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Le Pansori

© Centre Culturel Coréen – Paris

Parmi les nombreuses activités que propose le Centre Culturel Coréen à Paris en ses magnifiques locaux, une session intitulée À la découverte du pansori avait été proposée, en collaboration avec la septième édition du festival K-Vox. Dans ce cadre, deux spectacles du collectif Ip Soa Son ont été programmés : « Ce que le Père fait est bien fait » et « Les Misérables – Gavroche. »

En introduction à ce cycle, une remarquable conférence-spectacle a été donnée par Hervé Péjaudier et Han Yumi qui en assurait la modération. La chanteuse Kim Sojin avait exceptionnellement accepté d’y participer en chantant le Pansori classique et moderne, pour appuyer la démonstration des conférenciers, accompagnée du tambour de Lee Hyangha.

© Centre Culturel Coréen – Paris

Né au XVIIIème siècle, le pansori, entre culture savante et culture populaire, est le reflet de l’âme coréenne. A l’origine, c’était un théâtre de rue et de foire que l’on présentait sur la place du village. Pan signifie la place, Sori évoque le récit, la musique, le jeu et le chant. Cinq grands classiques composent cet art intangible aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Formé de syncopes, le chant passe de l’extrême aigu au grave, le tambour l’accompagne et la chanteuse, éventail en mains, s’adresse au public en esquissant quelques gestes expressifs. Certains passages sont parlés, d’autres chantés, six rythmes principaux et trois modes caractérisent le pansori qui respecte les cinq grands principes de Confucius. C’est une expression qui joue de simplicité en même temps que de complexité, parle de respect et de transgression, d’amour, de moralité et d’immoralité.

Au XIXème siècle, Shin Jae-Hyo, musicologue, a fixé la forme de ce récit chanté et recueilli les textes constituant un corpus de cinq pièces qui demeurent jusqu’à aujourd’hui. L’impact de son travail est essentiel pour le pansori. La transmission se fait oralement et une fois devenu maître, chacun cherche sa propre couleur de création. Le maître et l’élève se font face, le maître bat le tambour et l’élève répète, phrase après phrase, jusqu’à tout mémoriser. Aujourd’hui, les séances sont enregistrées. Tous, après avoir appris, l’enseignent à leur tour. Il n’y a pas de notation, chaque élève invente son alphabet et note ses propres repères par de petites cases et différentes couleurs.

Au XXème siècle le roi fit construire à Séoul un théâtre pour le pansori. Les troupes se sont alors professionnalisées et ont ouvert leurs recherches sur de nouvelles formes. Ainsi le changgeuk s’inspire fortement de l’opéra occidental. La renaissance du pansori se précise notamment après la guerre avec le Japon et se développe fortement dans les années 1960, tant dans les formes de pansori classique que dans le pansori de création.

Ponctuée par le chant puissant de Kim Sojin, la conférence-démonstration sur le pansori proposée par le Centre culturel Coréen a fait salle comble, Hervé Péjaudier et Han Yumi ont démontré à quel point le travail d’apprentissage était exigeant. Derrière cette forme artistique venue de loin, se dessinent l’univers traditionnel coréen et l’identité coréenne qu’il est passionnant de découvrir et/ou d’approfondir. Aujourd’hui, la relève est prise et le pansori continue à transmettre ses valeurs à de nouveaux publics, les deux spectacles proposés au Centre Culturel dans le cadre de ce cycle, en témoignent. Une tournée en France est proposée dans plusieurs villes de France pour diffuser la Culture Coréenne en fête, dont en novembre à Montpellier le festival Corée d’ici 2021. A ne pas manquer !

Brigitte Rémer, le 5 novembre 2021

Centre Culturel Coréen, auditorium, 20 rue La Boétie, 75008. Métro : Miromesnil – site www.coree-culture.org – tél. : 01 47 29 84 15 / 93 86 – Festival Corée d’ici 2021, à Montpellier, du 10 au 27 novembre, site : www.festivalcoreedici.com

Palais royaux de Corée

Sanctuaire de Jongmyo © Seo Heon-gang

Le Centre Culturel Coréen de Paris, comme tous les lieux culturels de France, entre en convalescence et ouvre ses portes le 19 mai. Il présente, quelques jours seulement, jusqu’au 22 mai, une remarquable exposition, avant qu’elle ne parte en tournée. A ne pas rater !

Les Palais royaux de Corée invitent à une flânerie poétique entre histoire, philosophie et art. L’histoire raconte que la dynastie Joseon a régné en Corée pendant plus de cinq siècles, de 1392 à 1910, et laisse une élégante trace à travers ces Palais royaux. La construction du Palais royal principal, Gyeongbokgung débute trois ans après le début de la dynastie, quand le roi Taejo décide de déplacer la capitale de Gaegyeong (aujourd’hui Kaesong, en Corée du Nord), à Hanyang, (aujourd’hui Séoul). Situé au pied du mont granitique Bugaksan, ce premier Palais scelle l’implantation de la dynastie dans la nouvelle capitale.

En 1398, le roi Jeongjong fait marche arrière et relocalise la capitale à Gaegyeong. Elle n’y reste pas longtemps car son successeur le roi Taejong décide, en 1405, de la réimplanter à Hanyang/Séoul. Il y adjoint un palais secondaire, Changdeokgung, achevé en 1412, bien intégré à la topographie et à l’environnement. Ce palais fera souvent fonction de palais principal. En 1483, Le roi Seongjong agrandit le palais et ses alentours et lui donne pour nouveau nom Changgyeonggung. Il en fait le lieu de la résidence royale tandis que Changdeokgung devient le lieu des affaires politiques. L’ensemble forme le Palais de l’Est (Donggwol).

Détruits par l’invasion japonaise, en 1592, les trois palais de Gyeongbokgung, Changdeokgung et Changgyeonggung seront reconstruits : Changdeokgung en 1610, qui servira de palais principal. Gyeongbokgung en 1867, que le roi Gojong utilisera comme palais royal pendant presque tout son règne puis qu’il promouvra trente ans plus tard au rang de palais impérial, après la création de l’Empire Coréen et son élévation au rang d’empereur. Suite à son abdication forcée, en 1907, le palais sera re-baptisé Deoksugung.

 On entre dans l’exposition par le Palais royal principal, Gyeongbokgung, signe de la dynastie Joseon, construit à partir de 1395. La salle du trône (Geunjeongjeon) de deux étages se dresse au centre d’une vaste cour pavée, bordée de deux rangées de pierres de rang déterminant la place de chaque fonctionnaire en fonction de sa position hiérarchique. Des photos grand format contrecollées sur aluminium font découvrir l’intérieur et l’extérieur du palais (photographies de Seo Heon-gang). L’intérieur est couvert de peintures polychromes aux couleurs vives représentant tous les symboles royaux de Corée. Un peu plus loin, les images de Park Jong-woo font voyager le visiteur d’un palais à l’autre. Le photographe et réalisateur de documentaires retransmet en trois dimensions sur des murs d’images qui nous encerclent ce patrimoine, fait de douceur et de gravité.

Changdeokgung, anciennement palais secondaire, est le modèle parfait d’harmonie avec la nature. Il est inscrit au patrimoine mondial Unesco depuis 1997. Édifié en 1405 il fut reconstruit à plusieurs reprises, après différentes destructions. A l’arrière du palais se trouve un superbe jardin (Huwon) et un étang (Buyongji), à la fois lieu de détente et lieu ouvert pour l’éducation. Des pavillons en forme de lotus ont été construits, sobres et intégrés dans la nature. Deoksugung a subi de nombreux préjudices lors de l’invasion japonaise, dont la vente d’une partie de son terrain. Dans la salle du trône (Chunghwajeon) se tiennent les événements officiels et se déroulent les cérémonies. Détruit en 1904 par un incendie, le palais fut reconstruit deux ans plus tard, sur un seul étage.

Changgyeonggung, une partie du Palais de l’Est, a subi de nombreuses destructions et autant de mutations. Ses travaux de rénovation ont débuté en 1983, lui permettant de retrouver son statut de palais royal. Incendiée en 1592 et reconstruite en 1616, la salle du trône (pavillon Myeongjeongjeon) n’était pas prévue comme espace politique mais pour l’accueil des trois reines mères. Le palais Changdeokgung (rebaptisé Gyeonghuigung en 1760), qui possédait plus d’une centaine de bâtiments dont un certain nombre avaient été détruits, fut reconstruit par la ville de Séoul après une longue période de fouilles, entre 1987 et 2002.

Le sanctuaire royal de Jongmyo, le plus important du pays, qui rassemble les tablettes royales ancestrales de la période Joseon a été reconstruit en 1608. Il se compose d’un espace rituel principal et d’un espace annexe pour la préparation des cérémonies. Majestueux dans sa sobriété, le bâtiment est sans ornementation. Il est inscrit depuis 1995 sur la liste du patrimoine mondial Unesco, ainsi que le rituel royal, les musiques et les danses, dans le cadre du patrimoine immatériel de l’humanité. Une grande plateforme pavée sur laquelle un long chemin dessert les différentes salles, le sépare du monde. Sur l’image proposée, l’alignement d’une vingtaine de fenêtres éclairées dans la régularité et la répétition architecturale offre aux musiciens et danseurs un espace dédié aux cérémonies rituelles. Une photo de l’intérieur montre les officiants se préparer, dans le silence et avec une grande solennité, tous gestes suspendus.

L’exposition se termine par une belle surprise, haute en couleurs, le mariage du roi Yeongjo et de la reine Jeongsun, cérémonie dite sobre – le roi ayant perdu sa première épouse plusieurs années auparavant et ayant respecté un long deuil – extraordinaire mise en scène de la cérémonie reconstituée en figurines de papier traditionnel coréen sculpté, le Hanji. La plasticienne Yang Mi-young fabrique elle-même son Hanji à la main, une pâte de fibre de mûrier qu’elle teint de couleurs précieuses, papier qui traverse des milliers d’années sans se dégrader. Elle a passé plus de trois ans avec une équipe de six personnes pour la réalisation de ce chef d’œuvre qui comprend plus de 500 figurines de papier, hautes de vingt-cinq centimètres, formant un défilé posé sur une longue table en U : cortège de soldats tenant bannières et arbalètes, infanterie et cavalerie, carrosses tirés par des rangées de chevaux, chapeaux selon le rang. Chaque visage est travaillé et dégage une expression différente. Yang Mi-young avait été reconnue artiste de l’année en 2016, au Salon du Patrimoine.

Le protocole du mariage royal est illustré dans l’un des 297 manuscrits royaux réalisés en 1759, (Uigwe), que l’armée française avait dérobés lors d’une expédition en Corée à la fin du XIXème siècle, et qu’elle avait gardés pendant cent quarante-cinq ans. Ils lui ont été « prêtés » plutôt que restitués, il y a une dizaine d’années. Dans ce livre magique dont une copie est exposée,1299 personnes et 379 chevaux sont représentés.

L’exposition Les Palais royaux de Corée est une magnifique proposition du directeur du Centre Culturel Coréen, Hae-oung John, exposition de trésors nationaux vivement recommandée. Inauguré il y a un an dans son nouvel écrin après avoir quitté l’avenue d’Iéna, le nouveau Centre situé rue la Boétie est superbement rénové et accueillant pour découvrir la culture coréenne royale et populaire.

Brigitte Rémer, le 15 mai 2021

Reprise de l’exposition du 19 au 22 mai 2021, (initialement prévue du 16 décembre 2020 au 26 février 2021) – Centre culturel Coréen, 20 rue la Boétie, 75008. Paris – tél. : +33 (0) 1 47 20 83 86 – site : www.coree-culture.org

Palais royaux de Corée ©Centre Culturel Coréen

Figurines de papier Hanji © Centre Culturel Coréen