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Justiça Cega / Aveugle justice

Texte et mise en scène de Sara de Castro, avec des citations de Gaya de Medeiros, Nuno Pinheiro et Teresa Coutinho – traduction en français Joanna Cameira Gomes (Portugal) – dans le cadre de Chantiers d’Europe – Théâtre de la Ville Sarah Bernhardt/La Coupole.

© Carlos Fernandes

C’est autour de la justice que Sara de Castro utilisant le passé pour parler du présent, s’interroge. On juge une femme accusée d’avoir tué son enfant. L’accusée garde le silence quant aux raisons de son geste tandis que son destin est en jeu et qu’autour d’elle se débattent et argumentent juge et avocates.

De l’innommable, à partir d’un fait divers réel et contemporain, son récit nous mène dans la mythologie, avec d’une part Médée sur le devant de la scène, d’autre part la figure de la Llorona / la femme qui pleure, figure de l’imaginaire latino-américain. « Quelle femme êtes-vous ? » demande-t-on, à l’accusée : « La Llorona, une lionne » répond-elle. Et plus tard, « Celle qui a fait l’inconcevable… » Lumières et sons accompagnent l’aveu. (lumières de Teresa Antunes, musique Rui Lima et Sérgio Martins). On ne saura rien de plus.

© Pat Cividanes

La scénographie (Eric da Costa) repose sur une plateforme haute recouverte de lambeaux de tapis, la tribune des juge, procureur et avocats. C’est un chœur de femmes qui porte ici le récit où chacune tour à tour devient l’accusée et où la figure de la Justice – surprise – est représentée par une enfant qui prend des notes, observe, et accompagne le cours des choses. Peut-être est-ce la représentation de cette enfant assassinée… « Les lois nous te les avons enseignées » dit Athéna, protectrice de la Cité.

Le spectacle explore les zones d’ombre et angles morts de la justice, les préjugés et récits qui façonnent notre jugement, la violence, symbolique et autre faite aux femmes. Il est rythmé par différents moments de crise, actes de folie et d’égarement, chants, échos et gestes, récits d’abandon, dénonciation d’un monde masculin cruel.

Labyrinthique, l’enquête judiciaire fait figure d’oratorio des faubourgs et nous perd un peu dans la superposition des époques. Tour à tour accusée, avocate, juge et procureure, la femme est au cœur du sujet.

Les intentions de l’auteure et metteuse en scène, Sara de Castro – déconstruire les fondements de la justice – sont généreux, et sa direction d’actrices met en jeu le collectif dans un travail très transversal. Comédienne, metteuse en scène, pédagogue et dramaturge formée à l’École supérieure de théâtre et cinéma de Lisbonne, elle a travaillé avec les figures majeures du théâtre portugais, a été associée au Teatro O Bando pendant plus d’une quinzaine d’années et mène une importante activité pédagogique à l’école Chapitô. Son travail est présenté pour la première fois en France.

Brigitte Rémer, le 3 juillet 2026

© Pat Cividanes

Avec : Ana Brandão, Ana Ribeiro, Carla Galvão en alternance avec Teresa Coutinho, Gaya de Medeiros et Ema de Castro Silva. Scénographie Eric da Costa – lumières Teresa Antunes – musique Rui Lima, Sérgio Martins – conseil dramaturgique Ana Pais, Nuno Pinheiro – Conseil dramaturgique pour la culture classique Sofia Frade – appui à la dramaturgie dans le domaine juridique Joana Neto – conseil artistique Rui M. Silva – photographie et création graphique Pat Cividanes – production Dentro do Covil – direction de production et surtitrage Luna Rebelo – En partenariat avec la Fondation Calouste Gulbenkian.

Spectacle présenté es 29 et 30 juin à 19h, au Théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt / La Coupole, 2 place du Châtelet. 75004. Paris – métro : Châtelet – tél. : +33 (0) 42 74 22 77 – site : theatredelaville-paris.com