Raiva / Rage

Affiche du film

Film portugais réalisé d’après le livre de Manuel Da Fonseca par Sérgio Tréfaut (2018) – avec Hugo Bentes, Rita Cabaço, Luis Miguel Cintra, Lia Gama, Herman José, Sergi Lopez, Isabel Ruth, Rogério Samora, Leonor Silveira, Catarina Wallenstein, en langue originale sous-titrée. Un débat a suivi la projection en présence du réalisateur et de l’acteur principal, Hugo Bentes – dans le cadre du Festival Olá Paris ! au Club de l’Étoile.

La seconde édition du Festival de film portugais Olá Paris!  s’est terminée le 8 mars 2026, journée internationale des femmes, par un échange autour des droits des femmes. Dans la riche programmation proposée, le film Raiva a été projeté, il avait reçu six Prix Sophia, décernés par l’Académie Portugaise du Cinéma.

Grand classique de la littérature portugaise, le livre est publié en 1958. Son auteur, Manuel Da Fonseca, originaire de l’Alentejo, région du sud du Portugal y décrit la pauvreté dans les années 30 à travers la famille Palma, et la révolte qu’elle engendre. Paysans totalement démunis ils tentent de survivre dans une région dominée par de riches propriétaires à la tête de latifundia, qui les considèrent comme faisant partie intégrante de la propriété. À partir de 1932 et jusqu’en 1968 le pays est géré par le dictateur Salazar, Premier ministre du Portugal. L’Alentejo est alors une région délaissée et sans système éducatif, l’illettrisme n’y est pas rare.

Raiva © directeur de la photo Acacio de Almeida

Raiva est un film en noir et blanc, le paysage, agricole et de chênes-lièges, battu par les vents et la faim, magnifiquement filmé. Le réalisateur montre le cycle d’abus et de révolte dans lequel l’ouvrier agricole est littéralement écrasé. Les visages sont fripés et silencieux, solitude, misère, sècheresse et injustice sont au cœur de l’histoire. Les femmes tentent de se protéger du froid, la tête recouverte de leur cape noire, les hommes portent un chapeau et leur fusil de chasse à la main. Bento l’enfant autiste, aimé de son père, ne l’est pas de sa grand-mère (superbe Isabel Ruth). On se nourrit de pain, d’ail et d’eau, représentation de la misère extrême. et l’on guette le moindre gibier.

Derrière la beauté de l’image couve la tragédie. La violence est latente et circule quand la caméra se pose du côté des riches. On entre de plein fouet dans les inégalités sociales à la pointe du fusil, et la clé ne nous est donnée qu’à la fin. Le film remonte le temps et se résume à travers ces quelques mots rappelés par le réalisateur : « Les riches naissent riches, ils meurent riches ; les pauvres naissent pauvres, ils meurent pauvres. » La tension du film se joue dans ces écarts ouvrant sur des errements, excès et exactions. Le désespoir et l’impuissance se terminent dans le sang, Antonio Palma ira lui-même faire justice en tuant le propriétaire terrien et son fils. Dans une dictature, l’impuissance face au pouvoir se démultiplie, la rage surgit de l’injustice.

Raiva © directeur de la photo Acacio de Almeida

Si l’image est belle le son aussi est travaillé, que ce soit avec le vent, les bruits ambiants ou les chants polyphoniques traditionnels qui ponctuent l’action, aussi sublimes que ceux de Corse ou de Toscane. Au Portugal le Cante Alentejano fait partie du quotidien, il est inscrit dans la liste Unesco du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.

Dans la conversation avec le public, qui a suivi la projection animée par Didier Caramalho, journaliste à Radio Alfa, la salle a échangé de manière chaleureuse avec Sérgio Tréfaut, réalisateur et Hugo Bentes, l’acteur principal tenant le rôle d’Antonio Palma et primé pour ce rôle – ainsi d’ailleurs qu’Isabel Ruth, primée pour celui de sa belle-mère, Raiva ayant reçu le Prix Sophia du Meilleur film, en 2019. Originaire de l’Alentejo, Hugo Bentes n’était pas acteur, Sérgio Tréfaut l’a choisi pour sa présence qui, dans les gros plans du film font référence, à certains moments, au western. Il a depuis développé une belle carrière. Le réalisateur avait de son côté tourné un film documentaire sur l’Alentejo qu’il connaît bien et dont tous ceux qui y sont nés sont amoureux. Le film est puissant dans la représentation de la misère, les femmes y tiennent une place importante, la photographie grave leur détresse. Le film se termine dans le tragique, comme il a commencé, les militaires mettant le feu à la maison d’Antonio, abattu à titre de représailles, une façon aussi de rayer la misère et de répandre la terreur.

Raiva © directeur de la photo Acacio de Almeida

Comme pour chaque séance du Festival, Raiva fut précédé de la projection d’un film d’animation – un concept voulu par les directeurs et une bonne idée, Estilhaços, de José Miguel Ribeiro était ce jour-là à l’affiche.

 La 2nde édition de Olá Paris ! s’est refermée, après un réel succès public en écho à la qualité artistique. Les deux programmateurs et directeurs, Wilson Ladeiro et Fernando Ladeiro Marques ont annoncé pour 2027 une 3ème édition avec comme grand virage, une ouverture sur les films européens. Rendez-vous dans un an, même endroit même heure !

Brigitte Rémer, le 10 mars 2026

Olá Paris !  Wilson Ladeiro et Fernando Ladeiro Marques, directeurs et programmateurs du festival, Beatriz Batarda, marraine de la seconde édition – s’est tenu du 6 au 8 mars 2026 au Club de l’Étoile, à Paris. (Voir aussi notre article, Ubiquité-Culture(s) du 6 mars 2026).

Raiva : film de Sérgio Tréfaut – directeur de la photo Acacio de Almeida – montage : Karen Harley, Paulo Milhomens – décors : Miguel Mendes, Fabrtice Ziegler – costumes Lidja Kolovrat. Production : société de production Faux, Les Films d’Ici et la société Refinaria Filmes (Brésil) – distributeur au Portugal Nos Lusomundo Audiovisuals – distributeur international Doc & Film International.