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Vudú (3318) Blixen

Texte, mise en scène, scénographie, costumes Angélica Liddell – lumière Javier Ruiz de Alegría – son Antonio Navarro – dresseurs d’oiseaux Tristan Plot, Simon Thuriet – spectacle en espagnol, surtitré en français et en anglais – à l’Odéon/Théâtre de l’Europe.

© Luca del Pia

On connaît Angélica Liddell dans la provocation et les extrêmes, elle avait présenté à l’Odéon/Théâtre de l’Europe en 2022 son spectacle Liebestod – qui signifie littéralement mort d’amour, titre en référence à l’opéra de Wagner, Tristan et Isolde. Elle prenait la corrida pour métaphore. En 2024 ce fut Dämon/les funérailles de Bergman, créé pour le Festival d’Avignon et repris à l’Odéon en octobre (cf. notre article du 14 octobre 2024).

Vudú, (3318) Blixen, qu’elle présente aujourd’hui, est le premier volet de « La Trilogie des funérailles » dont Dämon est le second, et Seppuku/les funérailles de Mishima, le troisième. La performeuse y met en scène ses propres funérailles dans la dernière partie du spectacle, qui se déroule dans la chambre rouge du film de Bergman Cris et Chuchotements, introduisant Dämon.

© Luca del Pia

 Le spectacle est en cinq parties comprenant deux suspensions-respirations de cinq minutes et deux pauses de quinze. D’une durée de 5h50 il s’inspire de l’auteure suédoise Karen Blixen (1995-1962) baronne Blixen, qui écrivait depuis l’âge de dix-neuf ans sous différents pseudonymes, donc Isak Dinesen dans les pays anglo-saxons, Tania Blixen et Osceola. On la connaît surtout pour son récit La Ferme africaine dont Sydney Pollack a tiré le film Out of Africa, oscarisé, en 1985, et pour Anecdotes du destin à partir duquel le réalisateur Gabriel Axel a réalisé le film Le Festin de Babette, en 1987. Comme Karen Blixen – dans ses noces avec l’Afrique où elle passe plus d’une quinzaine d’années, au Kenya – dans son rapport au magique et sa supplique au diable pour qu’il lui accorde le don de l’écriture, lui permettant de transformer en histoire tout ce qu’elle vivrait et expérimenterait, Angélica Liddell contracte à son tour, dans Vudú, un pacte avec le diable au même titre d’exorcisme.

L’anathème qu’elle adresse à l’amant qui l’a laissée sur le carreau est sans appel. Elle célèbre avec lui ses noces en enfer, et comme « l’enfer c’est les autres » lui jette à la figure tous les reproches accumulés, dans une grande violence. Se superposent le monde de Blixen à celui de Liddell qui, à un carrefour de vie, crache son venin et son chagrin sur celui qui signe une trahison amoureuse des plus destructrices. Elle lance ses imprécations des ténèbres jusqu’à bout de souffle, jusqu’à la dépossession et la mort. « Le seul but de l’amour sera le combat » énonce-t-elle. Elle monte sur scène en combattante et fait tourner dans sa centrifugeuse personnelle toutes les invectives et blessures du monde, un grigri à la main, distribuant les mauvais sorts et tentant d’émerger, derrière sa logorrhée qu’elle distille à vitesse grand V dans la première partie du spectacle.

© Luca del Pia

Dans sa construction dramaturgique la référence à ses parents revient de manière récurrente : « Il a fallu que mon père meurt, que ma mère meurt, que mon espoir meurt… » dit-elle du fond du tissu bleu qui la cerne, plus léoparde que Vierge Marie, tout de rouge vêtue sous son manteau félin, pour pasticher et déstructurer la chanson de Brel, Ne me quitte pas – titre de cette première partie – et comme si elle se moquait d’elle-même. Plus tard c’est Joe Dassin qui, curieusement, lui rend visite et qu’elle fera entendre, cultivant la provocation. Passent des images qui seront aussi comme des leitmotivs : quatre petites filles habillées de blanc ouvrent le spectacle et tournent les pages d’un livre qui visiblement les effraie, et qui s’enfuient en criant ; brassées de fleurs blanches, rouges ou jaunes  que la performeuse dispose méthodiquement sur le sol comme sur son autel du sacrifice ; sylphides aux longs cheveux, nues souvent, visages peinturlurés de signes noirs, mi-tatouages mi-scarifications ; petit prince qui traverse la scène à maintes reprises accompagné d’un adulte enturbanné, habillé, plus tard plus dénudé, ou emmitouflé dans un anorak, ou encore yeux bandés, ou portant une couronne d’épines, comme l’agneau du sacrifice.

Dans le second tableau, L’heure est venue, Angelica Liddell jette des sorts et donne ses prédictions. Elle est assise en peignoir blanc à côté de ce qui pourrait ressembler à une énorme grenade. Dans le calme retrouvé, en apparence, elle fait le récit de sa traversée amoureuse et de l’écroulement. Elle raconte le séducteur, les promesses, les mensonges, « le psychopathe qui corrompt tout ce qui ne l’intéresse plus » et lance les insultes. Elle décrit par le menu le psychodrame traversé avec lui, la lâcheté, l’infidélité, l’abandon, le mal. Ojalá, si seulement ! lance-t-elle avec mépris dans la souffrance et la dévastation. Quelques personnages passent, comme ce jeune couple, sur lequel elle pose quelques gestes rituels.

On entre avec le troisième tableau, Desire, dans l’astéroïde 3318 de Karen Blixen découvert au Danemark en 1985, une formation du système solaire située entre les orbites de Mars et de Jupiter. Le plateau se transforme en lieu d’expérimentation à la manière de l’artiste autrichien contemporain Herman Nitsch, entre happening et performance portés par le mouvement Fluxus, qui traverse les arts visuels, la musique, l’architecture et la littérature. Angélica Liddell fait gicler la peinture rouge comme le sang et résonner la Symphonie n° 9 de Nitsch, The Egyptian, aux vibrations de fin du monde. Un vieux couple tout de blanc vêtu chapeau claque et tulle blanc se marie. Angélica dégaine son couteau, jalousie peut-être. Sur scène on plume des volailles, sur l’image de fond de scène une chèvre est vidée de son sang appelant le sacrifice. Un curé visage peint traverse le plateau tenant deux perroquets, trois chaises roulantes dans lesquelles ont pris place trois vieilles dames tricoteuses sont poussées par des infirmiers. Du sable blanc – ou du riz pour fêter le mariage – est répandu au sol, dans lequel un homme se roule et grave son empreinte, des scènes de dévoration se jouent, les sylphides en robe de couleurs traversent le plateau, tantôt à la verticale tantôt en troupeau d’ovins dans leur instinct grégaire. Cette partie propose une multitude de gestes symboliques exécutés par la performeuse qui convoque ses visions, et de références tant de cinéastes dont Andrzej Zulawski réalisateur de L’important c’est d’aimer, que de plasticiens. Elle est entourée de six acteurs et de nombreux figurants.

© Luca del Pia

La partie quatre s’ouvre sur la citation de Goethe dans La Fiancée de Corinthe où une jeune femme morte se relève pour retrouver son fiancé et se transforme en vampire. Hommes et femmes portent des croix et on assiste au lavement des pieds comme un jeudi saint sur fond de chant flamenco. Du sang leur est versé dans les mains, un rituel se met en place au rythme du fifre. Angélica Liddell détient le Grand Livre, est-ce le pacte signé avec le diable, son livre de l’intranquillité, ou sa vérité ? « Appelle-moi Ismaïl ! » ordonne-t-elle et elle endosse le rôle du Messie, distribuant le pain et le poisson aux prélats chargés de gestes symboliques qui vont jusqu’à noyer les livres dont chacun s’est emparé. Des chants accompagnent le rituel. Le jeune garçon a disparu, ne reste qu’un anorak vide. On voyage entre le rêve et la malédiction, le mystère, le délire et les fantasmes, la messe noire, les envolées et le retour au réalisme. Les imprécations réduisant en pièces l’ancien amant reprennent de plus belle dans toute leur violence et restent le fil conducteur de sa pelote de haine. « On voit mieux Dieu depuis l’enfer » dit-elle, créant son petit enfer d’une causticité inépuisable sur scène, comme une inépuisée. Passe un cercueil blanc sur une charrette au son du blues.

La cinquième et dernière partie du spectacle nous ramène sur terre où Liddell à travers Blixen évoque la vieillesse, la décadence et la dépendance. Accompagnée de trois prêtres, elle est habillée de blanc. Faisant face au public, deux cercueils blancs posés sur tissus rouge, rideau de fond de scène rouge de même, la chambre qui ouvrira Dämon pour parler de Bergman. Elle lit ses directives, donc l’orchestration de son cérémonial final. Dernière pirouette de la performeuse, une jeune femme black, de blanc vêtu, entre sur scène, on l’installe dans le cercueil pendant que résonnent les nombreux coups de canon de ses dernières volontés. L’image de Liddell en première communiante se superpose à la présence de la jeune femme qui, un peu plus tard ressort de la boîte tandis que s’envole un corbeau et qu’un chant de joie en espagnol, Alegría, traverse la scène sous la baguette d’Angélica Liddell grande cheffe d’orchestre.

Vudú (3318) Blixen débute dans une grande agitation pour ne pas dire confusion pleine d’onomatopées et d’invectives. Le spectacle se structure et s’enrichit à chaque étape, entre la violence sourde et l’explosion. Angélica Liddell garde le secret et le cap, porteuse d’une grande poésie visuelle qui se réinvente et dessine sa cohérence au fil des heures qui passent. À tout moment le spectateur pourtant peut trébucher entre le pire et le meilleur, entendant jusqu’à sa souffrance à travers les mots jetés et son franc-parler, observant les gestes de la cruauté et sa résistance. On peut penser à Georges Bataille, sa réflexion sur le sacré et la transgression, l’érotisme et la mort, l’être et le non être ou à Antonin Artaud qui fait délirer l’art. Comme lui elle a le sens du jeu et de la mise en scène et mêle son expérience personnelle à sa création. La performeuse est l’incandescence même, le diable et le verbe incarnés et si elle ne transforme pas le plomb en or elle transforme l’amertume et le mal, en esthétique et en art.

Brigitte Rémer, le 3 avril 2026

Texte, mise en scène, scénographie, costumes Angélica Liddell – lumière Javier Ruiz de Alegría – son Antonio Navarro – dresseurs d’oiseaux Tristan Plot, Simon Thuriet – avec les acteurs : Yuri Ananiev, Guillaume Costanza, Ugo Giacomazzi, Angélica Liddel, Mouradi M’Chinda, Juan Carlos Panduro, Gumersindo Puche. Avec  les figurants, en alternance : Cyriaque Alarcos, Thaïs Ben-Haïm Durbant, Francine Billard, Marek Boyreau, Lorys Camara Massicot, Eléonore Cervera, Ethan Chaneac, Fanny Cirou Waysfeld, Estelle Courret, Hugo Dartois, Adrienne De Nexon, Leonard De Sagazan / Morgensztern, Clément Dintilhac, Safya Dramé, Thomas Dutay Balcarce, Célia Dumont-Malet, Juliette Gadrat, Régine Geraud, Héloise Ghaleh Marzban, Adam Ghosn-Sordet, Lola Ghosn-Sordet, Cécile Goetz, Avril Gout, Effie Grandjean, Patrick Grandjean, Lisa Grandmottet, Jade Guisguillert, Maxime Hastoy, Zelig Hohenberg Tobaly, Selma Hubert, Arthur Igual Pomponi, Emma Kabouche, Léa Keiflin, Ekaterina Khamraeva, Margot Le Bidan, Loéline Le Rest, Sophia Liverton, Françoise Loreau, Laure Marion, Margaux Maugendre, Pauline Milhet, Elie Mortane, Judith Pascal-Stibbe, Jean- Michel Peteilh, Fabien Ratisseau, Ayden Rochelle, Mathild Schaller, Nahla Sobihi Descotes, Joy Souque, Laura Tinard, Carmen Tomasini, Zakelina Varesis, Margaux Wiersch – durée 5h30 (avec quatre entractes – Le texte est publié aux Solitaires intempestifs.

Du 27 mars au 12 avril 2026, du jeudi au samedi à 18h, le dimanche à 15h, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon. 75006. Paris – métro : Odéon – site : www.odeon-odeon.fr – tél. : 01 44 85 40 40

Dämon – El funeral de Bergman

Spectacle d’Angelica Liddell, en espagnol, français, suédois, surtitré en français et en anglais, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

© Christophe Raynaud de Lage

Un cor de chasse lance la traque. Le pape flambant blanc aux chaussures vernis rouge sur tapis rouge fait le compte des fauteuils roulants déposés en file indienne, côté cour. Lève-toi et marche ! pense-t-on, le pape, ou Angelica Liddell, feront-t-ils un miracle ? Un chant aigu semblable à un cri strident passe la transparence des rideaux qui ferment les espaces de part et d’autre du plateau. On entre chez les revenants, par l’entremise du metteur en scène, scénariste et réalisateur suédois Ingmar Bergman (1918/2007) et de ses démons dans lesquels la metteure en scène se reconnaît. « Le théâtre est la porte de l’enfer » lance -t-elle, comme une dämone.

Une bande son au rythme autoritaire accompagne le personnage de petite taille qui traverse le plateau d’un pas décidé, porteur d’un blason-tête de mort et de lunettes noires, avant de s’arrêter au centre du plateau. Serait-ce la mort ? Des croque-morts viennent le chercher et l’on entend quelques phrases sorties du carnet de travail de Bergman, en juin 1964 : « Quand je mourrai tu porteras mon cercueil jusqu’à ma tombe… » Ce carnet noir sera le fil rouge du spectacle pour une Angelica Liddell toréadore.

Seule en scène, elle entre, socquettes blanches et talons noirs, nuisette transparente ouverte sur un corps nu, s’empare d’un broc d’eau et d’un bidet posé en fond de scène et se lave les parties intimes, en prenant son temps. Elle poursuit son rituel, remplissant d’eau souillée un goupillon, en bénit la foule avant de ranger ses accessoires. Lecture de la lettre de Saint-Paul aux Corinthiens, issue du carnet noir de Bergman. Liddell achète ses lettres d’indulgence.

Elle écorche ensuite avec brutalité la critique, en nommant les signataires de papiers incendiaires et cite, pour chacune et chacun, les extraits incriminés. Polémique à Avignon où le spectacle a été créé, liberté d’expression, pour tous ? Suit un texte au micro « Nous nous sommes éloignés comme deux mouettes sur deux mers… » puis une danse, avant qu’elle ne se jette dans une harangue des plus violentes, sur le thème Je plains les gens, quelle est cruelle la vie des gens – dont on comprendra plus tard la référence à August Strindberg, que Bergman admirait – logorrhée qui montera en puissance pendant une quinzaine de minutes comme un océan démonté sur fond d’orgues solennelles. Insultes, menaces, apostrophes et vociférations se déclinent dans les différents registres de sa voix, entre psalmodies et litanies. C’est l’Armageddon, avec une Érinye dans sa toute-puissante, s’attaquant aux trahisons conjugales et hypocrisies morales, aux comportements, à l’image sociale. Dans sa conversation, Dieu n’est jamais très loin, celui à qui « on parle quand il n’y a plus personne avec qui parler » dit-elle, repris par une chambre d’écho. Elle dégaine Artaud dans sa folie et son poème, la vieillesse dans les zones blanches du cerveau, le réel et l’irréel, la mort qu’elle interroge et le royaume des morts qu’elle habite. Un chant solo perce.

© Christophe Raynaud de Lage

Arrivent les anciens qui s’installent dans la file des fauteuils roulants, les croque-morts portant nez rouge guidant un brancard avec roulettes qui fait des tours de plateau où une ancienne, souffrante, est allongée, sous l’égide de l’Évangile selon Saint-Jean (21.18), « En vérité, en vérité, je te le dis : quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais, mais quand tu seras devenu vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. » Elle se met à courir à contre-courant, s’enfuyant peut-être d’elle-même, avant de monter sur ce lit à roulettes. Drôle de vision d’un monde en décomposition, où les thanatopracteurs nus disjonctent et se fouettent, semblant prêts, eux aussi, à passer du côté des enfers.

Entrent quatre jeunes femmes, accompagnées d’un garçon d’une dizaine d’années, yeux bandés portant la jupe rouge du sacrifice, suivis du pape en fauteuil roulant, soutane retroussée, sexe bien visible qu’elle viendra provoquer. Un ancien, nu, porte au bras un ruban de deuil, fantasme d’un enterrement, celui du pape ou celui de Bergman. Une musique électro-acoustique accompagne le rituel de transgression et de provocation et les anciens placent leurs fauteuils en ligne, face au public et s’installent dedans. Tout s’affole au son de la sirène. Passent devant eux les jeunes femmes, nues, telles des nymphes qui effleurent leurs visages, images de ce qu’ils furent dans une jeunesse éloignée. Un aveugle, nu et peint en rouge passe avec son guide, tous montent du fond de la scène marquant un geste d’offrande, une danse par couple s’organise, une procession de fauteuils se prépare au son d’une fanfare. On ne sait plus si on est chez Fellini ou chez Bergman, le pape semble sur le déclin.

© Christophe Raynaud de Lage

Et l’on égrène quelques-uns des films réalisés par Bergman dont Persona, en 1966, l’année de la naissance d’Angélica Liddell comme elle le fait remarquer, Cris et Chuchotements en 1972, Saraband en 2003, son dernier film. L’auteur de La Danse de mort, du Songe et d’Inferno entre autres, August Strindberg, inspira le réalisateur dans ses plongées vertigineuses sur les thèmes de l’incommunicabilité, de la difficulté du couple et de la folie. Puis l’instant solennel arrive, celui du cercueil de Bergman porté par quatre personnes accompagnées d’une pasteure et d’une violoncelliste, cercueil de bois inspiré de celui du pape. Des sirènes, puis des avions, des bruits de guerre, guerre intérieure peut-être, couvrent la voix qui célèbre l’ode funèbre et la musique du violoncelle. Le personnage du début de la pièce porteur du blason-tête de mort, repasse, oiseau de mauvais augure. Portant l’habit de deuil, Angélica Liddell prend place près du cercueil et redevenue petite fille, ou nonne en prise d’habit, se propose comme dernière épouse. Le spectacle se ferme avec une réflexion sur le temps assassin et sans échappatoire, sur la peur de la mort.

Dans sa radicalité, Angélica Liddell – entourée des acteurs du Dramaten/Théâtre Dramatique Royal de Suède que Bergman avait dirigé un temps, et des collaborateurs de sa compagnie – explore l’idée de la mort et Dämon en est le second volet. Le premier, Vaudou, célébrait ses propres funérailles. L’idée de la référence à Ingmar Bergman lui est venue après avoir vu comment le réalisateur avait planifié ses funérailles, s’inspirant de celles du Pape Jean-Paul II, en 2005. « Lorsque j’ai su qu’Ingmar Bergman avait écrit le scénario de ses funérailles, j’ai considéré qu’il s’agissait là de sa dernière œuvre » dit-elle. Étranges noces entre Bergman dans son silence et son intimité et Liddell dans ses rêves et excès, dans ses extravagances et ses ruptures fondamentales, dans ses extrêmes.

Brigitte Rémer, le 10 octobre 2024

Texte, mise en scène, scénographie, costumes, Angélica Liddell – lumière Mark Van Denesse – son Antonio Navarro – assistanat à la mise en scène Borja López – traduction pour le surtitrage Christilla Vasserot (français), 36caracteres (anglais) – régie plateau Nicolas Chevallier – direction technique André Pato – production Gumersindo Puche.

Avec : Ahimsa, Yuri Ananiev, Nicolas Chevallier, Guillaume Costanza, Electra Hallman, Elin Klinga, Angélica Liddell, Borja López, Tina Pour-Davoy, Sindo Puche, Daniel Richard, Nemanja Stojanovic – et la collaboration de l’habilleuse du Dramaten, Erika Hagberg, et de David Abad – et les figurants : Patricia Burkhalter, Francine Billard, Paule Coste, Jean-Luc Couton, Léa Delaporte, Annette Ecckhout, Christian Ecckhout, Louise Greggory, Jeanne Heuclin, Pierre Hoffmann, Dominique Houdart, Manon Hugny, Daphné Lanne, Françoise Loreau, Perrine Mechekour, Julia Pal, Kenza Vannoni – la violoncelliste Laura Meilland – les enfants en alternance Axel Delage, Adam Ghosn-Sordet, Ange Tomasini – et la voix de Jonas Bergström –Dämon, les funérailles de Bergman, trilogie des funérailles / tome 2, de Angélica Liddell, traduit par Christilla Vasserot est publié aux Solitaires intempestifs/ Domaine étranger. Le spectacle a été créé au Festival d’Avignon le 29 juin 2024.