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Mama

© Christophe Raynaud de Lage

Texte et mise en scène Ahmed El Attar – Spectacle en langue arabe, surtitré en français – Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

Mama raconte, par les quatorze acteurs présents sur scène, l’histoire d’une famille de la bourgeoisie égyptienne. Un grand canapé central type copie du XVIIIème résume l’affrontement de trois générations où les petits drames ont valeur de grands scénarios. Dans une scénographie de Hussein Baydoun, l’espace est cerné de barres métalliques, symbole de piège ou bien d’enfermement.

En scène, côté cour, la grand-mère, (Mehna El Batrawy) calée dans son fauteuil et qui n’en bouge guère, rivalisant d’hostilité avec sa belle-fille, (Nanda Mohamad, présente dans les précédents spectacles d’Ahmed El Attar). Côté jardin, le grand-père (Boutros Boutros-Ghali dit Piso) calé dans le sien, son fils et ses deux enfants en mouvement de yoyo entre les deux pôles, masculin et féminin. Les tensions familiales s’expriment sur la scène entre grand-mère et belle- fille, entre hommes et femmes, entre les deux enfants, entre la famille et les serviteurs.

Du canapé où s’expriment les conflits d’une société en crise, la famille s’embourbe dans les clichés d’un monde machiste et de conflits de génération. La question posée par Ahmed El Attar sur un ton de comédie sociale touche à l’obsession misogyne qui envahit, sournoisement ou non, les rapports masculin/féminin de la société égyptienne. Il cherche à en démonter le mécanisme en montrant que les femmes, premières victimes de cette oppression masculine, en seraient aussi la source : chargées de l’éducation des enfants, elles adulent leurs fils et les aident à acquérir très tôt ce sentiment de toute-puissance, de telle manière qu’elles sont elles-mêmes signataires de la reproduction du système. Le discours d’Ahmed El Attar pourtant n’est jamais frontal il suit les méandres de la vie familiale quotidienne, comme si de rien n’était. Les séquences se succèdent de manière enlevée par des acteurs bien dirigés, petits morceaux de vie teintés d’humour et de sarcasmes, au gré de la courbe des guerres intestines et comme un Jeu des sept familles. Je demande… la grand-mère… !

Auteur, metteur en scène et opérateur culturel parfaitement francophone, Ahmed El Attar travaille au Caire et dirige le Studio Emad Eddine où il s’investit aussi dans la formation des comédiens et des acteurs culturels. A travers le Théâtre El-Falaki qu’il dirige et le Festival de théâtre indépendant, Downtown Contemporary Arts Festival D’Caf qu’il programme chaque année dans la ville, il crée, par son franc-parler, une dynamique théâtrale et des synergies auprès des jeunes artistes, et partage avec eux l’espace artistique. Dans son pays, l’Égypte, où plus de 60% de la population a moins de vingt-cinq ans et où les rapports de classe et de pouvoir se sont figés, ces bouteilles jetées à la mer, chargées de dérision, sont salutaires.

Après avoir travaillé en 2014 dans The Last Supper sur la figure du père – celui qui, dans le Monde Arabe, a le pouvoir – El Attar poursuit sa saga familiale avec la figure de la mère, première actrice d’une normalité confisquée entre les hommes et les femmes. Il pose la question de la responsabilité.

Brigitte Rémer, le 10 novembre 2018

Avec Belal Mostafa, Boutros Boutros-Ghali, Dalia Ramzi, Hadeer Moustafa, Heba Rifaat, Menha El Batrawy, Menna El Touny, Mohamed Hatem, Mona Soliman, Nanda Mohammad, Noha El Kholy, Ramsi Lehner, Seif Safwat, Teymour El Attar – Musique et vidéo Hassan Khan – Décor et costumes Hussein Baydoun – Lumière Charlie Astrom – Production Henri Jules Julien et Production Orient productions, Temple independant Theater Company

Après sa création au Festival d’Avignon 2018, la pièce a poursuivi sa route au Théâtre de Choisy-le-Roi le 9 octobre, à la MC 93 du 11 au 14 octobre, au TNB de Rennes. Site : www.festival-automne.com

Avant la Révolution

© Mostafa Abdel Aty

Texte et mise en scène Ahmed El Attar – Interprétation Nanda Mohammad, Ramsi Lehner, au Tarmac – Le spectacle a été créé au théâtre Rawabet du Caire, en octobre 2017.

Que se passait-il en Egypte avant le 25 janvier 2011, date d’un soulèvement populaire sans précédent ayant mené à la démission du président Hosni Moubarak, le 11 février ? Deux personnages, en équilibre sur des charbons ardents ou sur une planche à clous, sorte de fakirs hyper concentrés lisent, non pas l’avenir mais le passé proche, en une litanie d’injustices, d’oppressions et de violences énoncées qui s’entrechoquent les unes aux autres mêlant les territoires du privé aux exactions publiques.

Des pas se rapprochent comme du fond d’une prison, qui s’amplifient pour devenir des coups répétés. Les deux acteurs à la forte présence elle, Nanda Mohammad, lui, Ramsi Lehner, tous deux chemises blanches et pantalons aux bretelles rouges, en immobilité forcée face public, semblent pris dans les glaces. Ils sont à l’image des films muets et expriment ici avec une forte intensité et charge émotionnelle qui passe dans la salle, ce qu’on ne saurait exprimer hors de la scène dans un contexte égyptien sous contrôle.

La démarche d’Ahmed El Attar, élaborateur du projet, rédacteur et metteur en scène, est courageuse. Il a puisé dans la presse et les médias, dans les chansons et les feuilletons, dans les discours et les slogans, dans l’épilogue des prières du vendredi, l’indélébile de situations toutes plus tragiques les unes que les autres, pour inscrire au fronton du théâtre – ici via le surtitrage – les actes qui ont grossi le fleuve, menant à la dérive après l’explosion de janvier 2011. Il y mélange le personnel et le collectif, la réalité et la fiction, il n’y a pas, en apparence, de tracé rationnel, mais un copié collé assourdissant.

On connaît le travail d’Ahmed El Attar en France où il a déjà présenté On the importance of being an Arab en 2009 et The Last super entre autre au Festival d’Avignon et au Festival d’Automne, en 2015. Le metteur en scène est un actif entrepreneur culturel, il a fondé au Caire plusieurs structures : le Studio Emad Eddine pour la formation des artistes et médiateurs culturels et pour accompagner les projets indépendants ; Orient Productions pour produire et coproduire les spectacles et événements ; sa compagnie indépendante, Temple. Par ailleurs il dirige le Théâtre El Falaki au Caire relevant de l’Université Américaine où il a créé le Festival D-CAF – Downtown Contemporary Arts Festival – carrefour entre le théâtre égyptien, le théâtre du Moyen-Orient et au-delà la création internationale.

« Le 8 juin 1992, l’écrivain égyptien Farag Foda sortait de son bureau, rue Asmaa Fahmy à Héliopolis pour prendre sa voiture…. » Il n’est vraisemblablement jamais arrivé.

Brigitte Rémer, le 5 décembre 2017

Avec Nanda Mohammad et Ramsi Lehner – musique Hassan Khan – décor et costumes Hussein Baydoun – création lumières Charlie Aström – production Henri Jules Julien.

Du 28 novembre au 2 décembre, au Tarmac, 159 avenue Gambetta. 75020 – Tél. : 01 43 64 80 80. Site : www. letarmac.fr – En tournée à Annecy-Bonlieu scène nationale, les 6 et 7 décembre – à la Filature de Mulhouse, les 24 et 25 janvier 2018 – à la Kultuurfactorij Monty d’Anvers les 26 et 27 janvier – au Caire Festival D-Caf, du 22 au 25 mars.