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Wolf

Spectacle de l’Ensemble Circa (Australie), direction artistique et scénographie Yaron Lifschitz – avec Shea Baker, Malte Gerhardt, Lisa Goldsworthy, Jordan Hart, Barney Herrmann, Rosa Mordaunt, Luke Pearce, Georgia Pozorski, Kimberley Rossi, Zachery Stephens, Lachlan Sukroo – au Théâtre Silvia Monfort, Paris.

© Andy Phillipson

C’est un spectacle tout en souplesse tant athlétique que chorégraphique. Les acrobates-danseurs font corps dans l’intercommunication, la fraternité et une réelle solidarité qui s’établit entre eux. Les pyramides qu’ils construisent, savantes et collectives, reposent sur des figures et équilibres fragiles qu’ils maitrisent magnifiquement, jouant de la gravité. La réception au sol est féline, élégante. À l’écoute les uns des autres et dans l’action permanente, ils sont aux aguets et font meute.

Le rythme est donné par la bande-son basée sur les percussions, qui appelle le côté sauvage et qui transmet l’énergie (création sonore Ori Lichtik). Ils portent des justaucorps coupés au genoux et surtout rayés chacun de manière différente, qui créent des effets d’optique dignes de l’Op art (création costumes Libby McDonnell). Les enchaînements sophistiqués se construisent dans une vitalité concentrée, un praticable blanc en fond de scène leur permettant apparitions et disparitions. Ils sont virtuoses dans leur art plein de raffinement.

© Andy Phillipson

Figures à deux, trois, quatre ou onze, ils montent toujours plus haut, dans des écritures élaborées et réglées au cordeau. Les femmes, comme les hommes, sont porteuses et les rôles sont interchangeables. Certaines séquences sont conçues pour sangles aériennes dans des technicités d’une grande habileté et habitées par la même élégance. Les passages de main à main ont la précision d’un engrenage d’horlogerie.

Créée en 2004, la compagnie Circa – anciennement Rock’n’Roll Circus – est basée à Brisbane, en Australie, mais parcourt le monde – New York, Londres, Berlin, Montréal etc. sont dans sa géographie. Yaron Lifschitz, directeur artistique mène l’Ensemble et se reconnaît dans trois mots-clés : qualité, audace et humanité. Il a, à son actif, de nombreux spectacles et événements culturels et artistiques dans le domaine de l’opéra, du théâtre et du cirque. Circa transmet l’image d’un cirque contemporain très performant et chorégraphié, plein de grâce. La troupe avait présenté au printemps dernier à la Philharmonie de Paris En masse, spectacle basé sur les musiques de Schubert et Stravinsky, autant dire que la danse et le cirque sont étroitement  mêlés.

Avec Wolf son nouveau spectacle, l’Ensemble Circa joue sur les extraordinaires portés et sauts, sur les mouvements coulés qui jamais ne s’arrêtent. Le geste est épuré, inventif et esthétique. Puissance et émotion se dégagent du spectacle qui repousse loin les limites de la pesanteur et fait preuve d’une extraordinaire vitalité. À peine ont-ils posé le pied au sol et les voici à nouveau haut perchés, le rythme du spectacle ne laisse aucun répit, la virtuosité est de chaque moment. Chapeau bas, on ne peut qu’admirer le travail et la maîtrise des acrobates-danseurs, l’inventivité du spectacle.

Brigitte Rémer, le 22 janvier 2026

© Andy Phillipson

Direction artistique et scénographie Yaron Lifschitz – Interprètes de l’Ensemble Circa : Shea Baker, Malte Gerhardt, Lisa Goldsworthy, Jordan Hart, Barney Herrmann, Rosa Mordaunt, Luke Pearce, Georgia Pozorski, Kimberley Rossi, Zachery Stephens, Lachlan Sukroo – création sonore Ori Lichtik – création lumière Alex Berlage – création costumes Libby McDonnell. Production Circa, Chamäleon Theatre Berlin – coproduction La Comète – Scène nationale de Châlons-en-Champagne – Diffusion française Antonin Coutouly, Kinetic Tour – Circa bénéficie du soutien du gouvernement australien.

Du 14 au 24 janvier 2026, mardi au vendredi à 20h30, samedi à 17h et 20h30, dimanche à 16h, au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion. 75015. Paris – tél. : 01 56 08 33 88 – site : theatresilviamonfort.eu

Le chemin du wombat au nez poilu

Spectacle tout public – chorégraphie et mise en scène Joanne Leighton – narration et danse Flore Khoury et Marie Tassin – au Centre national de la danse/CND, à Pantin – avec Chaillot/Théâtre national de la Danse.

© Patrick Berger

Le conte fantastique que nous sommes invités à entendre et à voir emmène le spectateur au cœur de la faune et de la flore, en Australie, pays d’origine de la chorégraphe et pédagogue belge, Joanne Leighton dont la compagnie, WLDN est installée en Ile-de-France. La narration, la danse et la vidéo sont à l’œuvre pour créer une pièce des plus poétiques.

Le parcours débute dans le cosmos, avec la naissance du monde, dans le presque noir au plateau, pour se construire autour du rêve et s’éclairer de reliefs géographiques et climatiques qui ne nous sont pas forcément familiers, sauf autour de la problématique des enjeux écologiques, qui s’inscrit en filigrane.

Deux conteuses-danseuses, (Flore Khoury et Marie Tassin), font appel au récit, aux couleurs, à l’air, au son – vents, pluies, crépitements… (de Peter Crosbie), aux images sur grand écran (de Flavie Trichet-Lespagnol), avec un formidable naturel en même temps qu’une savante précision. Elles puisent dans différents vocabulaires tels que mime, danse, attitudes et signes et libèrent une gestuelle libre, fluide et imagée qui accompagne le texte, porté avec humour et finesse.

© Patrick Berger

La scénographie (de Romain de Lagarde, qui signe aussi la lumière) à peine suggérée par un amas de plastiques repliés, gris poubelle, qui au final, représenteront les montagnes et serviront de caverne protectrice quand les éléments se déchaîneront et que les incendies feront rage. L’environnement physique du pays passe par le texte et l’image et nous plonge dans la forêt tropicale et les fleurs sauvages des hauts plateaux, les déserts du centre du pays, les forêts d’Eucalyptus et de sorbiers, les mangroves des régions côtières, les buissons épineux de la savane.

Le texte, issu des légendes et traditions orales du pays, sert de fil narratif à ce voyage et fait vivre les animaux. Nous sommes au pays des koalas et des kangourous, figures totems d’Australie qui abrite de nombreuses espèces de marsupiaux, et nous découvrons une sorte de ferme des animaux à la Orwell. Ici ni pouvoir ni révolte sauf celle de la nature, maltraitée par les hommes. On y croise entre autres Lady Souris, Serpent Arc-en-ciel, Dingo – les dingos sont comme des chiens sauvages – et le Wombat, de son nom aborigène, sorte d’ourson brun dont il existe une espèce à nez poilu, d’où le titre du spectacle, Le chemin du wombat au nez poilu. Il habite les forêts montagneuses et creuse de vastes terriers qu’il défend contre les intrus. Dans le spectacle, il se fera protecteur des animaux menacés et leur ouvrira grand sa porte, transformant son terrier en Arche de Noé.

© Patrick Berger

La chorégraphe-metteuse en scène qui s’est toujours impliquée dans le domaine de l’éducation artistique et culturelle, ne déplie pas seulement un livre d’images en mouvement mais questionne aussi les enjeux écologiques actuels. Joanne Leighton réussit à trouver un savant équilibre entre les différents éléments du spectacle, mêlant une part du réel à la fantaisie. « Avec Le chemin du wombat au nez poilu, je cherche à raconter autant qu’à danser les récits, les histoires, les rêves de mon pays natal » dit-elle.

Ce voyage solaire, minéral et végétal est aussi, par le biais des animaux, un superbe récit de l’aventure humaine. Les deux interprètes le traduisent avec beaucoup d’inventivité et de délicatesse. La complémentarité qu’elles ont su trouver, créant, au-delà des mots, une gestuelle complice et en écho, sert magnifiquement le spectacle.

Brigitte Rémer, le 3 mars 2024

© Patrick Berger

Avec Flore Khoury et Marie Tassin, collaboratrice artistique Marie Fonte – textes Marie Fonte, Flore Khoury, Joanne Leighton, Marie Tassin – création sonore et musique Peter Crosbie – Images Flavie Trichet-Lespagnol – lumière et scénographie Romain de Lagarde – régie générale François Biet – administration Anna Erbibou – production, communication Lola Bizeau.

Du 27 février au 2 mars 2024 – Centre National de la Danse, 1 rue Victor Hugo, 93500. Pantin – métro Hoche – tél. : 01 41 83 27 27 – site : cwww.cnd.fr et magazine.cnd.fr – Chaillot/Théâtre national de la Danse www.theatre-chaillot.fr