et l’accompagne dans ses démêlés-fiction avec la justice.  « Et voilà que des forces neuves accourent. C’est justement ce qui s’appelle vivre… » écrivait aussi Kafka.

Brigitte Rémer, le 12 septembre 2026

Avec : Pascal Cesari, Joseph K – Jeanne Lepers, actrice, ELIZAVIETA BAM – Matthieu Marie, père de K – Riccardo Pedri, circassien – Lauren Pineau-Orcier, Léni, assistante avocat robe rouge – Nanténé Traoré, avocate – Aymeric Trionfo, garde – Julien Villa, garde, bloch. Collaboration à la mise en scène Sylvain Dufour – scénographie, accessoires, Erwan Creff assisté de Caroline Aouin – lumières Guillaume Tesson assisté d’Edith Biscaro – musiques, son Stéphanie Gibert assistée de Farid Laroussi – costumes Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy – maquillages et perruques Pauline Bry-Martin – habillage Emilie Lechevalier et Solène Truong – vidéo Thomas Rathier – régie générale Yan Dekel – construction du décor Émilie Braun.

Du 11 septembre au 18 octobre 2026, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h – Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ de Manœuvre. 75012. Paris – métro : Château de Vincennes, et navette du Théâtre – tél. : 01 43 28 36 36 – site : www. la-tempete.fr

Les Enivrés

© Hélène Bozzi

Texte d’Ivan Viripaev – Traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel – Mise en scène Clément Poirée – au Théâtre de la Tempête.

Deux heures vingt du délirium tremens de quatorze personnages, en réflexion métaphysique sur l’amour et sur Dieu. Huit acteurs pour les interpréter, qui crient, vocifèrent, délirent, se déclarent, s’empoignent et s’écroulent. L’insobriété commence dans le bar du théâtre où le public s’entasse avant d’entrer et se poursuit dans la désagrégation de parcours approximatifs.

L’auteur, Ivan Viripaev, directeur artistique du Théâtre Praktika de Moscou, est né à Irkoutsk en Sibérie orientale, en 1974. Il y fait le Conservatoire, après un parcours personnel, de son propre aveu chaotique. Il crée sa compagnie en 1998 et écrit. Sa première pièce, Rêves, remporte un vif succès, ses textes sont joués à l’étranger, notamment en Allemagne et en Pologne. Ses traducteurs, Tania Moguilevskaia et Gilles Morel, connaissent bien son univers, ils sont les passeurs d’une grande partie de ses textes, en France.

Le théâtre de Viripaev joue avec les limites et on ne sait dans quel registre s’inscrit Les Enivrés, tragique ou comique, grotesque ou décadent, métaphorique ou hyper réaliste, lyrique ou pathétique. Est-on en enfer ou au paradis ? La scénographie structure cet Armaguédon : le plateau tourne, à l’endroit comme à l’envers, avec deux cercles indépendants qui se meuvent aussi à contre sens. Les acteurs travaillent le déséquilibre, jouent le chaos et déambulent vers nulle part. C’est pour eux incontestablement un exercice de style auquel ils prennent un certain plaisir. Selon la vitesse du plateau, le spectateur a lui aussi la sensation de tituber.

Ce bateau ivre pourtant nous saoule, même si le spectateur reçoit des sms d’avant-spectacle comme avis de Tempête, le mettant en condition, messages que décline le poème baudelairien du Spleen de Paris, « Enivrez-vous. » On est ici plus près des Fleurs du mal que de tout Spleen.

« Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Sur le plateau la suite est tout autre et l’ivresse peu poétique ni spirituelle – juste spiritueuse – même si l’on brandit le nom de Dieu et joue avec le comme si de l’amour.  On est dans un tracé à gros traits, sans logique dramaturgique et le côté loufoco-baroque du début de la pièce s’évapore très vite. C’est un spectacle du vide sidéral – celui de notre époque, peut-être – et le metteur en scène, Clément Poirée, maître de cérémonie pour la soirée, remplit les verres dès qu’ils sont vides.

Brigitte Rémer, le 24 septembre 2018

Avec : John Arnold, Aurélia Arto, Camille Bernon, Bruno Blairet, Camille Cobbi, Thibault Lacroix, Matthieu Marie, Mélanie Menu – scénographie Erwan Creff – lumières Elsa Revol assistée de Sébastien Marc – costumes Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy – musiques Stéphanie Gibert – maquillages Pauline Bry – peinture décor Caroline Aouin – collaboration artistique Margaux Eskenazi – régie générale Farid Laroussi – Le texte est publié aux Solitaires Intempestifs.

Théâtre de la Tempête – route du Champ-de-Manœuvre. 75012 Paris – métro Château de Vincennes puis navette Cartoucherie ou bus 112 – Site : www.la-tempete.fr – Tél. : 01 43 28 36 36

 

La Vie est un Songe

© Antonia Bozzi

Texte de Pedro Calderón de la Barca – Texte français de Céline Zins – Mise en scène Clément Poirée – Théâtre de la Tempête/Cartoucherie de Vincennes.

Auteur de plus de deux cents textes dramatiques de différentes factures – auto sacramental, comédie, pièce lyrique, drame historique – La Vie est un Songe est une des pièces les plus connues de Pedro Calderón de la Barca, grand maître du baroque espagnol, avec Cervantès et Lope de Vega. Porteuse du symbole universel du destin tragique de l’homme à travers son héros, Sigismond, la pièce date de 1635. Jerzy Grotowski avait ressorti de l’ombre le nom de Calderón avec le Prince constant, pièce écrite en 1929 qu’il avait mise en scène en 1965, et qui devint emblématique de ses théories sur l’acteur, dans le dialogue engagé avec Ryszard Cieslak.

Il y a beaucoup d’imagination et d’esprit dans La Vie est un Songe. Les intrigues se nouent et se dénouent, le balancier de l’illusion et de la réalité et les jeux de rôles en sont les ingrédients. Nous sommes en Pologne – une Pologne de fiction – proche d’un château inventé de toutes pièces. L’action se déroule en trois journées : A sa naissance, il est dit que Sigismond détrônerait son père, le roi Basile, et se comporterait en tyran. Fort de cette présomption, le roi enferme son fils dans une forteresse. Quelques années plus tard, pour vérifier le bien-fondé de la prédiction, il le fait transporter au Palais sous forte dose de somnifères, lui redonne son rang et le met à l’épreuve. Sigismond se réveille dans un lit princier au son d’un orchestre et avec force serviteurs intronisés par un majordome, caricatural et ridicule. Mais, comme le veut l’histoire, il abuse de son pouvoir, tue et viole. On le remet en prison tandis que le roi désigne son successeur, Astolphe. Quand les somnifères ont cessé d’agir, le prisonnier raconte à Clothalde, son geôlier, ce qu’il croit avoir vécu en rêve. Et quand le peuple découvre que l’héritier de la couronne est emprisonné et privé de ses droits, il le fait libérer. Dans la joute qui oppose Sigismond à son père, le roi est vaincu, mais ne s’enfuit pas. Et soudain la situation s’inverse, la réconciliation entre le père et le fils fait basculer la pièce, avec la volonté, pour Sigismond, de briser le tabou de sa naissance.

Parallèlement au déroulé de l’histoire se brodent des intrigues amoureuses comme autant de digressions : Rosaura voudrait reconquérir son bien-aimé, Astolphe, le potentiel successeur au trône qui se dit prêt à épouser sa cousine, Etoile. Elle rencontre Sigismond, et tous deux allient leurs malheurs. Mais quand elle est arrêtée par Clothalde, personnage plutôt rude, il découvre que c’est de sa propre fille qu’il s’agit, fait marche arrière et ne dit mot de leur lien familial. On épargne la vie de Rosaura et on la nomme dame d’honneur d’Etoile, qui épouse Sigismond, tandis qu’elle, épouse Astolphe, qui l’avait auparavant trahie. Le bon ordre – voulu par Dieu – est restauré au Royaume de Pologne et la morale est sauve. Ainsi l’écheveau de la vie où s’entremêlent cauchemars et rêves essaie de se dénouer, et le spectateur tente d’en suivre les épisodes.

Clément Poirée, nouveau directeur du Théâtre de la Tempête depuis début 2017, s’attaque à un monument du Siècle d’or espagnol. Il utilise le plateau dans toute sa profondeur et le transforme en territoire shakespearien, construisant une passerelle pour prolonger l’espace scénique jusque dans la salle. Il joue avec le propos de l’apparence et de l’illusion, du jeu dans le jeu, la scénographie d’Erwan Creff et les lumières de Kevin Briard le servent avec talent. Des néons dessinent des ogives et d’épaisses toiles brunes font office de reliefs ou de tentures dans le royal château. Du côté des acteurs on trouve des disparités mais chacun joue sa partition baroque avec l’énergie qui sert l’histoire – parfois confuse – et son personnage. La pièce maîtresse repose sur le choix de l’acteur qui interprète avec agilité le rôle de Sigismond, Makita Samba, et qui inscrit d’emblée sa différence – il est d’origine sénégalaise -. Le choix du metteur en scène est juste, il incarne le rejet et la force du mal aux pulsions non maitrisées dans la première partie de la pièce, avant de s’inscrire dans le rachat final. « S’il est vrai que je rêve, suspendez ma mémoire.. » dit Sigismond, écartelé ; John Arnold, Basile est un père vociférant et hâbleur dont le côté excessif prête à sourire ; Pierre Duprat un Astolphe dandy ; Thibaut Corrion est Clairon, valet de Rosaura et Laurent Ménoret, Clothalde le geôlier et père de Rosaura, tous deux remplissent leurs rôles de petits soldats. Le traitement des femmes est assez discutable, Morgane Nairaud en Rosaura s’en sort bien au début de la pièce quand elle est travestie en homme et rencontre sans le savoir, son père, on la perd ensuite dans la littérature caldéronienne et Louise Coldefy, dans le rôle d’Étoile, s’hystérise comme une poupée barbie, sans doute est-ce là le choix du metteur en scène.

Quoiqu’il en soit la machine fonctionne, avec ses faces cachées et ses labyrinthes, avec ses sentiments contradictoires qui dessinent l’étrange destinée de Sigismond dans son passage à l’âge adulte. La pièce débute avec des militaires marchant dans la neige – on est en Pologne -. Le passage d’un avion en rase motte donne le signal de la déconstruction de cette cruelle machination politique. Sur fond d’orage et d’éclairs, comme une fin du monde, le plateau tout à coup s’embrase et vire au rouge, et la couronne s’envole. On est dans le démesure et le féérique avec une théâtralité qui place acteurs comme spectateurs entre rêve et réalité.

Brigitte Rémer, le 28 septembre 2017

Avec : John Arnold, Basile – Louise Coldefy, Étoile – Thibaut Corrion, Clairon – Pierre Duprat, Astolphe – Laurent Ménoret, Clothalde – Morgane Nairaud, Rosaura – Makita Samba, Sigismond – Henri de Vasselot, Le Musicien. Scénographie, Erwan Creff – lumières, Kevin Briard assisté de Laurent Cupif – costumes, Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy – musiques et son, Stéphanie Gibert assistée de Michaël Bennoun – maquillages et coiffures, Pauline Bry – collaboration artistique, Margaux Eskenazi – régie générale, Farid Laroussi – habillage, Emilie Lechevalier. Le texte est publié par Gallimard-Le Manteau d’Arlequin.

Théâtre de la Tempête/Cartoucherie de Vincennes. Route du Champ-de-Manœuvre. 75012 Paris – www.la-tempete.fr Tél. 01 43 28 36 36. Accès métro ligne 1 jusqu’au terminus Château de Vincennes (sortie 6) puis bus 112 ou navette Cartoucherie.