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Byblos, Cité millénaire du Liban

© Philippe Maillard (1)

Exposition organisée par l’Institut du monde arabe et le ministère libanais de la Culture/Direction générale des antiquités (DGA), avec la collaboration du musée du Louvre, à l’Institut du Monde Arabe, Paris. Commissariat général Dr Tania Zaven, archéologue, directrice du site de Byblos – Derniers jours.

Byblos est une des villes parmi les plus anciennes au monde qui a connu une apogée durant la période néolithique. Des fouilles archéologiques y sont entreprises depuis les années 1860. En 2018, on retrouve plusieurs puits et chambres funéraires, les hypogées, qui constituent une nécropole quasi intacte remontant à 4000 ans. De nombreux objets présentés dans l’exposition proviennent des tombes des rois de Byblos, même si la ville n’a pas encore livré tous ses secrets.

© Philippe Maillard (2)

L’exposition a eu des difficultés pour arriver jusqu’à Paris. Une première fois en 2024 elle avait été reportée, à la suite de l’escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah et des bombardements subis. Elle a finalement débuté en mars 2026 et se termine à la fin du mois d’août. La Commissaire générale en est Dr Tania Zaven, archéologue, directrice du site de Byblos du Mont-Liban nord et du programme Byblos Hypogeum à la Direction Générale des Antiquités du Liban. Elle est assistée de Dr Martine Francis-Allouche – pour la section Byblos et la mer – archéologue au Collège de France, co-directrice du programme de recherche Byblos ; et du Dr Julien Chanteau – pour la sous-section Les dernières découvertes – archéologue au département des Antiquités orientales du musée du Louvre, directeur des fouilles du programme Byblos Hypogeum.

À travers cette Cité millénaire du Liban, Byblos, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, c’est 9000 ans de l’histoire du Liban qui nous sont racontés. Quatre cents pièces sont présentées dont certaines n’étaient jamais sorties du pays, dont d’autres sont absentes pour raison de guerre n’ayant pu être acheminées jusqu’à Paris, leur place est réservée. L’exposition est conçue dans la chronologie des civilisations qui ont marqué la ville et dévoile les trésors découverts dans la nécropole royale et les temples de Byblos – poteries et céramiques, vaisselle d’or et d’argent, amphores, amulettes, parures en or incrustées de pierres fines, armes d’apparat, miroirs…

On peut y comprendre Byblos durant le Néolithique, à partir des vestiges de trois villages d’agriculteurs-éleveurs et de pêcheurs, parmi lesquels l’outillage et la poterie ; observer le développement de la ville et de son système portuaire à l’âge du bronze (IIIème millénaire avant J.-C.) quand Byblos devient un carrefour terrestre et maritime pour les échanges commerciaux avec les empires successifs égyptien, hittites d’Anatolie, assyrien, babylonien, perse, grec et romain ; suivre les interactions avec l’Égypte, notamment dans le commerce du cèdre et les échanges avec les Pharaons, Amenemhat III et IV qui avaient choisi ce bois pour la construction des Pyramides, mais aussi pour ses senteurs, ses résines utilisées pour la momification et la fabrication des barques sacrées ; suivre l’apparition de l’écriture dans ce centre du commerce du papyrus où on trouve les plus anciennes inscriptions en langue phénicienne et l’élaboration de l’alphabet donc les Grecs et les Romains seront les héritiers.

© Brigitte Rémer (3)

L’exposition débute dans une grande salle où une installation impressionnante d’une trentaine d’ancres en pierre, retrouvées au fond de la mer, ont été posées comme dans un cimetière marin. Ces ancres se trouvaient dans les temples et avaient un rôle utilitaire et symbolique, certaines étaient offertes comme ex-votos. Piquées dans le sable elles ressemblent à des pierres tombales et c’est magnifiquement réalisé. Autour, les traces des échanges commerciaux notamment avec l’Égypte, et Byblos comme plaque tournante du commerce autour de ses activités portuaires.

© Brigitte Rémer (4)

Puis on pénètre dans la Nécropole de Byblos – autre très grande salle – qui contenait plus de deux mille tombes, dans ses rites et cérémonies funéraires pendant l’âge de bronze. La plupart étaient des inhumations dans des jarres contenant une grande variété d’objets funéraires tels que des poteries dont certaines aux motifs géométriques et céramiques, ivoire, os, pierre, métal, des éléments de parure en cornaline, en cristal de roche et en coquille d’autruche. Une hiérarchisation sociale s’établissait sur la base du mobilier funéraire. Des figurines en faïence tels qu’hippopotames, singes, bélier, chat, et personnages, une obélisque portant une inscription hiéroglyphique au nom d’Abishemou prince de Byblos, un bracelet et une bague en or décorée d’un scarabée en améthyste, des haches fenestrées à manche décoré ou à décor animalier, une jarre à bec verseur importée de Crète, un ensemble de figurines en bronze parfois rehaussées d’or, découvertes sur toute l’acropole du site et des statuettes anthropomorphes et zoomorphes réalisées en bronze, en argent et en or vraisemblablement des ex-votos sont autant d’objets remarquables présentés dans l’exposition.

On traverse une installation vidéo immersive du réalisateur libanais Vatche Boulghourjian, qui nous plonge au cœur des fouilles et c’est fascinant d’observer ce minutieux travail, avant d’arriver du côté des écritures phéniciennes et de l’évolution des transcriptions, avec ces nombreuses inscriptions phéniciennes découvertes, notamment sur le sarcophage du roi de Byblos, Ahiram, datant du 1er millénaire avant J.-C. et qui sont à l’origine de nos alphabets. Les tablettes en argile qui en attestent et font fonction de lettres adressées sont très émouvantes. Une des pièces maitresses de l’exposition est aussi la mosaïque de L’enlèvement d’Europe, datant de la fin du IIe / début du IIIe siècle après J.-C. qui illustre le mythe fondateur où Zeus métamorphosé en taureau blanc enlève la princesse phénicienne Europe pour l’emmener vers la Crète.

© Philippe Maillard (5)

Tous ces objets sont magnifiquement mis en valeur dans différents types de vitrines, accompagnés des cartels qui guident le visiteur à travers les époques. Byblos, Cité millénaire du Liban nous place au coeur de ce pays carrefour du Moyen-Orient, par la lecture qui est donnée des fouilles entreprises depuis un siècle et demi. Le parcours est passionnant. Ce passage d’un simple village de pêcheurs au néolithique devenu premier port maritime international au monde dans les périodes suivantes, témoigne d’un art de vivre à Byblos, par les objets du quotidien autant que d’un grand raffinement à travers les rites funéraires et objets de la mort.

Plusieurs institutions ont prêté leur concours à la mise en œuvre de cet événement culturel magnifiquement présenté – nous ne pouvons toutes les citer – et résultat d’un fructueux échange entre et le ministère libanais de la Culture/Direction générale des antiquités (DGA), en collaboration avec le musée du Louvre et l’Institut du Monde Arabe. Le Commissariat général par Dr Tania Zaven, archéologue, directrice du site de Byblos et ses équipes ont magnifiquement travaillé pour que vivent ces œuvres quelques mois à Paris, on ne peut que les remercier.

Brigitte Rémer, le 3 août 2026

Visuels : (1) – Figurines divines, Byblos, temple aux Obélisque, âge du Bronze, bronze et feuille d’or Beyrouth,  Ministère de la Culture / Direction Générale des Antiquités du Liban © Philippe Maillard. (2) –Plaque avec inscription gravée en écriture pseudo-hiéroglyphique, Byblos, 2e millénaire av. J.-C., Alliage de cuivre, Beyrouth, Ministère de la Culture / Direction Générale des Antiquités du Liban © Philippe Maillard. (3) – Première salle de l’exposition avec l’installation des Ancres votives, âge du bronze, calcaire, Byblos, et environnement audiovisuel © Brigitte Rémer. (4) – Vitrine avec Mobilier d’accompagnement, pots, cruches, vases, bols, Byblos, période chalcolithique,  terre cuite © Brigitte Rémer – (5) – Mosaïque représentant l’enlèvement d’Europe, Byblos, époque romaine, fin IIe- début IIIe siècle, Beyrouth Ministère de la Culture / Direction Générale des Antiquités du Liban © Philippe Maillard. (6) – Marquage de l’emplacement des objets qui n’ont pu être acheminés à Paris pour raison de guerre © Brigitte Rémer.

© Brigitte Rémer (6)

Byblos, Cité millénaire du Liban est présentée du 24 mars au 23 août 2026 à l’Institut du monde arabe – Salles d’expositions temporaires (niveaux 1 et 2) – du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 19h – Horaires d’été à partir du 1er juillet 2026 : du mardi au vendredi de 11h à 19h, le samedi de 11h à 20h, dimanche de 11h à 19h (Fermeture des caisses 45 minutes avant – fermé le lundi) – Le catalogue est publié sous la direction de Tania Zaven aux éditions Sans Égal (30 euros).

IMA – 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V, 75005. Paris – métro : Jussieu, Cardinal-Lemoine, Sully-Morland – tél. : +33(0) 1 40 51 38 38 – site : www.imarabe.org