Archives de catégorie : Politiques culturelles, Recherche

Out of the blue

© Théâtre de la Ville

Par et avec Silke Huysmans et Hannes Dereere – production Campo – en anglais et néerlandais, surtitré en français, au Théâtre de la Ville/Espace Cardin, dans le cadre du Festival d’Automne.

L’objet présenté est singulier. Il traite d’un sujet de société devenu une des priorités mondiales, le non-respect de l’environnement et la destruction de la planète, ici des fonds sous-marins. Peut-être s’apparente-t-il davantage à une conférence scientifique qu’à un spectacle, peu importe il est d’utilité publique. À partir de techniques journalistiques, Silke Huysmans et Hannes Dereere transposent une problématique qu’ils reconstituent artistiquement. Leurs deux précédents spectacles traitaient, le premier, du désastre minier de 2015 au Brésil, avec Mining stories, le second de l’extractivisme qui a détruit l’Île de Nauru dans le Pacifique au cours du XXème siècle, avec Pleasant Island.

Avec Out of the blue, en entrant dans la salle le spectateur fait face à huit écrans collés les uns aux autres, deux ordinateurs posés sur une grande table. Les deux acteurs-intervenants s’assiéront devant, dos au public, et gèreront l’informatique en véritables chefs d’orchestre, tapant parfois le texte sur leurs claviers in-situ et gérant la chorégraphie des images et de la musique. On ne verra leur visage qu’au salut. Ils ne sont pas le cœur du sujet, leur démarche l’est. C’est une démarche d’observation sur les forages en eaux profondes, dans le Pacifique, à l’ouest du Mexique et les risques qu’ils entraînent.

Au printemps 2021, Silke Huysmans et Hannes Dereere sont connectés par satellite depuis chez eux, la Belgique, avec trois bateaux stationnés dans l’océan Pacifique : l’un appartient à une compagnie belge d’extraction minière en train d’explorer les fonds marins abyssaux à l’aide d’un robot, l’autre accueille les scientifiques qui observent l’opération en cours, le troisième n’est autre que le navire amiral des militants de Greenpeace qui deviennent lanceurs d’alerte, le Rainbow Warrior.

Le Prologue est suivi des différentes interviews avec les scientifiques marins de ces navires et les militants de Greenpeace. Les points de vue sont contradictoires et si le monde est cartographié, seulement 10% des fonds marins le sont, remarque le commentaire. Le voyage visuel proposé dans ces fonds silencieux repose sur de remarquables images. La faune et la flore y sont pure poésie, et l’on voit des bancs de poissons délicats et gracieux s’enrouler dans le mouvement de l’eau, des poulpes du sud aux grandes ailes, fines comme des dentelles, voler sous l’eau.

Moins poétiques, les pilleurs d’océan à la recherche de cuivre, zinc, manganèse et cobalt, tous minerais nécessaires aux sociétés pour stocker l’énergie, sont aux aguets. Pourtant dès 1967 l’Ambassadeur de Malte, M. Arvid Pardo, appelait à l’instauration d’un régime international efficace du fonds des mers et des océans. Signée en 1982, la Convention des Nations-Unies sur le Droit de la Mer fut adoptée. Douze ans plus tard, en 1996, elle est entrée en vigueur et les fonds marins ont été déclarés Patrimoine mondial de l’humanité. Le temps politique est un temps si long…

Comme des capitaines à la barre, et les acteurs-observateurs-rapporteurs Silke Huysmans et Hannes Dereere le précisent bien, il ne s’agit pas ici d’un problème à traiter mais d’un cycle en mouvement, celui du vivant et de l’humain. La recherche d’une solution ne saurait être que collective. Vers la fin du spectacle ils nous font voyager vers d’autres abysses, dans le cosmos, à l’autre extrémité, entre mars et vénus. Des deux côtés on reste suspendus entre l’immensité et l’infini, dans une solitude vertigineuse, au sein d’une nature sacrée et d’un certain vague à l’âme. L’échelle de nos perceptions se décale face à un écosystème qu’on altère avant même de le connaître.

L’épilogue est peu réjouissant même si les scientifiques ont demandé un moratoire. Vingt-sept pays ont désormais un contrat de forage pour les fonds marins abyssaux dont l’Allemagne, le Japon et la Russie et la prochaine expédition est programmée à l’automne 2022. Dans Out of the blue il y a un grand écart entre le calme avec lequel se fait devant nous cette démonstration fine et feutrée d’une biodiversité en danger et le tumulte du propos. On est avenue Gabriel, à deux pas de l’Élysée, on a envie de dire : traversez la rue et montrez votre travail aux politiques qui surfent sur les vagues sans s’attaquer réellement aux problèmes d’un univers qui, à grande vitesse, se détruit et dont Silke Huysmans et Hannes Dereere font récit.

Brigitte Rémer, le 15 septembre 2022

Du 12 au 15 septembre à 20h, Théâtre de la Ville/Espace Cardin, 1 avenue Gabriel. 75008. Paris – site : www.theatredelaville-paris. tél. 01 42 74 22 77 et www.festival-automne.com

Yeondeunghoe

Exposition sur La Fête des Lanternes en Corée du Sud, au Centre Culturel Coréen de Paris.

© Centre Culturel Coréen

La Fête des Lanternes a plus de mille trois cents ans, elle est reconnue depuis 2020 comme patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. À l’origine c’était un rite religieux qui célébrait l’anniversaire de la naissance du Bouddha Shakyamuni, le 8ème jour du 4ème mois lunaire.

En Corée, c’est à partir de la période de Silla unifié – fin du VIIème au Xème siècle – que le roi se rendait au temple admirer la Fête des Lanternes et c’est sous la dynastie Goryeo (918-1392) que la Fête est devenue rituel national. C’est aujourd’hui une fête annuelle qui s’exprime dans toute la péninsule sud-coréenne dans de grands défilés et rassemblements chamarrés, regroupant des gens de toutes confessions, et les lanternes sont accrochées dans les temples.

© Centre Culturel Coréen

Acte social et puissant symbole, le pays appelle la lumière et chacun apporte sa lanterne patiemment fabriquée en famille, dans des associations ou entre jeunes. Réalisées en papier coloré hanji, ces lanternes avaient traditionnellement la forme d’un lotus, symbole du pays, elles prennent aujourd’hui toutes sortes de formes, plus inventives les unes que les autres : fruits, personnages, fleurs, oiseaux, dragons, montagne, éléphant, formes géométriques.

Pour les admirer, il suffit de monter au premier étage du Centre culturel Coréen, la salle d’exposition les présente avec beaucoup d’élégance. De toutes tailles et toutes couleurs, elles sont la vie-même. Certaines sont imposantes comme la lanterne Grande cloche bouddhique, ou celle du Tambour du Dharma ou encore la lanterne Fleur de lotus ; d’autres se portent au bout de mâts, le Deunggan, comme en attestent les gravures anciennes. Autrefois, il était de coutume d’accrocher une lanterne au bout d’une longue perche dans la cour de la maison, la manière de l’attacher était codifiée et renseignait sur le nombre de personnes qui habitait le lieu. Ces lanternes pouvaient aussi, selon leurs formes, être signe de paix ou de bien-être pour la famille et/ou pour la société. Toutes ces lanternes allumées diffusent leurs couleurs arcs-en-ciel et la parade des lanternes miniaturisée est représentée par un grand cortège de figurines de papier hanji portant bannières et instruments de musique, comme dans une fanfare traditionnelle.

© Centre Culturel Coréen

L’exposition se prolonge dans la salle vidéo du Centre Culturel Coréen par une plongée dans l’univers virtuel de NFT – Non Fungible Token – organisée sur le serveur de la plateforme numérique coréenne KLUBS rassemblant vingt-cinq artistes coréens et six artistes français. Dans l’auditorium, une projection de vidéo mapping du collectif Davvero Art permet une plongée en totale immersion dans le domaine des couleurs, un vrai plaisir des yeux.

Refait à neuf depuis peu, le Centre Culturel Coréen est un bel endroit situé au cœur de Paris, entre Saint-Augustin et les Champs Élysées, où se développe un vrai projet culturel, en dialogue avec la France. Des activités diverses comme projections, concerts, expositions, formes dansées traditionnelles et projets novateurs s’y côtoient et se partagent.

© Centre Culturel Coréen

Après les années Covid, le directeur et homme de culture, M. John Hae Oung a mis les bouchées doubles. Avec son équipe, il a su rendre ce lieu chaleureux, raffiné et hospitalier et développe une programmation créative et dynamique. Il y a du monde devant le Centre, et jusqu’au trottoir, c’est une vraie réussite ! Toutes nos Félicitations au Directeur qui reprend la route et rentre au pays vaquer à d’autres missions culturelles, et longue vie au Centre Culturel Coréen à Paris !

Brigitte Rémer, le 25 août 2022

Exposition La Fête des lanternes jusqu’au 16 septembre, du lundi au vendredi de 10h à 18h, le samedi de 14h à 18h – Centre Culturel Coréen /주프랑스 한국문화원 – 20 rue La Boétie – 75008 Paris, métro : Miromesnil – tél : 01 47 20 86 48 – site : wwwcoree-culture.org

Hammams à Sanaa

Culture, architecture, histoire et société. Coordination Michel Tuchscherer – Photographies Nabil Boutros – Éditions Geuthner.

Autour de Michel Tuchscherer, initiateur du projet et qui a rédigé de nombreux chapitres de l’ouvrage, cinq auteurs ont contribué à la réflexion sur les Hammams à Sanaa ainsi qu’un artiste visuel, Nabil Boutros qui en a réalisé les photos, transformant ce livre scientifique en un véritable livre d’art. Michel Tuchscherer est spécialiste d’histoire moderne du Moyen-Orient et ancien directeur du Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales (le CEFAS) à Sanaa – Yémen. Artiste visuel, Nabil Boutros a centré son travail photographique sur l’Égypte son pays d’origine, le Moyen-Orient et l’Afrique, et participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives dans ces régions du monde, présentant des travaux et installations visuelles de différentes factures. Ici, ses photos, complétées de commentaires, nous servent aussi de guide.

© Nabil Boutros

Cette précieuse étude sur les Hammams à Sanaa est construite en neuf étapes et commence par les préparatifs indispensables, avant d’aller au hammam. « À Sanaa on ne va pas au hammam à l’improviste » écrit Michel Tuchscherer, on rassemble quelques affaires dans un panier ou un sac plastique : pagne de coton qui s’enroulera autour de la taille, gant, change, savon et shampoing pour Le parcours balnéaire côté hommes décrit par Michel Tuchscherer, plus bref que Le  parcours balnéaire côté femmes, que rapporte Fâtima al-Baydânî – spécialiste pour la collecte de la littérature orale populaire à travers le Yémen, chercheuse à L’Institut de Recherches et d’Études sur les Mondes Arabes et Musulmans (IREMAM), à Marseille) – ces deux parcours forment les premiers chapitres du livre. Les femmes ne vont pas seules au hammam, mais avec des parentes, voisines ou amies, c’est pour elles un lieu de sociabilité. « La ségrégation entre hommes et femmes est absolue » confirme la chercheuse même si, depuis 1980, certains hammams ont mis fin au fonctionnement en alternance et permettent un accès simultané, à l’intérieur tout reste parfaitement cloisonné.

© Nabil Boutros

À Sanaa « le hammam est une modeste construction sans étage, dont la façade est blanchie à la chaux et percée d’une très discrète porte arquée. Parfois quelques petites coupoles sur les toits le signalent, parfois des inscriptions peintes affichent les heures d’ouverture, ou adressent quelques mots d’accueil :« Hammam Bustan al-Sultan souhaite la bienvenue à ses chers clients » dit la photo. Les brumes que dégagent les vapeurs humides des bains qui nous sont donnés à voir, ajoutent au mystère du rituel et de l’intime.

Le seuil de la porte franchi, le livre décrit les étapes préparant au bain : quitter ses chaussures, se déshabiller au vestiaire – la partie fraîche du parcours -, échauffer le corps pour passer de la partie tiède à la partie chaude située au fond, pour  s’enfoncer dans une intense sudation, recevoir un filet d’eau fraîche sur le nombril pour détendre le ventre, faire ruisseler l’eau sur le corps, frictionner lentement au gant en mouvements réguliers, shampouiner à grandes eaux et rincer abondamment. Les femmes passent un long temps devant une vasque pour les soins de leur peau et de leurs cheveux. Puis il faut refroidir le corps avant le retour à l’extérieur – Sanaa se situe à 2200 mètres d’altitude, sa température ne dépasse pas 30° – les hommes sortent la tête enveloppée dans un grand châle. Chapitre par chapitre le sujet s’approfondit et Michel Tuchscherer montre au chapitre trois que le hammam est aussi un lieu ambigu hanté par les Djinns.

© Nabil Boutros

Fâtima al-Baydânî rapporte en ce sens un conte collecté dans le patrimoine populaire oral, le Conte des deux bossus et les Djinns. La quête de la pureté rituelle qui est au cœur des pratiques de l’Islam se retrouve au hammam où le croyant chasse les souillures de la vie organique et où l’homme devient vulnérable, n’étant plus sous la protection de l’ange Munkar ni de son acolyte, Nakir. Il multiplie les gestes de précaution. Autour, émanant d’un brûle-parfum, la myrrhe aux vertus médicinales en même temps que parfum, répand ses senteurs. Au-delà de la purification du corps le bain est aussi purification de l’esprit et permet un rapprochement d’avec Dieu. Il n’est pas rare d’achever son parcours balnéaire par une prière, à l’intérieur même du hammam.

© Nabil Boutros

Le livre propose aussi, par ses encadrés, de mettre le projecteur sur certains sujets. Ainsi sur le massage, rituel essentiel qui n’a pourtant aucun caractère obligatoire. La qualité du geste du masseur et le rythme qu’il y donne, les étirements qu’il pratique prennent en compte la globalité du corps. Claire Davrainville, – fasciathérapeute, diplômée en art et thérapie du mouvement, Université Moderne de Lisbonne – parle du Massage dans le parcours balnéaire des hommes, réalisé à la demande par un frictionneur expérimenté ou par le maître de bain. Le hammam accompagne les grands moments de la vie et rites de passages comme le mariage, l’accouchement après la période des quarante jours de l’accouchée, la veille des grandes fêtes religieuses avec leurs multiples rites et interdits. Il est aussi un marqueur dans la sexualité des enfants qui à partir de six ans ne suivent plus leur mère mais accompagnent selon leur sexe, père ou mère. Le bain est à la fois public et intime, savoir-vivre et pudeur, il procure de grands bienfaits.

Dans le droit fil d’un art de vivre ancestral, la culture citadine de Sanaa oblige à des moments de convivialité. Ainsi, dans le prolongement du hammam et comme lui thérapie de l’âme, le magyal est au cœur des rites de sociabilité. Confortablement installés à même le sol autour d’une nappe blanche et selon une hiérarchie de préséances, se partage le plaisir d’être ensemble. Moment de contemplation et de discussion, moment de convivialité où l’on mâche le qat à l’effet légèrement euphorisant, où s’échange la nourriture pour arriver, en décrescendo, jusqu’à l’heure de l’appel à la prière du couchant.

© Nabil Boutros

Christian Darles – architecte et archéologue, chercheur associé au Laboratoire de Recherches en Architecture de Toulouse et au Centre Français d’Archéologie et des Sciences Humaines de Sanaa – parle ensuite de l’Architecture et Matériaux, entre l’ancien et le nouveau et présente l’intérieur, puis l’extérieur des hammams. De la partie fraîche avec vestiaire, fontaine et bassin aux parties tièdes et chaudes ; des anciens hammams aux adaptations des plus récentes avec renouvellement des matériaux et des techniques et glissements de la signification même de l’usage du bain ; des toits-terrasses aux coupoles percées de lucarnes ; des réservoirs d’eau et systèmes de chaufferie ; de la maison du gardien. Il y a peu, l’eau venait de puits situés à proximité que l’on montait dans des citernes à ciel ouvert à l’aide d’une corde et d’une poulie. Il n’y avait pas de hammam sans puits.

Quand Michel Tuchscherer recherche l’origine des hammams à Sanaa, il fait face à plusieurs versions. Certains les datent du milieu du XVIème siècle, époque de l’occupation ottomane. Compte tenu d’une histoire lacunaire, le chercheur déclare : « Une chose est indéniable, les hammams antérieurs au XXème siècle entretiennent des liens étroits avec les mosquées, avec les jardins, à travers les fondations pieuses (waqf) et ont longtemps fonctionné en symbiose avec la ville. » Avec Yahyâ al-‘Ubalî – chercheur à l’Université de Sanaa, qui a réalisé la plupart des enquêtes de terrain – il se penche ensuite sur les savoir-faire des métiers du bain – le frictionneur qui « fait le hammam », le maître de bain, gestionnaire et médiateur dans les conflits – et sur le statut social des hammamis, au bas de la hiérarchie sociale traditionnelle, appelés les gens du cinquième. Traiter quelqu’un de hammami est en fait une insulte. Pourtant les métiers et savoir-faire se transmettent dans ce que le Yémen appelle la famille élargie, des groupes patronymiques qui comprennent plusieurs lignées. La gestion du hammam est familiale et patriarcale.

La fréquentation du bain était et reste un art de vivre. « Contrairement à de nombreux pays du Moyen-Orient, de la Tunisie à la Turquie, en passant par l’Égypte et la Syrie où nombre de hammams sont en ruine ou ont disparu, où les pratiques sont tombées en déshérence, au Yémen au contraire se maintient une solide culture du hammam » note Michel Tuchscherer, même si, dans la conclusion de l’ouvrage il reconnaît que les hammams s’éloignent de leur statut d’institution au service de la communauté pour se transformer en entreprise privée répondant à des clientèles plus diversifiées.

© Nabil Boutros

Lieu d’ambiguïté et de contradictions, le hammam correspond à une caractéristique essentielle de la civilisation islamique. À différents moments de l’ouvrage, Mohamed Bakhouch – professeur émérite de littérature arabe ancienne, Université d’Aix-Marseille – met en exergue les vers d’un poète du XVIIIème siècle, Muhammad al-Kawkabani montrant que le hammam est bien le personnage principal de l’urbain, du religieux et du social. C’est aussi le lieu qui répond à l’imaginaire des corps et qui, avec la lumière tamisée émanant des coupoles, contribue à son atmosphère singulière. Cette lumière, ces atmosphères, ont été admirablement captées à travers l’objectif de Nabil Boutros. Les précieuses images – dont un bon nombre en pleine page – sont accompagnées d’un commentaire détaillé et traduisent les gestes et les étapes du parcours dans le hammam : déshabillage et gros plan sur pied mouillé, ronde d’hommes dans la salle chaude pour accélérer et renforcer la sudation, lumières tamisées, ajustement de la fûta ce pagne dont s’entoure le baigneur, ballots des usagers suspendus au vestiaire, sudation dans la pièce chaude les hommes allongés à même le sol, brumes et vapeurs de la chaleur humide diffusée. Ces photographies nous font parcourir les étapes suivies par celui qui se rend au hammam – friction, massage, shampouinage, rinçage à grandes eaux, ruissellement de l’eau de la tête aux pieds -. Au-delà de leur aspect documentaire elles offrent à celui qui les regardent des pans de réflexion sur un art de vivre. Elles sont elles-mêmes de purs scénarios. Les lieux nous sont montrés principalement du côté des hommes, là où le photographe pouvait pénétrer. Il s’est rendu dans de nombreux hammams, en détaille l’extérieur et l’intérieur, y compris le vendredi matin, jour d’affluence et de détente, jour de prière. Il montre les murs à la chaux et les gestes, derrière les murs les moindres petits recoins et invite à un voyage artistique, philosophique et spirituel.

Publié par la Librairie Orientaliste Paul Geuthner Hammams à Sanaa – culture, architecture, histoire et société transmet au début de l’ouvrage le système de translittérations des caractères arabes et montre à la fin de l’ouvrage une carte de Sanaa sur laquelle figure les anciens hammams et leurs relevés, ainsi que la carte et les relevés des nouveaux hammams ; des notes et références souvent en bilingue, arabe et français y figurent ainsi que plusieurs index – celui des noms communs, des noms de lieux, des noms de personnes et de groupes ainsi qu’un glossaire indexé des termes arabes. C’est admirablement réalisé dans le cheminement de l’usager-baigneur, formidablement documenté par Michel Tuchscherer et les auteurs, magnifiquement accompagné et commenté par les photos de Nabil Boutros qui en a aussi assuré la mise en page avec Chloé Heinis. C’est une somme de travail et un superbe ouvrage !  

Brigitte Rémer, le 23 juillet 2022

© Nabil Boutros

Hammams à Sanaa – culture, architecture, histoire et société. Coordination Michel Tuchscherer – Photographies Nabil Boutros. Contributeurs – Fâtima al-Baydânî, spécialiste pour la collecte de la littérature orale populaire à travers le Yémen, chercheuse à L’Institut de Recherches et d’Études sur les Mondes Arabes et Musulmans (IREMAM), à Marseille – Mohamed Bakhouch, professeur émérite de littérature arabe ancienne, Université d’Aix-Marseille – Christian Darles, architecte et archéologue, chercheur associé au Laboratoire de Recherches en Architecture de Toulouse et au Centre Français d’Archéologie et des Sciences Humaines de Sanaa – Claire Davrainville, fasciathérapeute, diplômée en art et thérapie du mouvement, Université Moderne de Lisbonne – Yahyâ al-‘Ubalî, chercheur à l’Université de Sanaa, qui a réalisé la plupart des enquêtes de terrain.

Édité par la Librairie Orientaliste Paul Geuthner S.A – 16 rue de la Grande Chaumière. 75006. Paris – Site : www.geuthner.com – Paris, dernier trimestre 2021.

Prix Unesco-Sharjah pour la Culture arabe

© BR

Cérémonie de remise du Prix Unesco-Sharjah pour la Culture Arabe récompensant quatre artistes ou personnalités impliquées dans la diffusion de la culture arabe, dans leurs pays, éditions 17 et 18.

Après deux ans d’interruption pour raison de pandémie, quatre lauréats furent mis à l’honneur le 30 mai dernier, pour avoir participé à la construction de ponts entre les arts et les continents en 2020-2021 et 2021-2022. La référence à André Malraux qui « pensait avec lucidité que la culture est ce qui avait fait de l’homme un Homme » a été rappelée par les personnalités qui, en introduction, ont pris la parole à tour de rôle, sous la houlette du Sous-Directeur Général pour la Culture à l’Unesco, M. Ernesto Ottone Ramírez.

Dunya Mikhail © BR

Tous ont insisté sur le pouvoir de la culture et sur l’encouragement donné, à partir de 1998, par la création du Prix Unesco-Sharjah pour la Culture Arabe visant à encourager le dialogue interculturel. Chaque candidat a présenté son travail et ses modes d’intervention à travers une vidéo et a témoigné de son engagement. Un moment artistique et musical avec la participation des lauréats a clôturé la cérémonie, modérée par Maya Khadra, journaliste et auteure libanaise.

Pour l’édition 18 (2021/22) deux lauréates ont été récompensées : Dunya Mikhail, d’Irak et Helen Al-Janabi, de Suède. Née à Bagdad (Irak) et après un BA de l’Université de la ville, Dunya Mikhail a travaillé comme traductrice et journaliste avant d’émigrer aux États-Unis en 1996 et d’obtenir une maîtrise à la Wayne State University. Son écriture, sa traduction, sa poésie et sa prose puissantes – en traduction arabe et anglaise – parlent des horreurs de la guerre, de la migration et de la perte de son pays avec les difficultés qui l’accompagnent. Sa poésie est alimentée par un profond sentiment d’identité, en tant que réfugiée, artiste et femme. Son premier livre publié en anglais en 2005 et traduit par Elizabeth Winslow, The War Works Hard, avait été sélectionné comme l’un des « vingt-cinq meilleurs livres de 2005 » par la New York Public Library.

Helen Al-Janabi © BR

Présentée par l’Ambassadrice de Suède auprès de l’Unesco, Helen Al-Janabi, seconde lauréate de l’année est une actrice suédoise d’origine syro-irakienne, vivant à Stockholm depuis 2009. Formée comme actrice à l’Académie de théâtre de Damas, elle a tourné dans plusieurs films, séries télévisées et productions théâtrales au Moyen-Orient. Son travail touche aux thèmes du déplacement, de l’exil forcé, de la langue et de la cohésion sociale. Elle a fondé en 2015 Arabiska Teatern, la première troupe de théâtre professionnel arabophone d’Europe qui a produit cinq pièces en arabe et joué plus de quatre cents fois en Suède.

” Camel of Heavy Burdens” de Suleiman Mansour

Pour l’édition 17 (2020/21) les deux lauréats récompensés furent Suleiman Mansour, de Palestine et Silvia Alice Antibas, du Brésil. Souffrant, Suleiman Mansour n’a pu se rendre à Paris recevoir son Prix, nous l’avons rencontré par vidéo interposée. De renommée internationale c’est l’un des artistes peintres les plus influents de son pays, son œuvre est vaste et se décline sous différentes formes. Il travaille depuis une cinquantaine d’années sur l’expression de l’identité palestinienne, a largement contribué au développement de l’infrastructure des Beaux-Arts au niveau local, et il est membre fondateur de la Ligue des artistes palestiniens. En 1994 Suleiman Mansour a cofondé le Centre d’art Al-Wasiti à Jérusalem-Est et en a été le directeur de 1996 à 2003. Il est aussi l’un des fondateurs du conseil d’administration de l’Académie internationale d’art en Palestine et enseigne dans différentes institutions.

Silvia Alice Antibas, Brésilienne, avait passé un an d’études en France, en 2000/2001 dans le programme de la Formation Internationale Culture qu’avait créé Jack Lang et que j’avais eu la chance de diriger, programme où la problématique interculturelle se vivait au quotidien, un temps remis entre les mains de la Commission française pour l’Unesco. Puis elle a consacré sa carrière à promouvoir une meilleure compréhension de la culture arabe en Amérique latine, en se concentrant sur la migration arabe vers le Brésil. Ses origines, par son père, nous conduisent à Alep, en Syrie. Elle a entre autres, promu des écrivains brésiliens d’origine arabe à travers la traduction de leurs œuvres en arabe, et analysé l’influence de la musique arabe sur la musique brésilienne, en cartographiant et collectant de précieux documents d’archives. Ses recherches sur le sujet montrent que « l’influence arabe dans la culture brésilienne commence avant même que le pays ait été découvert en 1500, à partir de l’occupation par les Maures de la péninsule ibérique, au VIIIè siècle. » Même dans la samba, forme musicale emblématique brésilienne s’il en est, la présence arabe se fait sentir.

Silvia Antibas © BR

Dans son discours d’introduction lors de la cérémonie, Silvia Antibas a montré la convergence entre la musique arabe et les sambas, parlé des Maliens en esclavage et de leur révolte à Bahia, des étapes d’émigration à Rio de Janeiro apportant de nouveaux instruments de musique – comme les tambours/ duff du monde arabe proches des pandeiros du Brésil – et elle a mis l’accent sur les similitudes entre certains rythmes africains et la musique du Nordeste. La fin du XIXè siècle avait vu une vague d’émigration arabe vers le Brésil, puis au fil du temps les émigrés s’étaient bien intégrés multipliant les passerelles dans certaines professions, dans certaines fêtes comme les mariages, dans la cuisine. Les artistes d’origine arabe se sont retrouvés, à partir des années 30, dans toutes les formations musicales brésiliennes telles que samba, chansons, bossa nova, jazz. Ensemble ils ont créé de nouvelles formes musicales comme autant de syncrétisme entre la terre d’origine et la terre où ils vivent.

Silvia Antibas et l’Ensemble Mazzika © BR

Après les communications des lauréats est venu le moment où chacun a montré son travail, sur scène et/ou par visio :  traductions et lectures poétiques par Dunya Mikhail ; extraits de pièces par Helen Al-Janabi avec sa troupe Arabiska Teatern ; formation musicale, association Mazzika, réunie par Silvia Antibas, suivi d’un concert fusion El musica : un dialogue en mouvement, moments chaleureux et de convivialité, guidés par chacune des intervenantes.

La sous-directrice générale pour les Sciences sociales et humaines de l’Unesco, Gabriela Ramos, a clôturé l’événement en déclarant : « Je souhaite sincèrement que le Prix Unesco-Sharjah pour la Culture arabe continue de servir d’éclaireur pour le dialogue, la créativité et l’excellence culturelle pour les décennies à venir. Plus fondamentalement, j’espère qu’un tel prix continuera d’inspirer les artistes et les interprètes du monde entier à utiliser leur talent pour faire progresser la paix dans le monde. »

Brigitte Rémer, 30 juin 2022

Maison de l’UNESCO, 125, avenue de Suffren, 75007. Paris – email : prix.sharjah@unesco.org – site : www.unesco.org – Tél. : 01 45 68 09 66

“Essaimées” au Lycée Paul-Éluard de Saint-Denis

© Les Musiques de la Boulangère

Nicolas Frize et les Musiques de la Boulangère en répétition avant la présentation d’un vaste programme musical dans tous les espaces du Lycée Paul-Éluard, les 13, 14 et 15 mai 2022.

Le compositeur Nicolas Frize aime les lieux singuliers et rencontres improbables où mêler ses recherches musicales teintées de positionnement artistique, politique et humain : usines, hôpitaux, prisons, écoles, bureaux, espace public.

C’est aujourd’hui dans le plus grand lycée de Saint-Denis, en région Ile-de-France, le Lycée Paul Eluard – accueillant plus de deux mille élèves, trois cents personnels dont deux cent dix professeurs – où il est en résidence depuis plus d’un an, que Nicolas Frize prépare ses prochaines interventions. Il y rencontre des élèves de différentes classes de seconde, première et terminale et des professeurs de toutes disciplines qui deviendront les interprètes de sa prochaine présentation-composition in-situ, intitulée Essaimée, à la mi-mai. Tous les espaces du Lycée seront musicaux et chantés : salles de cours et d’ateliers, gymnases, amphithéâtre, cafétéria, hall, cour extérieure. Il part des enseignements existants, des outils et objets pédagogiques pour les prolonger artistiquement et conceptuellement, exploitant leur dimension sensible.

Une observation en cours de travail permet de voir la confiance qui s’établit entre le maître de musique et les élèves, entre professionnels et amateurs. Ce jour-là, un petit groupe travaille sur les langues de différentes origines comme tamoul, portugais, roumain, lingala, arabe, bengali, en dialogue avec une soprano japonaise. Au-delà des timidités, les élèves dialoguent entre eux s’exprimant chacun dans sa/ses langues d’origine et se répondent au fil des intentions, des musicalités du langage et de la dynamique de chacun, sans recherche de traduction ni de volonté de compréhension, au mot pour mot. Le corps se met en mouvement : se déplacer, marcher, se regarder, se disputer, se regrouper. La soprano lance des propositions dans lesquelles s’interposent les élèves et auxquelles ils répondent. Lucie-Rose, congolaise, apporte son enthousiasme, les sri-lankaises Mathusha et Megha, de même langue tamoule, se donnent mutuellement du courage.

Nicolas Frize observe, stimule, régule, questionne, induit des reprises et de précieux moments à conserver, des inflexions à travailler, propose à chacun de se souvenir d’une berceuse de son enfance. Tout se fait dans l’écoute, l’esquisse, la proposition, la discussion. L’échange est fluide et respectueux, cherche entre le parler et le chanter et construit un conducteur qui deviendra la trame d’une séquence du spectacle.

La base du travail repose sur l’altérité, la découverte d’autres territoires, les nuances d’autres pensées, d’autres musicalités, d’autres rationalités. Une fraternité politique et poétique se construit sous le regard des autres, dans les intonations et gestes imaginés et proposés. Chacun a sa place, petite ou grande, selon sa personnalité et son désir, selon ce qu’il ose, ce qu’il se risque à échanger.

Ce jour-là c’est une professeure en histoire-géographie, en géo-politique, qui les accompagne, au sens physique comme moral et participatif. Toute l’année, ensemble, ils ont travaillé et échangé sur de grands thèmes transversaux comme la notion de frontière et d’exil. Demain ce sera peut-être le professeur de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre), de chimie, de sport, de littérature ou de philo avec lesquels ils auront cheminé sur d’autres sujets, tous participant, par la transmission des connaissances, à la construction de leurs personnalités. Les relations entre l’écrit et l’oral et la résonance de certains mots comme le mot culture(s) sont au coeur des préoccupations du compositeur.

Lors de la phase concert, en mai, se retrouveront dans tous les espaces du lycée deux cents interprètes, élèves, professeurs, personnels administratifs et techniques, les élèves de cinq conservatoires de musique de Seine-Saint-Denis, les élèves de deux collèges professionnels, des musiciens et des chanteurs professionnels. Trente œuvres – de courte durée – seront jouées et chantées dans des compositions de Nicolas Frize mais aussi d’autres comme John Adams et les œuvres de deux jeunes compositrices auprès de qui Les Musiques de la Boulangère ont passé commande. Une scénographie s’élabore ainsi qu’une signalétique pour que les auditeurs-spectateurs itinérants, se repèrent. C’est une vaste œuvre collective intergénérationnelle et interculturelle à laquelle les publics sont conviés.

Brigitte Rémer, le 25 avril 2022

Concerts les vendredi 13 mai à 19h30, samedi 14 mai à 15h30 et 19h30, dimanche 15 mai à 15h30 – Lycée Paul-Eluard, 15-17, avenue Jean-Moulin, 93200 – Saint-Denis – métro Saint-Denis Basilique. Site : www.nicolasfrize.net – Entrée libre, réservation obligatoire : RESERVATION

Salon du livre des Balkans 2022

© Yves Rousselet

C’est une année particulière pour le Salon du livre des Balkans qui fêtait sa 10ème édition en février dernier, Pascal Hamon en est le fondateur. Avec l’Association Fête du Livre des Balkans il continue à le faire vivre, entouré d’une équipe de passionnés. Il en rappelle l’objectif : « présenter les Balkans autrement » et « montrer au public quels peuvent être les éléments culturels communs des pays balkaniques dans des domaines tels que l’histoire, les langues, les religions, et aussi les littératures et écritures dans toute leur diversité. » Depuis 2012, la manifestation est accueillie à l’Inalco-Bulac, Pôle des Langues et Civilisations qui se transforme en véritable ruche.

Flash-back donc en cette édition 2022 sur le chemin parcouru – après un arrêt dû au Covid – à travers une rétrospective d’affiches (de Franyo Toth et Johanna Marcadé) et de photographies (d’Yves Rousselet) et avec une clôture festive de l’édition, par l’intervention musicale de Gülay Hacer Toruk qui chante les Balkans, entourée de ses musiciens

Étaient présents au Salon du livre des Balkans cette année plus d’une vingtaine d’éditeurs, venant de cet espace géographique ou travaillant avec, pour présenter leurs dernières parutions. Des rencontres avec auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, des lectures et des tables rondes, des expositions, des coups de cœur, des signatures et la remise du Prix du Salon, confirment une véritable dynamique de la littérature des Balkans.

Nous ne pouvons ici en retenir que quelques exemples comme la carte blanche donnée à Chloé Billon, traductrice du croate, en dialogue avec Marie Vrinat-Nikolov, enseignante à l’Inalco, pour montrer les spécificités de La littérature croate contemporaine, dans un pays, la Croatie, situé au croisement de l’Europe centrale, des Balkans et du monde méditerranéen ; les ouvrages de Dubravka Ugresic, Bekim Sejranovic, Olja Savicevic et Robert Perisic y étaient présentés à titre de référence. La projection d’un court métrage documentaire de la réalisatrice croate Ines Jokos, lauréate du Festival des Cinémas du Sud Est Européen, Do you go out ? précédait le débat : deux personnes se rencontrent à l’hiver de leur vie.

Autre exemple avec ces trois pays, trois villes, mises à l’honneur, dans la série Coups de cœur, à travers les ouvrages de Ylljet Alicka sur l’Albanie : Métamorphose d’une capitale, aux éditions des Soixante – Sedef Ecer sur Istanbul : Trésor national, aux éditions J.C. Lattès – Ivan Nilsen : Les carnets de Salonique, aux éditions Marie Barbier. Une table ronde autour de Bernard Lory, professeur à l’Inalco, sur le thème De l’Histoire à la fiction a rassemblé des auteurs du Kosovo, Croatie, Roumanie et Turquie, pour mettre en évidence la transformatin et le passage de la matière historique en matière littéraire. La présentation du livre Les Bords réels (éditions Bec en l’air) et projection des images de films documentaires consacrés à la Bosnie, réalisés par Adrien Selbert, photographe de l’Agence Vu et réalisateur, qui sillonne depuis près de vingt ans le pays, interrogeant la question de l’après-guerre. Une conférence-débat autour de la directrice des éditions internationales du Monde Diplomatique, Anne Cécile Robert, sur La liberté de la presse dans les Balkans, avec les directeurs des sept éditions internationales du Monde Diplomatique présents au Kosovo, Albanie, Bulgarie, Grèce, Macédoine du Nord, Serbie et Turquie.

© Yves Rousselet

Une table ronde  sur le thème Importance et fragilité des communautés juives dans les Balkans, modérée par Jean-Claude Kuperminc, directeur de la bibliothèque et des archives de l’Alliance israélite universelle, a rassemblé Odette Varon -Vassard pour Des sépharades aux juifs grecs (éditions Le Manuscrit), Nadège Regaru pour Et les juifs bulgares furent sauvés, une histoire des savoirs sur la Shoah en Bulgarie (éditions Presses de Sciences-Po), François Azar, éditeur et Gazmen Toska représentant du musée juif de Berat en Albanie, pour présenter le livre de Moïse Abinun, Les lumières de Sarajevo (éditions Lior). Les échanges ont porté sur l’émigration des Séfarades expulsés d’Espagne et du Portugal au XVème siècle et accueillis par les pays de l’Empire Ottoman.

© Yves Rousselet

Autre thème proposé, Comment parler de l’actualité littéraire balkanique, échanges animés par Evelyne Noygues et rencontre avec trois écoles balkaniques de Paris et Région Parisienne partenaires du Salon du Livre : les écoles, turque De la Seine au Bosphore, bulgare Cyrille et Méthode et grecque de Chatenay-Malabry.

De nombreuses séances de dédicace ont émaillé ces deux journées consacrées aux échanges littéraires liés à la dynamique créatrice de la région des Balkans où agissent en synergie auteurs et éditeurs, intellectuels et artistes. L’organisation du Salon permet ces croisements et rencontres, fructueuses et conviviales, d’autant après deux ans de suspension pour raison de pandémie. Une manifestation à suivre dans ses prochaines éditions. Premier rendez-vous en novembre 2023, pour la 11ème édition !

brigitte rémer, le 10 avril 2022

Salon du livre des Balkans, INALCO / BULAC – 65 rue des Grands Moulins – Paris 75013 – www.livredesbalkans.net

Pour l’Ukraine – L’appel du monde culturel français


Drapeau ukrainien © DR

 

Plus de quatre-vingts professionnels du domaine de l’art et de la culture ont en quelques heures signé le message ci-dessous, assurant leurs alter-ego d’Ukraine de leur solidarité. Bien d’autres ne tarderont pas à les rejoindre.

 

Nous, directrices et directeurs de lieux culturels en France, nous exprimons par ce message notre solidarité au peuple ukrainien et aux artistes ukrainiennes et ukrainiens.

Nous sommes, face à l’urgence et aux dangers encourus par des artistes contraints de fuir la guerre, prêts à nous mobiliser, à contribuer à les accueillir en France afin qu’ils puissent continuer leur activité et ainsi préserver la libre expression de la culture ukrainienne.

Drapeau ukrainien © DR

 

A vous, Oxana, Ludmila, Nina, Tarass, toutes nos pensées de fraternité et d’amitié.

 

 

 

 

Salon du livre des Balkans

10ème édition ! Vendredi 11 et jeudi 12 février 2022, 65 rue des Grands Moulins. 75013. Paris – Pôle des Langues et Civilisations, à l’INALCO/BULAC (Entrée libre).

VENDREDI 11 FĒVRIER  2022                                                                                

16h –  Ouverture du Salon Inauguration de l’Exposition
 “Dix éditions du Salon au travers de ses affiches et des photographies” 

16h30 – Les invités de nos Coups d’Cœur,  autour de Trois Villes/Trois Époques – Ylljet Aliçka pour “Métamorphose d’une capitale” éditions L’Esprit Du Temps – Ivan Nilsen  pour “Les carnets de Salonique” éditions Marie Barbier  – Sedef Ecer pour “Trésor national”  éditions JC Lattès – Échange animé par Ornela Thodoroshi

17h30Projection du film lauréat 2021 dans la catégorie documentaire “Do you go out ?”  de Ines Jokos  (Croatie, sous-titre anglais) en partenariat avec le festival SEE à Paris

18h – La littérature croate contemporaine Carte blanche à Chloé Billon traductrice du croate au travers des ouvrages de Dubravka Ugresic, Bekim Sejranovic, Olja Savicevic et Robert Perisic.
Dialogue avec Marie Vrinat-Nikolov, enseignante à l’Inalco

19h – Table ronde “De l’Histoire à la fiction” avec :
Timothée Demeillers pour “Demain la brume” éditions Asphalte 
Jeton Neziraj pour “Vol au-dessus du théâtre du Kosovo” “Spectacle pour 4 acteurs”
éditions Espace d’un Instant
Florina Illis pour “Le livre des nombres” éditions Syrtes 
Nedim Gursel pour “Balcon sur la Méditerranée, cet hiver à Sarajevo” éditions Le Seuil.
Échanges modérés par Bernard Lory historien et enseignant à l’Inalco

21h – Photographies d’Adrien Selbert  “Les Bords réels” , Présentation du livre et projection de l’ouvrage consacré à la Bosnie, éditions Bec en l’air – Entretien animé par Pascal Hamon fondateur du Salon

 

SAMEDI 12 FĒVRIER 2022

10h – Ouverture du Salon

11h Comment parler de l’actualité littéraire balkanique ? Avec Jean Paul Champseix,  Timur Muhidine, Nicolas Trifon. Échange animé par Evelyne Noygues

13h – Rencontre avec les élèves de l’école de langue bulgare “Cyrille et Méthode”, avec l’école de langue turque “De la Seine au Bosphore” et avec l’école grecque de Chatenay-Malabry autour des Fables et notamment celles d’Esope, de La Fontaine et de Stojan Mihajlovski (Bulgarie)

15h – Conférence  Débat  “La liberté de la presse dans les Balkans”  avec les directeurs des sept éditions internationales du Monde Diplomatique présents dans les Balkans : Kosovo, Albanie, Bulgarie, Grèce,  Macédoine du Nord, Serbie, Turquie. Présenté par Anne Cécile Robert directrice des éditions internationales du Monde Diplomatique

16h30 – Table Ronde “Importance et fragilité des communautés juives dans les Balkans modérateur Jean-Claude Kuperminc directeur de la bibliothèque et des archives de l’Alliance israélite   universelle. Avec  la participation de :
. Odette Varon -Vassard pour “Des sépharades aux juifs grecs” éditions Le Manuscrit
. Nadège Ragaru pour “Et les juifs bulgares furent sauvés, une histoire des savoirs sur  la Shoah
en Bulgarie “
 éditions Presses de Sciences-Po
. Moïse Abinun ” Les lumières de Sarajevo” éditions Lior  présenté par François Azar et Gazmen Toska, représentant du musée juif de Berat en Albanie

18h – séance de dédicaces

18h30 – Le Salon du Livre des Balkans fête ses 10 éditions ! Intervention musicale
de Gulay Hacer Toruk et ses musiciens

21h     clôture du Salon

Pôle des Langues et CivilisationsINALCO/BULAC –  65 rue des Grands Moulins Paris 75013 – RER : C – Métro : ligne 14 – Bus : 276283 – Tram : T3A. Stations : Patay – Tolbiac ; Bibliothèque Rue Mann ; Bibliothèque Chevaleret ; Bibliothèque François Mitterrand ; Maryse Bastié ; Porte d’Ivry.

Entrée Libre dans le respect des règles sanitaires en vigueur  –  (Retransmission vidéo des débats)

Palais royaux de Corée

Sanctuaire de Jongmyo © Seo Heon-gang

Le Centre Culturel Coréen de Paris, comme tous les lieux culturels de France, entre en convalescence et ouvre ses portes le 19 mai. Il présente, quelques jours seulement, jusqu’au 22 mai, une remarquable exposition, avant qu’elle ne parte en tournée. A ne pas rater !

Les Palais royaux de Corée invitent à une flânerie poétique entre histoire, philosophie et art. L’histoire raconte que la dynastie Joseon a régné en Corée pendant plus de cinq siècles, de 1392 à 1910, et laisse une élégante trace à travers ces Palais royaux. La construction du Palais royal principal, Gyeongbokgung débute trois ans après le début de la dynastie, quand le roi Taejo décide de déplacer la capitale de Gaegyeong (aujourd’hui Kaesong, en Corée du Nord), à Hanyang, (aujourd’hui Séoul). Situé au pied du mont granitique Bugaksan, ce premier Palais scelle l’implantation de la dynastie dans la nouvelle capitale.

En 1398, le roi Jeongjong fait marche arrière et relocalise la capitale à Gaegyeong. Elle n’y reste pas longtemps car son successeur le roi Taejong décide, en 1405, de la réimplanter à Hanyang/Séoul. Il y adjoint un palais secondaire, Changdeokgung, achevé en 1412, bien intégré à la topographie et à l’environnement. Ce palais fera souvent fonction de palais principal. En 1483, Le roi Seongjong agrandit le palais et ses alentours et lui donne pour nouveau nom Changgyeonggung. Il en fait le lieu de la résidence royale tandis que Changdeokgung devient le lieu des affaires politiques. L’ensemble forme le Palais de l’Est (Donggwol).

Détruits par l’invasion japonaise, en 1592, les trois palais de Gyeongbokgung, Changdeokgung et Changgyeonggung seront reconstruits : Changdeokgung en 1610, qui servira de palais principal. Gyeongbokgung en 1867, que le roi Gojong utilisera comme palais royal pendant presque tout son règne puis qu’il promouvra trente ans plus tard au rang de palais impérial, après la création de l’Empire Coréen et son élévation au rang d’empereur. Suite à son abdication forcée, en 1907, le palais sera re-baptisé Deoksugung.

 On entre dans l’exposition par le Palais royal principal, Gyeongbokgung, signe de la dynastie Joseon, construit à partir de 1395. La salle du trône (Geunjeongjeon) de deux étages se dresse au centre d’une vaste cour pavée, bordée de deux rangées de pierres de rang déterminant la place de chaque fonctionnaire en fonction de sa position hiérarchique. Des photos grand format contrecollées sur aluminium font découvrir l’intérieur et l’extérieur du palais (photographies de Seo Heon-gang). L’intérieur est couvert de peintures polychromes aux couleurs vives représentant tous les symboles royaux de Corée. Un peu plus loin, les images de Park Jong-woo font voyager le visiteur d’un palais à l’autre. Le photographe et réalisateur de documentaires retransmet en trois dimensions sur des murs d’images qui nous encerclent ce patrimoine, fait de douceur et de gravité.

Changdeokgung, anciennement palais secondaire, est le modèle parfait d’harmonie avec la nature. Il est inscrit au patrimoine mondial Unesco depuis 1997. Édifié en 1405 il fut reconstruit à plusieurs reprises, après différentes destructions. A l’arrière du palais se trouve un superbe jardin (Huwon) et un étang (Buyongji), à la fois lieu de détente et lieu ouvert pour l’éducation. Des pavillons en forme de lotus ont été construits, sobres et intégrés dans la nature. Deoksugung a subi de nombreux préjudices lors de l’invasion japonaise, dont la vente d’une partie de son terrain. Dans la salle du trône (Chunghwajeon) se tiennent les événements officiels et se déroulent les cérémonies. Détruit en 1904 par un incendie, le palais fut reconstruit deux ans plus tard, sur un seul étage.

Changgyeonggung, une partie du Palais de l’Est, a subi de nombreuses destructions et autant de mutations. Ses travaux de rénovation ont débuté en 1983, lui permettant de retrouver son statut de palais royal. Incendiée en 1592 et reconstruite en 1616, la salle du trône (pavillon Myeongjeongjeon) n’était pas prévue comme espace politique mais pour l’accueil des trois reines mères. Le palais Changdeokgung (rebaptisé Gyeonghuigung en 1760), qui possédait plus d’une centaine de bâtiments dont un certain nombre avaient été détruits, fut reconstruit par la ville de Séoul après une longue période de fouilles, entre 1987 et 2002.

Le sanctuaire royal de Jongmyo, le plus important du pays, qui rassemble les tablettes royales ancestrales de la période Joseon a été reconstruit en 1608. Il se compose d’un espace rituel principal et d’un espace annexe pour la préparation des cérémonies. Majestueux dans sa sobriété, le bâtiment est sans ornementation. Il est inscrit depuis 1995 sur la liste du patrimoine mondial Unesco, ainsi que le rituel royal, les musiques et les danses, dans le cadre du patrimoine immatériel de l’humanité. Une grande plateforme pavée sur laquelle un long chemin dessert les différentes salles, le sépare du monde. Sur l’image proposée, l’alignement d’une vingtaine de fenêtres éclairées dans la régularité et la répétition architecturale offre aux musiciens et danseurs un espace dédié aux cérémonies rituelles. Une photo de l’intérieur montre les officiants se préparer, dans le silence et avec une grande solennité, tous gestes suspendus.

L’exposition se termine par une belle surprise, haute en couleurs, le mariage du roi Yeongjo et de la reine Jeongsun, cérémonie dite sobre – le roi ayant perdu sa première épouse plusieurs années auparavant et ayant respecté un long deuil – extraordinaire mise en scène de la cérémonie reconstituée en figurines de papier traditionnel coréen sculpté, le Hanji. La plasticienne Yang Mi-young fabrique elle-même son Hanji à la main, une pâte de fibre de mûrier qu’elle teint de couleurs précieuses, papier qui traverse des milliers d’années sans se dégrader. Elle a passé plus de trois ans avec une équipe de six personnes pour la réalisation de ce chef d’œuvre qui comprend plus de 500 figurines de papier, hautes de vingt-cinq centimètres, formant un défilé posé sur une longue table en U : cortège de soldats tenant bannières et arbalètes, infanterie et cavalerie, carrosses tirés par des rangées de chevaux, chapeaux selon le rang. Chaque visage est travaillé et dégage une expression différente. Yang Mi-young avait été reconnue artiste de l’année en 2016, au Salon du Patrimoine.

Le protocole du mariage royal est illustré dans l’un des 297 manuscrits royaux réalisés en 1759, (Uigwe), que l’armée française avait dérobés lors d’une expédition en Corée à la fin du XIXème siècle, et qu’elle avait gardés pendant cent quarante-cinq ans. Ils lui ont été « prêtés » plutôt que restitués, il y a une dizaine d’années. Dans ce livre magique dont une copie est exposée,1299 personnes et 379 chevaux sont représentés.

L’exposition Les Palais royaux de Corée est une magnifique proposition du directeur du Centre Culturel Coréen, Hae-oung John, exposition de trésors nationaux vivement recommandée. Inauguré il y a un an dans son nouvel écrin après avoir quitté l’avenue d’Iéna, le nouveau Centre situé rue la Boétie est superbement rénové et accueillant pour découvrir la culture coréenne royale et populaire.

Brigitte Rémer, le 15 mai 2021

Reprise de l’exposition du 19 au 22 mai 2021, (initialement prévue du 16 décembre 2020 au 26 février 2021) – Centre culturel Coréen, 20 rue la Boétie, 75008. Paris – tél. : +33 (0) 1 47 20 83 86 – site : www.coree-culture.org

Palais royaux de Corée ©Centre Culturel Coréen

Figurines de papier Hanji © Centre Culturel Coréen

El-Warsha Théâtre, lutte pour la survie

Les Oiseaux du Fayoum © Nabil Boutros

Lettre ouverte, transmise par Hassan El-Geretly, metteur en scène et directeur de la troupe El-Warsha Théâtre, au Caire :

À mes collègues artistes et directeurs.trices de théâtre, de France et d’ailleurs,

Depuis trente-cinq ans, El-Warsha ne s’est pas contenté d’être une simple réplique de la culture occidentale, même si celle-ci l’a nourrie dans la seconde moitié du XXème siècle et que, par les grands textes qu’elle s’est appropriés, elle a construit son identité propre. La troupe a travaillé la langue vernaculaire et développé des formes scéniques puisant dans les cultures ancestrales que sont le conte, la Geste Hilalienne, le chant et la variété des formes musicales d’Égypte et du Moyen-Orient, les arts du bâton qu’on trouve déjà représentés dans les tombes de la vallée du Nil, les marionnettes. L’éducation artistique et le travail social développé avec les jeunes, dans les villages de Moyenne-Égypte en partenariat avec les centres culturels locaux et régionaux ainsi que la transmission aux jeunes générations d’artistes, sont aussi au centre de notre action.

Confrontés à une diminution drastique des subsides de la part des centres culturels étrangers, des fondations internationales et des organisations intergouvernementales, ainsi qu’à l’annulation des tournées à l’étranger, notamment en France, nous nous trouvons aujourd’hui au bord du vide. Comment exister sans volonté politique de la part des pouvoirs publics ? C’est tout simplement impossible, vous, en France, êtes bien placés pour le savoir.

Si je lance cette bouteille à la mer pour attirer votre attention sur la situation de la troupe, c’est dans un esprit de solidarité et pour créer une dynamique autour d’un mouvement qui commence à se dessiner dans mon pays, celui des compagnies indépendantes avec toute leur vitalité – nombre de jeunes aujourd’hui s’y risquent – mais qui se trouve tragiquement suspendu dans sa course. Le théâtre en Égypte se doit d’être soit commercial, soit soumis aux pouvoirs publics dans un rapport de dépendance, il n’existe aucun entre-deux. Ce rôle de garde-fou rempli par les pouvoirs publics en France, et qui permet le développement de la création et de l’innovation artistique ainsi que la reconnaissance du travail accompli, est chez nous totalement absent.

Pour que El-Warsha puisse poursuivre sa route, toute collaboration, partenariat et /ou diffusion dans l’un de vos théâtres ou festivals nous serait précieux, même si, compte tenu de la pandémie, j’ai conscience que la situation des institutions théâtrales françaises, a sa part de difficulté. Dans tous les cas, je me réjouirais d’échanger avec vous sur ces sujets car, selon moi, il serait plus dangereux de laisser ces questions dans le silence.

En vous remerciant de votre attention et vous adressant mes salutations distinguées et cordiales.

Hassan El-Geretly / e-mail : hgeretly@hotmail.com

Zawaya © Nabil Boutros.

Cf. « Al-Ahram Hebdo » 17-23 février 2021 – Article de Nevine Lameï, El-Warsha lutte pour la survie – http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/0/5/25/34167/ElWarsha-lutte-pour-la-survie.aspx

Paris se souvient de Juan Camilo Sierra

© El País /Colombia

Un adieu de France des plus chaleureux à Juan Camilo Sierra Restrepo, grand gestionnaire culturel colombien qui s’est envolé vers l’Ailleurs, samedi 26 septembre 2020, à Bogotá, à l’âge de cinquante-cinq ans. Il souffrait d’un cancer. Une amie de Colombie nous a transmis la bien triste nouvelle.

Homme de conviction et d’action, Juan Camilo avait passé un an à Paris, en 1994/1995, dans le cadre de la Formation Internationale Culture créée en 1991 par Jack Lang alors Ministre de la Culture et mise en œuvre sous l’égide de la Commission nationale française pour l’Unesco. Il était diplômé de l’école de journalisme de Bogotá, écrivait des articles sur les événements culturels dans divers organes de presse colombiens et était correspondant à Paris du journal El Tiempo. A son retour il avait été commissaire d’expositions et critique d’art, conseiller éditorial en relation avec le Mexique et directeur du Fondo de Cultura Económica à Bogotá, entre 2001 et 2007 et, plus tard, entre 2011 et 2015. Il s’était spécialisé dans le domaine du livre en créant, en 2016, la Feria del Libro/ le Salon du Livre de Cali qu’il développait au fil des ans. Il en avait préparé l’édition virtuelle 2020, programmée entre le 15 et le 25 octobre.

Juan Camilo, 2d à gauche, et la Formation Internationale Culture – Novembre 1994 – Ministère de la Culture, Paris.

Avec quatorze autres responsables culturels de pays et continents différents, Juan Camilo s’était formé à la gestion culturelle à partir de l’observation en France et en Europe du fonctionnement des institutions culturelles, du montage de projets et par les rencontres sur le terrain avec les décideurs politiques et les opérateurs culturels de toutes disciplines. De la politique culturelle de la ville de Lille à la problématique européenne de la ville de Luxembourg, cette année-là ville européenne de toutes les cultures ; de la Cité des Sciences et de l’Industrie où il avait effectué un stage, au Festival d’Avignon où la promotion achevait son parcours d’étude, Juan Camilo se montrait curieux de tout et analysait avec pertinence et talent les expériences rencontrées.

Il avait élaboré et soutenu un mémoire pour l’obtention du DESS Action artistique, Politiques culturelles et Muséologie délivré par l’Université de Bourgogne/Faculté de Droit et de Science politique, intégré dans les apprentissages, sur le thème : La communication culturelle – Une approche de la salle Sciences-Actualités de la Cité des Sciences et de l’Industrie. Daniel Jacobi, professeur en sciences de l’information et de la communication, l’avait accompagné dans son travail.

Homme de partage, Juan Camilo échangeait volontiers son expérience culturelle colombienne avec les collègues de sa promotion. Il avait acquis un véritable savoir-faire international qu’il a mis en pratique tout au long de sa vie professionnelle. A son retour en Colombie il avait travaillé plusieurs années au centre d’art de Banco de la República/Biblioteca Luis Angel Arrango, à Bogotá. Là, avec sa collègue russe de la session précédente, Katia Selezneva-Nikitch, chargée des relations internationales à la Galerie Tretiakov de Moscou, il avait créé de fructueux partenariats et monté deux expositions qui avaient voyagé de Moscou à Bogotá. La première, en 1999 : Pioneros del arte moderno/Arte ruso y soviético, 1900-1930. La seconde, en 2002 : 500 Años de Arte Ruso/Iconos de la Galería Tretyakof de Moscú. Un exploit que de réussir à faire venir en Colombie ce patrimoine russe !

Ouvert et généreux, compétent et inventif, Juan Camilo était directeur du Salon du Livre de Cali/ Feria del Libro de Cali qu’il avait créé en partenariat avec la Mairie de Cali et la Fundación Spiwak, en 2016, et dans laquelle l’Université de Valle del Cauca, était partie prenante. Un vibrant hommage vient de lui être rendu par le Réseau des Salons du Livre de Colombie qu’il avait fondé, la Chambre colombienne du Livre et le Ministère colombien de la Culture. Ses collègues de Colombie, d’Espagne et du Mexique, tous, ont mis en exergue son immense professionnalisme et son éthique, son intelligence vive et sa dynamique, sa générosité et sa bienveillance attentive.

Juan Camilo Sierra, Juan Cam comme certains le nommaient, était une personne et une personnalité fascinante, d’une élégante profondeur et richesse. Par son impressionnant travail et son expérience sédimentée il a beaucoup apporté à l’écosystème, si fragile, qu’est le domaine culturel, et a ouvert de grands espaces pour le livre et pour la culture, tous le reconnaissent. Il avait une vision culturelle et de nombreuses ressources, il avait la foi en ce qu’il faisait. Par son don pour le travail en réseau, il laisse son empreinte, comme au centre culturel Gabriel Garcia Márquez de Bogotá au cœur de La Candelaria où se trouve le siège de la maison d’éditions mexicaine Fonds de Culture Économique qu’il a longtemps fréquentée.

Son sourire communicatif, son enthousiasme, sa discrétion et son attention aux autres vont manquer dans le paysage culturel. De Paris jusqu’à Bogotá et Cali, d’Europe à l’Amérique Latine, nous nous joignons à la tristesse de ses proches, famille, amis et collègues et transmettons toute notre amitié. Précieusement, nous le gardons dans nos mémoires.

« Mais avant d’arriver au vers final, il avait déjà compris qu’il ne sortirait jamais de cette chambre car il était dit que la cité des miroirs (ou des mirages) serait rasée par le vent et bannie de la mémoire des hommes à l’instant où Aureliano Babilonia achèverait de déchiffrer les parchemins, et que tout ce qui y était écrit demeurait depuis toujours et resterait à jamais irrépétible, car aux lignées condamnées à cent ans de solitude, il n’était pas donné sur terre de seconde chance. » (Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Márquez).

Brigitte Rémer, le 15 octobre 2020

Artistes dans la Cité – Bourses d’étude de la Fondation Hermès

© Atelier Julia Bernard

La Fondation d’entreprise Hermès propose, depuis 2018,  des bourses d’étude pour les artistes du spectacle vivant, dans le cadre de son programme Artistes dans la Cité.

L’appel à propositions et règlement 2020 lancé par la Fondation avec les conditions d’éligibilité et le dossier de candidature se trouvent ci-dessous. Date limite d’inscription : vendredi 18 septembre 2020, à 12 h (midi).

“Vous soumettez aujourd’hui un dossier de candidature à  la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme Artistes dans la Cité.

Depuis sa création en 2008, la Fondation d’entreprise Hermès explore de nombreux domaines relatifs aux savoir-faire artisanaux et artistiques. Création,  transmission et savoir-faire, telles sont les trois orientations qui guident son action, notamment dans le domaine des arts de la scène.

Depuis 2011, le programme New Settings accompagne ainsi, avec un regard buissonnier, les artistes dans la création de spectacles ayant une forte porosité avec les arts visuels, plastiques et / ou numériques. Le programme Artistes dans la Cité, créé en 2018, rassemble quant à lui un certain nombre d’initiatives qui tendent à inscrire la parole des (futurs) artistes du spectacle vivant dans la  vie de la Cité.

Dans ce cadre, la Fondation d’entreprise Hermès a aujourd’hui la volonté de développer une action structurante qui permette à des jeunes gens motivés de réaliser  leur rêve en poursuivant des études supérieures en danse ou en théâtre. L’accompagnement vers les métiers du geste et de la parole résonne fortement avec les valeurs propres au milieu de l’artisanat portées par la maison Hermès et sa Fondation.

En mettant l’humain au centre de sa démarche, avec un focus plus particulier sur le processus d’apprentissage et de formation, cette action vise à faciliter l’accès aux carrières artistiques dans les domaines de la danse et du théâtre à des jeunes ne bénéficiant pas des conditions matérielles favorables à l’expression de tout leur potentiel.

La Fondation a donc décidé d’agir en amont et en aval des concours d’entrée dans les écoles supérieures de danse et de théâtre. Parallèlement à son soutien à une classe préparatoire « Égalité des chances » en théâtre (la Prépa’ Théâtre 93 mise en place par la MC 93), elle a donc lancé en 2019 un dispositif de bourses d’études sur critères sociaux pour les étudiants qui ont accédé à des études supérieures.

Le fonctionnement de ce système de bourses est l’objet du présent RÈGLEMENT :

1 • L’organisateur

La Fondation d’entreprise Hermès, dont le siège social est situé au 24, rue du faubourg  Saint-Honoré à Paris, 75008, France, régie en application de la loi n°87-571 du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat, et ses modifications successives, lance, à compter du 1er juillet 2019, un dispositif d’attribution de bourses d’études destinées à des étudiants inscrits dans un cursus supérieur de danse ou de théâtre, dans le cadre de son programme Artistes dans la Cité.

2 • Les formations éligibles

Les formations ouvrant droit à une bourse sont les formations dispensées dans un des  établissements publics d’enseignement supérieur de théâtre et de danse suivantes :

Théâtre :

• Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) – Paris
• École supérieure d’art dramatique du Théâtre national de Strasbourg (École du TNS)
• École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) – Lyon
• École de la Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national
• École du Nord – École professionnelle supérieure d’art dramatique Hauts-de-France – Lille
• École supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine (éstba)
• École nationale supérieure d’art dramatique de Montpellier / Maison Louis Jouvet (ENSAD)
• École régionale d’acteurs de Cannes et Marseille (ERACM)
• École supérieure d’art dramatique de la Ville de Paris (ESAD)
• L’Académie de l’Union – École supérieure professionnelle de Théâtre du Limousin
• École du Théâtre national de Bretagne (École du TNB) – Rennes

Danse :

• Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMD) – Paris
• Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon (CNSMD) – Lyon
• École supérieure du centre national de la danse contemporaine – Angers (CNDC)
• Centre international de danse Rosella Hightower – Pôle national supérieur danse Cannes-Mougins / Marseille
• ICI – Centre chorégraphique national de Montpellier – Occitanie / Pyrénées Méditerranée,  master exerce

En outre, pour ouvrir droit à une bourse, le diplôme préparé doit être soit un diplôme national supérieur professionnel (DNSP) de comédien ou de danseur, soit un diplôme dispensé dans  le cadre d’un parcours LMD.

3 • Les bénéficiaires

Les bourses sont destinées aux étudiants en situation de précarité financière, inscrits en formation
initiale ou continue dans les cursus et établissements prévus à l’article 2. En conséquence,
les étudiants en alternance ne sont pas éligibles au présent dispositif de bourses.

4 • Montant et durée des bourses

Le montant des bourses délivrées par la Fondation d’entreprise Hermès est déterminé au cas par cas, en fonction de critères sociaux et du parcours de l’étudiant.

Ces bourses peuvent venir en complément d’autres revenus de l’élève, qu’il s’agisse notamment
d’autres bourses (par exemple du Crous), des allocations (APL…) ou des ressources familiales. Ces bourses seront calculées de manière à ce que chaque bénéficiaire dispose d’une somme décente pour subvenir à ses besoins.

Ces bourses sont versées à des étudiants inscrits dans les cursus dispensés par l’un des établissements mentionnés à l’article 2, pour une année de formation du mois de septembre N au mois de juin N+1 et au maximum pour une durée de trois (3) ans.

La reconduction des bourses d’une année sur l’autre est soumise aux conditions énoncées à  l’article 9.

En cas de changement de situation intervenant au cours de l’année de formation et de nature à modifier le droit à la bourse, le demandeur doit en informer la Fondation et produire les justificatifs dans un délai maximal de deux (2) mois à compter de ce changement.

5 • Modalités de dépôt de dossiers

Les étudiants doivent faire parvenir un dossier de candidature via le module de candidatures en ligne prévu à cet effet, sur le site de la Fondation, dans l’onglet « Candidatures », avant le vendredi 18 septembre 2020, à 12 h (midi). Les étudiants ayant besoin d’aide dans la constitution de leur dossier peuvent demander l’assistance du service de scolarité de leur établissement.

Dans le cas où le concours d’entrée à l’une des formations éligibles citées à l’article 2 aurait été repoussé au-delà de septembre 2020, du fait de l’épidémie de Covid-19, les candidats concernés sont tout de même autorisés à déposer un dossier de candidature suivant le calendrier ci-dessus. S’ils venaient à être sélectionnés par la Fondation d’entreprise Hermès, ils recevront une notification d’attribution conditionnelle de bourse.

Pour être recevables, les dossiers doivent obligatoirement comporter les éléments suivants :

• Le formulaire de demande d’aide, téléchargeable sur le site de la Fondation d’entreprise Hermès (www.fondationdentreprisehermes.com) ;
• La déclaration d’imposition du foyer fiscal de l’année N-1 (de la / des personne[s] dont ils dépendent fiscalement – parents, tuteurs…) ;
• Le curriculum vitae de l’étudiant.

Pour les candidats bénéficiant d’une autre aide financière, les dossiers doivent également comporter les éléments suivants :

• La notification conditionnelle ou définitive de bourse Crous 2020-2021 ;
• Le justificatif du Fnauc (ministère de la Culture) ;
• Le justificatif d’une autre aide financière (RSA, Pôle emploi, bourse d’un mécène, etc.)
• Le justificatif de la CAF (APL ou autres).

Seuls les dossiers complets pourront être acceptés.

Les candidats sont invités à prendre en compte le temps de transmission électronique afin de s’assurer de l’arrivée de leur dossier avant la date et l’heure limites. La Fondation ne pourra être tenue responsable dans le cas du retard pris par un candidat dans l’envoi de sa candidature, notamment lorsque ce retard est dû à des problèmes techniques et / ou informatiques.

Ces données sont traitées et conservées dans la plus grande confidentialité, conformément  à la Politique de confidentialité de la Fondation d’entreprise Hermès.

6 • Commission d’attribution

À l’issue du dépôt des dossiers, un comité de sélection souverain se réunira afin d’étudier les dossiers reçus et de sélectionner les étudiants qui bénéficieront d’une bourse d’études de la part de la Fondation d’entreprise Hermès.

Ce comité est composé de personnalités qualifiées du monde du théâtre, de la danse et de la formation, incluant des collaborateurs de la maison Hermès.

De façon exceptionnelle, en cours d’année scolaire, la Fondation d’entreprise Hermès pourra, en cas d’urgence, examiner l’octroi de nouvelles bourses, en collaboration avec le comité de sélection. Cette décision ne pourra en aucun cas diminuer le montant des aides allouées auparavant à d’autres bénéficiaires.

7 • Critères d’attribution

Ces candidatures et bourses d’études sont individuelles. Elles sont attribuées à des étudiants en situation de précarité financière en fonction de critères sociaux et du parcours de l’étudiant. Le niveau de revenu de l’élève est considéré par le comité de sélection.

Les situations particulières de chaque élève sont aussi prises en compte (éloignement familial,
rupture familiale…).

Il est fortement conseillé aux étudiants de prendre contact avec la scolarité de leur établissement afin d’obtenir tous les renseignements utiles à cette démarche.

8 • Annonce des résultats

La Fondation d’entreprise Hermès s’engage ensuite à contacter, dans les meilleurs délais,  chaque candidat par courriel afin de lui notifier la décision du comité de sélection.

De façon exceptionnelle et dans le cadre de l’épidémie de Covid-19, les candidats n’ayant pas encore finalisé les épreuves d’admission aux formations citées à l’article 2 et qui auraient tout de même été retenus par le comité de sélection recevront leur résultat par courriel à travers une notification d’attribution conditionnelle de bourse. Cette dernière sera confirmée après la présentation par l’étudiant concerné d’un justificatif d’admission définitive, décerné par son établissement.

9 • Versement des bourses

a) Versement dans l’année

Préalablement au premier versement de sa bourse, chaque bénéficiaire sélectionné doit signer le présent règlement et fournir à la Fondation d’entreprise Hermès un certain nombre d’informations administratives susceptibles de faciliter le traitement de son dossier (RIB, attestation de scolarité…).

Les bourses sont versées pendant toute l’année de formation hors vacances estivales, soit durant dix (10) mois, du mois de septembre au mois de juin. Elles sont versées mensuellement
sur le compte bancaire de l’étudiant.

Ces versements peuvent être suspendus ou arrêtés par la Fondation d’entreprise Hermès après notification, par le bénéficiaire, d’un changement de situation financière susceptible de modifier les informations notifiées dans le dossier qu’il aura constitué lors de sa candidature.

b) Reconduction de la bourse

La reconduction de la bourse d’une année sur l’autre nécessitera un réexamen préalable de
la situation personnelle de chaque bénéficiaire. Pour ce faire, la reconduction sera soumise :

• D’une part, à l’envoi par chaque bénéficiaire, avant le 15 septembre de chaque année, (I) d’une fiche d’information fournie par la Fondation d’entreprise Hermès, et (II) de la déclaration d’imposition du foyer fiscal de l’année N-1 (le leur ou celui de la / des personnes dont ils dépendent fiscalement – parents, tuteurs…), et (III) la notification conditionnelle ou définitive de bourse Crous de l’année scolaire à venir ;

• D’autre part, au respect par le bénéficiaire des engagements prévus à l’article 10 ci-dessous.

Ces documents seront adressés à la Fondation d’entreprise Hermès selon le mode d’envoi qu’elle leur indiquera alors.

c ) Communication avec les bénéficiaires

Le mode de communication privilégié pour les échanges entre la Fondation d’entreprise Hermès et les bénéficiaires est le courriel. Cependant, des échanges téléphoniques pourront avoir lieu afin de garantir une circulation optimale des informations.

Les services de la scolarité des établissements cités à l’article 2 restent les interlocuteurs privilégiés des bénéficiaires pour le bon déroulement de leurs études.

10 • Engagements du bénéficiaire

En envoyant son dossier de candidature à la Fondation d’entreprise Hermès, l’étudiant accepte
de fait la possibilité de recevoir une bourse d’études de trois (3) ans maximum.

Ce faisant, il s’engage à :

• Fournir des informations exactes et à jour à la Fondation d’entreprise Hermès lors de l’envoi  de son dossier de candidature ;
• Informer la Fondation d’entreprise Hermès de tout changement de situation personnelle de nature à modifier son équilibre financier ;
• Autoriser le traitement de ses données personnelles par la Fondation d’entreprise Hermès ;
• Assister avec assiduité aux cours et activités dispensés par son établissement ;
• Participer, sous réserve de remplir ses engagements professionnels et vis-à-vis de son établissement, aux activités proposées par la Fondation ;
• Veiller à ce que toute intervention de sa part ne porte pas atteinte à l’image, à la réputation et au prestige du nom Hermès et / ou de la Fondation d’entreprise Hermès.

11 • Règlement et litiges

La participation à ce dispositif de bourses d’études implique l’acceptation sans réserve ni  restriction du présent règlement. Tout manquement à ce dernier et aux engagements susmentionnés entraînerait un réexamen de la bourse attribuée à l’étudiant par la Fondation d’entreprise Hermès, en collaboration avec les services de la scolarité de son établissement.

Toute contestation relative au présent règlement, quelle que soit sa nature, sera tranchée  souverainement et en dernier ressort par la Fondation d’entreprise Hermès dans le respect de l’esprit du présent règlement.

Ce dispositif de bourses d’études est soumis au droit français.

12 • Droits à l’image et autorisation de diffusion

Tout candidat accepte, de par sa participation à ce dispositif de bourses d’études, que son image et / ou ses propos puissent faire l’objet d’une communication interne et externe de la Fondation d’entreprise Hermès, autour dudit dispositif, des thème relatifs aux savoir-faire et aux arts de la scène, et ce, quel qu’en soit le support.

Les participants autorisent par ailleurs la Fondation d’entreprise Hermès à mentionner leur nom dans des communiqués, articles de presse, et ce, sur tout support écrit (livres, magazines, catalogues, brochures, etc.) et / ou multimédia, quel que soit le format, dans le monde entier, sans limitation de durée et sans que cela leur confère un droit à une rémunération ou à un avantage autre que la participation à ce dispositif.

Ces conditions sont valables en particulier pour un éventuel projet éditorial associé à ce dispositif, et la présentation en ligne sur le site de la Fondation d’entreprise Hermès et sur le site Intranet des sociétés fondatrices.

Par ailleurs, que le dossier du candidat soit sélectionné ou non par la Fondation d’entreprise Hermès, le candidat ne pourra, sans l’autorisation écrite et préalable de la Fondation d’entreprise Hermès, utiliser ou faire usage du nom de la Fondation d’entreprise Hermès et / ou d’Hermès, et / ou des marques du groupe Hermès, et / ou du logo de la Fondation d’entreprise Hermès et / ou des sociétés du groupe Hermès, auprès de tout tiers, selon tous modes de communication, écrite, verbale ou autre, sur tout support et notamment sur des sites internes.

13 • Questions / contacts

Pour toute question d’ordre technique, les étudiants peuvent contacter le service scolarité de leur établissement. Ils peuvent aussi contacter la Fondation à l’adresse mail suivante: scene.fondation@hermes.com. “

Brigitte Rémer, 20 Juillet 2020

Formulaire de candidature à renvoyer à la Fondation d’entreprise Hermès via son module de candidatures en ligne, avant le vendredi 18 septembre 2020, 12 h (midi) : (www.fondationdentreprisehermes.com)

Re : Creating Europe

© Jan Boeve

Soirée dirigée par Ivo van Hove et présentée par Bas Heijne – Odéon-Théâtre de l’Europe/Ateliers Berthier – en coréalisation avec le Théâtre de la Ville, dans le cadre des Chantiers d’Europe.

L’idée de cette soirée présentée par Stéphane Braunschweig, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, est de parler d’Europe, ce qu’elle a été et ce qu’elle est, dans la sensibilité des élections prochaines. Ivo van Hove, directeur de l’International Theater Amsterdam et metteur en scène bien connu en France, qui présente actuellement à la Comédie Française Électre/Oreste (cf. notre article du 7 mai) en est le maître de cérémonie. Il en avait élaboré la conception, et avait présenté une première édition en juin 2016, dans un forum sur la Culture à Amsterdam, en partenariat avec le Centre pour les Arts De Balie/ Dutch Performing Art Center, à la veille du Référendum sur le Brexit.

L’essayiste Bas Heijne, qui travaille sur les sujets de sociétés au sens large et qui a reçu pour l’ensemble de son oeuvre le Prix PC Hooft 2017, rappelle quelques étapes de la construction de l’Europe en ses symboles forts, et notamment la création de l’Hymne européen en 1985, l’Ode à la joie, dernier mouvement de la Neuvième symphonie de Beethoven. Il dit l’idée européenne de dépassement des limites de nationalité et de compréhension mutuelle recherchée. Il fait référence à Friedrich Von Schiller, poète et dramaturge allemand se reconnaissant dans les idées de Rousseau et le mouvement littéraire du Sturm und Drang et à Ivan Jablonka, historien et écrivain dont les grands parents ont été déportés à Auschwitz et qui a apprivoisé l’Europe en voyageant en camping-car, dans sa jeunesse.

Les textes lus en trois langues et surtitrés, par la douzaine d’acteurs qui participaient à la soirée, venant des Pays-Bas, d’Allemagne et de France – superbement accompagnés dans différentes postures et situations, sur un plateau recouvert d’un tapis bleu aux douze étoiles dorées – sont autant de déclarations d’intentions partagées avec le public ce soir-là, remettant sur le devant de la scène quelques mots-clés, comme Fraternité, Respect des différences, Romantisme, Universalisme.

L’histoire commune a été rappelée à travers quelques images vidéo projetées montrant que l’Europe avait grandi de progrès en régression, d’illusions en désillusions, d’idées brillantes en erreurs. A travers les discours et les textes, paroles d’artistes, de penseurs, de dirigeants politiques, de Shakespeare à Mitterrand, de Thatcher à Obama, de Victor Hugo à Simone Weil, cette exploration de l’Europe qui définit son histoire, était salutaire à entendre, Ivo Van Hove l’a fort réussie.

Loin de la globalisation aujourd’hui imposée, la place de l’art, qui renverse les préjugés, a été saluée – la soirée a lieu dans un Théâtre National – pour un projet européen à ré-affirmer.

Brigitte Rémer, le 10 mai 2019

Avec les comédiens du Internationaal Theater Amsterdam et Charles Berling, Valéria Bruni Tedeschi et Lars Eidinger. Son Timo Merkies – lumières Dennis van Scheppingen – vidéo Jordi Wolswijk, Mark Thewessen – Sites : theatre-odeon.eu et theatredelaville.fr – Jusqu’au 1er juin 2019 : Chantiers d’Europe, l’Europe des Arts et l’Europe des générations, plus de vingt artistiques de neuf pays différents, à découvrir, dans la programmation Hors les murs du Théâtre de la Ville.

 

Je passe

© Sameh Salameh

Performance – conception et mise en scène Judith Depaule, d’après les récits d’artistes de l’atelier des artistes en exil réalisation vidéo  Samer Salameh – à l’Institut du Monde Arabe.

Sept cercles de chaises délimitent des espaces d’intimité où le public, en arrivant, se répartit. Quand le spectacle commence, du fond de la salle sept actrices et acteurs se regroupent. Un à un ils prennent place, chacun dans un cercle. Ils ont dans les mains une tablette et un discret haut-parleur et circuleront de groupe en groupe selon un code commun à tous, comme une chorégraphie, ou un rituel de passage. Ils s’assiéront parmi les spectateurs, entrant dans le cercle, allumeront leur tablette. Un portrait s’affichera d’un artiste en exil qui fera face au public, pendant que l’acteur raconte. A la fin de la séquence – et toutes les séquences se terminent en même temps, d’un bout de la salle à l’autre – on verra l’artiste à l’œuvre, dans sa discipline : chant, musique, dessin, peinture, écriture etc.

Dans la diversité des récits et des géographies, chaque spectateur rencontre sept visages, sept itinéraires de vie, sur l’avant de l’exil, le pourquoi, le comment de leur arrivée en Europe : Je suis né(e) en/ année de naissance… nom du pays… Elle/il parle de sa formation, de sa profession, de sa famille, puis de la guerre, de la prison et de la torture, de la peur.

Le premier récit de vie qu’il m’est donné d’entendre vient de Syrie. C’est une jeune femme, artiste formée à l’école des Beaux-Arts de Damas qui se raconte et parle de cet état de peur, permanent, qui anéantit. « J’ai participé aux manifestations mais je ne voulais pas faire la guerre. Je suis partie pour la France » dit-elle pudiquement.

Née en Iran, la seconde a étudié la peinture mais « en tant qu’artiste on ne peut pas se montrer » il faut se cacher. Mariée à un étranger dont le contrat n’a pas été renouvelé, elle a subi pressions, interrogatoires et perquisitions, toute activité liée à l’étranger étant jugée suspecte. « Sentir l’exil c’est ne plus voir ta famille » c’est les parents qui disparaissent sans que l’on puisse ni les revoir ni les accompagner. A l’arrivée le dépaysement est garanti « autour de soi tout est nouveau. » Cette artiste chante l’exil tandis que sa peinture apparaît sur l’écran.

Réfugié politique, le troisième visage vient de Kinshasa. Opposant au régime il parle des manifestations et de la répression, des menaces, de la prison, des tortures, des évasions. Par l’aide de réseaux plus ou moins mafieux il réussit à quitter le pays. Arrivé à Roissy le passeur le largue comme un paquet et sans papiers, dans l’anonymat de l’aéroport, sa langue – le lingala – pour seul bagage. On le voit sculpter la terre – un prisonnier assis au sol, mains dans le dos – son travail témoigne de sa vie.

Le quatrième témoignage vient du Soudan et des changements géographiques imposés par la situation. L’homme, alors enfant, a suivi sa famille entre le Tchad puis la Libye. Il parle des printemps arabes où les cartes se sont rebattues dans la confusion générale. Il évoque le fait d’être noir en Libye, un handicap de plus. Son père et son frère sont tués sous les bombes lâchées sur la maison, dans un quartier décimé. Il parle de sa vie cachée, pour déjouer le pire, évoque les exactions dont il fut témoin : décapitation, vente d’hommes et de femmes, viols. Il parle de la nécessité de partir et des destins qui se brisent par centaines dans ce qu’il nomme le cimetière bleu. Là-bas il était traducteur.

La cinquième est une femme afghane arrivée en France il y a deux ans et demi. De son pays elle garde la misogynie généralisée dans les transports, la rue et partout, le harcèlement sexuel à l’entrée de l’Université. Elle parle de petite enfance sinistrée, violée, des mariages forcés, du manque d’éducation. Elle est designer et crée des costumes. On la voit, pinceau à la main, dessiner la mode avec une grande finesse.

La sixième histoire de vie est celle d’un homme né au nord Soudan. Il est écrivain. Quitter son pays n’était pas sa volonté. Il accuse son gouvernement d’avoir bâillonné le peuple pour mieux l’exterminer. Il parle des quatre cents langues de son pays et de l’écrit remontant à plus de cinq mille ans. Il parle de prison, de torture, de sa vie là-bas qui le condamna à mort après la destruction de sa maison et du journal qu’il avait créé. Il raconte sa fuite, les faux-papiers et son changement d’identité, les trahisons, les risques, le soutien des organisations humanitaires. Il parle de l’asile politique et du Haut-Commissariat aux réfugiés. Il parle de la peur. Dans sa djellaba blanche et coiffé d’un turban, il est conteur-chanteur.

Le septième parcours de vie nous mène en Azerbaïjan où Azeris et Iraniens se mélangent, où vivre sa sexualité est impossible et oblige à ne pas être soi, à dissimuler. Chez les Azeris porter une boucle d’oreille vaut aveu d’homosexualité. Pour exister, « tu dois tout le temps faire l’acteur. » Menaces à la famille. Peurs permanentes. Assignation à résidence. Coups. Absence de preuves. Obligation de partir. Il raconte son voyage dans les cales des bateaux et son tour d’Europe non choisi. Il écrit pour nous Politic/Poétic. Refused/Réfugié Refusé. Autour de ses mots, quelques enluminures.

Pour le spectateur le parcours est rude mais salutaire et le concept élaboré par Judith Depaule –  d’envoyer ces bouteilles à la mer – fonctionne magnifiquement et sobrement, avec ses acteurs-conteurs. Ensemble ils recréent de la dignité en donnant des visages à l’exil. Fondatrice de la compagnie Mabel Octobre en 2001 après de nombreuses collaborations artistiques, Judith Depaule avance sur des sentiers où elle s’engage personnellement. Elle crée le plus souvent ses propres textes à partir d’une base de recherche documentaire qu’elle croise avec le multimédia, anime des ateliers-spectacles avec les détenus, les primo-arrivants en France, le milieu scolaire et universitaire, les amateurs.

Cette performance, qui nous plonge dans les drames d’aujourd’hui et les espoirs de nouvelles vies, sera suivie d’autres rencontres, en avril, juin et octobre.

Brigitte Rémer, le 15 mars 2019

Avec : Mathilde Bigan – Raphaël Bocobza – Fernand Catry – Anouk Darne-Tanguille – Nino Djerbir – Pauline D’Ozenay – Nicolas Gachet – Mouradi M’Chinda – Morgane Peters – Nathan Roumenov – Tamara Saade – Angelica Kiyomi Tisseyre Sekine – Frederico Semedo Rocha ou Pablo Jupin – Clémentine Vignais. Réalisation vidéo : Samer Salameh – Production Mabel Octobre et l’atelier des Artistes en exil, avec le soutien du FIJAD.

Le 10 mars 2019 –  Salle du Haut Conseil, Institut du Monde Arabe – Atelier des Artistes en exil, 102 rue des Poissonniers, 75018 Paris. Tél. : +33 1 53 41 65 96 – courriel : contact@aa-e.org – Prochain rendez-vous, le 1er avril à 20h au Collège des Bernardins, Je passe 1&2 – 20 rue de Poissy.  75005 Paris – métro : Maubert-Mutualité.

Journée des Femmes au Centre culturel Égyptien

© Brigitte Rémer

Deux raisons de se réjouir au Centre culturel égyptien de Paris où on fête la Journée internationale des droits des Femmes, comme partout dans le monde, doublé pour l’Égypte, de L’Année Culturelle France Egypte qui vient tout juste de débuter (cf. notre article du 22 février).

Conseillère culturelle près l’Ambassade d’Égypte en France et directrice du Bureau Culturel Égyptien à Paris, c’est une femme, Nivine Khaled, qui accueille, en ce 8 mars, femmes et hommes venus honorer la Journée internationale de la Femme.

La soirée proposée se compose de trois séquences. Elle débute par la projection du film Past in peace/ Repose en paix, en présence de la réalisatrice Dina Abdel Salam qui réalise une fiction-documentaire sur deux sœurs, femmes de milieu populaire dont la seconde enterre son époux alors que la première est veuve déjà. On les suit dans leur reconstruction de femme seule et le rituel de leur vie quotidienne. Un échange avec la salle a suivi la projection.

La seconde partie consiste en un échange sur le thème de La femme égyptienne, une mosaïque de profils, réalisé par Lana Habib et Nivine Khaled. La conseillère culturelle rappelle que la Journée de la femme a été instituée dès 1910 au Congrès de Copenhague et qu’elle a été mise en pratique l’année suivante dans quatre pays : le Danemark, l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse. En France, c’est depuis 1982 que l’on fête le 8 mars, décision du président François Mitterrand. Elle rappelle que le droit de vote a été donné aux femmes dans les Pays Scandinaves au début du XXè, en 1944 pour la France, en 1956 sous Nasser pour l’Égypte, et, en 2011 pour l’Arabie Saoudite. Dans tous les pays, la conquête pour la reconnaissance de l’égalité hommes/ femmes, est un long processus, en Égypte, il a débuté à compter de 1914, avec son inscription dans les constitutions successives. Dans le pays, 25% de femmes occupent aujourd’hui des postes ministériels – contre 50 % en France, 52% en Suède et 53% au Nicaragua -. Partout dans le monde le combat pour l’égalité entre hommes et femmes se poursuit.

Lana Habib, professeur à l’Université d’Alexandrie, exprime son plaisir de passer quelques jours en France alors qu’elle y fut, vingt ans plus tôt, boursière. Elle présente le phénomène des Vlogs – vidéo/blogs – qui, dans l’espace virtuel, fait fureur, notamment auprès des 16/24 ans. Les jeunes, jeunes femmes en tête, mettent leur parole de type journal intime, en vidéo et se mettent en scène, ce qu’elles ne feraient ni dans la vie ni dans l’espace public. Elles franchissent là une barrière à la manière d’une bravade et font le choix de l’authenticité. Lana Habib présente ainsi quatre profils de femmes qui s’expriment par leurs Vlogs, de professions diverses comme médecin, guide touristique, critique cinéma et designer.

La troisième partie présente un intense moment musical, le tour de chant de Farrah El Dibany sur les traces de Dalida. Jeune mezzo-soprano à la voix profonde, elle a travaillé au Centre des arts de la Bibliotheca Alexandrina à partir de 2005, est passée par l’Opéra de Berlin et le Festival de Bayreuth en Allemagne, par l’Opéra du Caire et a rejoint l’Académie de l’Opéra de Paris en 2016. Accompagnée ici au piano par Jeff Cohen, cette superbe jeune femme lamée d’argent, a donné avec intelligence et gaîté plusieurs chansons du répertoire de la grande dame, disparue en 1987 – Paroles Paroles, Bambino, Je suis malade, Il venait d’avoir dix-huit ans – et a terminé sur un air qu’affectionnait Dalida, Helwa ya Baladi, une chanson populaire égyptienne reprise nostalgiquement par la salle.

Cette soirée du 8 mars fut un joli moment, simple et chaleureux, qui s’est déroulé en présence de l’épouse de l’ambassadeur S.E.M. Ehab Badawy. Ladies first !

Brigitte Rémer, le 10 mars 2019

Vendredi 8 mars 2019 à 18H30, au Centre Culturel Egyptien, 111 Boulevard Saint-Michel, 75005 – RER : Luxembourg – Tél. : 01 56 89 50 30.

Concert des chanteurs étoiles de l’Opéra du Caire

© Brigitte Rémer

Oratoire du Louvre, Paris. Dans le cadre de l’année culturelle France Egypte 2019 – en collaboration avec Caroline Dumas, de l’Opéra de Paris.

Les solistes de l’Opéra du Caire ont donné un récital des plus chaleureux au cœur de Paris, interprétant de la musique française, italienne et égyptienne à l’Oratoire du 1er arrondissement de Paris. A cette occasion, cinq des plus belles voix de l’Opéra du Caire se sont fait entendre sous le patronage de la Ministre Egyptienne de la Culture, Dr Enas Abdel Dayem, en présence de S.E. Ehad Badawy, Ambassadeur d’Egypte en France, délégué permanent auprès de l’Unesco et de la Conseillère culturelle Nivine Khaled. Jean-François Legaret, Maire du 1er arrondissement de Paris et Conseiller régional d’Île-de-France accompagnait la démarche ainsi que la Présidente du Comité d’animation culturelle de l’arrondissement, Carla Arigoni.

Les mots d’accueil des personnalités présentes, précédant le concert, ont créé un climat d’intimité, pris en relais par les deux cantatrices et trois chanteurs qui se sont succédé. L’Ambassadeur a mis l’accent sur l’importance de la culture comme pivot de la relation entre l’Egypte et la France depuis Champollion, le Maire a évoqué l’importance du patrimoine matériel et immatériel par les voix, comme autant de trésors vivants.

« Carmen » de Georges Bizet fut à l’honneur, avec trois morceaux : La fleur que tu m’avais jetée par le ténor Amr Medhat – qui a par ailleurs chanté È la solita storia del pastore de « l’Arlesiana » de Francesco Cilea composée d’après Alphonse Daudet ; Toreador, le grand air, chanté par Mostafa Mohamed, baryton, qui a aussi interprété une mélodie populaire égyptienne, Tes yeux sont des perles de Hisham Khalaf, qui signe les arrangements musicaux du récital ; La Habanera de « Carmen » L ’amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser… écrit Prosper Mérimée, morceau interprété par la mezzo-soprano Jolie Fayzi, également interprète de Voi lo sapete, o mamma, un air de « Cavaleria Rusticana » de Pietro Mascagni, et de Mon cœur s’ouvre à ta voix, de « Samson et Dalila » opéra de Camille Saint-Saëns ; Reda El Wakil, profonde voix de basse, a chanté La Calunnia/L’air de la calomnie, du « Barbier de Séville » signé Gioachino Rossini, Ella giammai m’amo ! Elle ne m’a jamais aimé, aria du « Don Carlo » de Verdi et Quand la flamme de l’amour de « La jolie fille de Perth » opéra de Bizet ; Iman Mostapha, soprano dramatique, a interprété avec Amr Medhat l’intense duo d’amour du « Bal masqué » de Giuseppe Verdi, Duo Teco io sto, une aria tragique de « La Tosca » de Giacomo Puccini, Vissi d’arte/J’ai vécu pour l’art, inspirée de la pièce de Victorien Sardou, et deux chansons napolitaines des compositeurs Eduardo di Capua et Ernesto de Curtis. Les chanteurs étaient accompagnés au piano par le talentueux James Greig Martin.

Cette invitation au cœur de Paris des solistes de l’Opéra du Caire s’inscrit dans le cadre de l’année culturelle France Egypte dont le coup d’envoi a été donné le 8 janvier dernier par l’ambassadeur de France en Egypte, Stéphane Romatet, à l’Opéra du Caire. Un spectacle de danse classique et contemporaine, Indépendanse X Egypte – création de Gregory Gaillard, chorégraphe, danseur et maître de ballet à l’Opéra de Paris interprétée par les danseurs des deux Opéra(s), Le Caire et Paris – a été créé à cette occasion. La composition musicale de Florian Astraudo, également danseur à l’Opéra, a été réalisée pour l’événement, mixant de l’électro au ney, la flûte arabe. La ministre de la Culture égyptienne Inas Abdel Dayem et le ministre des Antiquités Khaled el-Enani étaient présents. Dans le cadre de cet échange artistique et symbole d’amitié entre les deux pays, l’année culturelle France Egypte propose de nombreuses manifestations tant au Caire qu’à Paris : au Caire, deux manifestations importantes, L’Épopée du Canal de Suez, pour les 150 ans de l’inauguration du Canal, exposition présentée en 2018 à l’Institut du Monde Arabe de Paris, et La Bande dessinée arabe aujourd’hui, créée lors du dernier Festival de la BD d’Angoulême. Le prochain grand événement parisien sera l’exposition Toutânkhamon, Le Trésor du Pharaon, à La Grande Halle de La Villette, à partir du 23 mars prochain.

Une année culturelle prometteuse s’engage, à en juger par la virtuosité des solistes de ce concert, donné à l’Oratoire du Louvre : l’amplitude, la couleur, le volume vocal et la qualité des timbres de voix, d’une belle intensité chacun dans son registre, furent un vrai plaisir.

Brigitte Rémer, le 22 février 2019

Mercredi 20 février 2019, Oratoire du Louvre, 145 rue de Faubourg Saint-Honoré, 75001. Paris – métro : Louvre-Rivoli et Palais-Royal, RER : Châtelet – Les Halles – Sites : www.bureaucultureleg.fr www. institutfrancais-egypte.com – www.francegypte19.com

 

Réinventer le Patrimoine – Enregistrer le présent

© Brigitte Rémer – Passage Kodak, Le Caire

La seconde édition de La Fabrique de la ville durable s’est tenue les 13,14 et 15 décembre 2018 à l’Institut Français d’Égypte – Le Caire/Mounira.

Une première édition avait réuni en 2017 les partenaires institutionnels investis dans le domaine de la gouvernance urbaine et des patrimoines architecturaux. Pour faire le lien et en écho à cette édition, la rencontre 2018 a débuté par la projection d’un film-reportage retraçant les objectifs et stratégies d’une réflexion voulue pérenne sur La Fabrique de la ville durable. Une belle idée permettant de sédimenter les interventions et les réflexions qui, l’année précédente, avaient lancé le colloque et qui d’année en année, enrichiront le débat.

L’édition 2018 met le projecteur sur les archives du présent et rassemble chercheurs, acteurs culturels et artistes impliqués dans la question des patrimoines culturels urbains, matériels et immatériels, d’Égypte et de France. Au-delà de l’architecture, elle interroge différentes disciplines telles que musique, photographie, littérature, cinéma, théâtre et cultures populaires en trois étapes : Réinventer la ville – Réinventer les patrimoines – Enregistrer le présent.

On découvre dans le premier volet du colloque, Réinventer la ville, deux quartiers du Caire, Hattaba et Maspéro, dans lesquels le collectif 10 tooba rassemblé par Ahmed Zaazaa, architecte et urbaniste, conduit des recherches appliquées sur la ville et l’habitat. Dans une ville de plus de vingt millions d’habitants, sans réelle infrastructure ni investissement pour la réhabilitation des quartiers anciens, le constat est sévère : 70% de l’habitat est formé de quartiers informels, la spéculation bat son plein et repousse les terres agricoles au profit de villes nouvelles périphériques, la question des transports est aiguë. Dans ces conditions, toute tentative et proposition en vue de développer des activités culturelles, apporte un peu d’oxygène. Marie Piessat, jeune doctorante en géographie de l’Université Lyon 3 et auprès du CEDEJ, centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales, observe de son côté les toits terrasses, au sommet des immeubles du Caire. L’enquête qu’elle mène révèle les pratiques urbaines et montre que ces toits – qui véhiculent une mauvaise image – sont des espaces de liberté, comme le décrivent les auteurs emblématiques de la littérature égyptienne, Naguib Mahfouz et Alaa Al Aswany dans lesquels elle puise. Le coordinateur des programmes de Mahatat, entreprise culturelle et sociale fondée en 2011 au Caire, Hussein Mohamed, présente ensuite la philosophie du travail mené et les pratiques artistiques que l’association met en place. La réinvention des espaces publics, à Port-Saïd et dans le Gouvernorat du Delta, est au cœur du sujet, à partir de la consultation des habitants et de l’analyse des besoins.

En vis-à-vis, deux expériences françaises sont présentées, deux projets singuliers basés sur des interactions et partenariats : la première, Yes we camp, une plateforme de projets urbains, dont témoignent Leïla Mougas et Arthur Poisson. Ils dessinent les territoires sur lesquels ils interviennent et qu’ils occupent temporairement, comme les Grands Voisins à Paris, situés sur le site de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul et plusieurs autres sites, à Marseille. Ils y réalisent un travail social avec l’association Aurore chargée de l’accueil des migrants, un travail culturel et économique avec Plateaux Urbains. Les différents projets en cours de réalisation, élaborés et mis en oeuvre en synergie avec ce collectif d’associations, déploie des trésors d’invention dans le passage à l’action. Ils partagent leur système d’organisation, qu’ils aimeraient modéliser. La seconde expérience, un travail de création sonore réalisé à Paris et en Ile-de-France par Simon Pochet et le collectif Mu, bureau chargé de production artistique auquel il est artiste associé, plonge dans l’innovation technologique et les outils numériques développés en parlant de web radio, de Fab-lab, de compositions sonores et de parcours artistiques réalisés notamment avec des élèves de la Goutte d’or à Paris, s’interrogeant sur les évolutions de leur quartier. Les projets du collectif Mu sont multiples et se nomment entre autres La Station-Gare des Mines laboratoire consacré aux scènes artistiques émergentes, Magnétique Nord 3 une sorte de festival et lieu de réflexion et d’expérimentation, Soundways, une application pour mobiles.

Le second volet du colloque, sur le thème Réinventer les patrimoines, s’inscrit dans plusieurs directions : tout d’abord celle du patrimoine bâti. Mohamed Elsahed, historien d’architecture et commissaire d’exposition signe l’exposition présentée à l’Institut Français sur le thème « Le Caire depuis 1900. Enregistrer l’architecture d’une ville qui disparaît » à partir des images de son récit sur l’architecture dont la publication, à visée de sensibilisation, est prévue en mai prochain. Mercédès Volait, directrice de recherche au CNRS et du laboratoire InVisu de l’Institut national d’histoire de l’art à Paris, qui connaît bien l’Égypte, s’interroge sur le thème Restituer et transmettre une mémoire visuelle du Caire moderne, au-delà des poncifs. Elle met en relation des photographies et documents de photographes comme Beniamino Facchinelli au début du XIXème, de collectionneurs comme Max Karkégi au XXème, de producteurs comme Richard Mosseri, qui permettent de reconstruire une histoire de la ville. La responsable de la bibliothèque de l’Institut français d’archéologie orientale au Caire (IFAO), Agnès Macquin, parle du projet international de numérisation et d’éditorialisation de documents traitant des relations de la France avec le Moyen-Orient, intitulé Bibliothèques d’Orient. En lien avec la Bibliothèque nationale de France, cette base de données consultable en trilingue – arabe, français, anglais – rassemble près de sept mille documents.

Autres directions de ce second volet, le cinéma, le théâtre et la musique. Pour le cinéma, Marianne Khoury, cinéaste et productrice, co-gérante de Misr International Films parle de la préservation et de la numérisation des archives Youssef Chahine, patrimoine familial dont une partie est actuellement exposée à la Cinémathèque de Paris – notes, cahiers, photos, découpages -. Elle présente, à l’occasion du dixième anniversaire de la disparition du réalisateur, une création musicale sur les vingt premières minutes de son film Gare Centrale avec le Trio Nerda et Z3ro feat, avant de projeter le film dans son intégralité. Pour le théâtre j’avais l’honneur de présenter la philosophie et le travail de la première troupe indépendante d’Égypte, El Warsha Théâtre, fondée en 1987 par Hassan El Geretly, démarche artistique que j’observe depuis une douzaine d’années. Son langage théâtral multiforme et ses sources d’inspiration multiples, viennent tant de l’énergie de la rue que des différentes strates de l’art populaire et traditionnel égyptien, tout en étant d’une grande modernité. Pour la musique, Louis Davis Brozetti a raconté l’odyssée de la mythique Columbia Phonograph Company, fondée en 1888 aux Étas-Unis et qui s’est développée à Athènes dans les années 1930, donnant une fabuleuse dynamique à la diffusion des musiques grecque, africaine et arabe. Il pose la question : faut-il restaurer cette emblématique maison de gravage, mixage, pressage de vinyles, de recherche en art de la pochette, et en faire un musée ? Enfin le compositeur de musique classique contemporaine arabe et chercheur en musicologie, Mustafa Saïd, grand joueur de oud, a parlé de sa démarche et de ses recherches musicales avec l’Ensemble for Arab Classical Contemporary Music/ASIL qu’il a fondé en 2003 et de son travail dans le cadre de la Foundation for Arab Music Archiving and Research/AMAR, fondation libanaise dont il est directeur artistique, spécialisée dans la conservation et la diffusion de la musique arabe traditionnelle (voir UC du 5 janvier 2019). L’enregistrement entraine-t-il toujours une perte d’identité, lance-t-il ?

Le troisième volet du colloque, Enregistrer le présent, s’est déroulé hors-les-murs, à Townhouse Rawabet : Omar Nagati, directeur de Cluster a parlé de méthodes alternatives pour imaginer la ville et présenté ses travaux de recherche. Au Caire, avec son équipe, il a réaménagé plusieurs passages du centre-ville et notamment le Passage Kodak. A Beyrouth et Amman il a créé une plateforme de partage des ressources, catalogue en réseau de bibliothèques et centres de ressources sur les villes. Dia Hamed et Mai Elwakil ont présenté leur travail au sein de Medrar.TV archives numériques des scènes artistiques contemporaines du Caire, et évoqué la problématique des droits. Mariam El Nazahy a parlé d’éthique et de protection des archives à travers le projet Open Index qui vise à numériser et diffuser les archives de la galerie Townhouse. D’autres démarches, personnelles ou collectives, de préservation de la mémoire ont été présentées dont le travail du CIC, Contemporary Image Collective par Andrea Thal, qui lie l’archivage et la programmation et qui parle de l’impossible neutralité des archives ; dont le travail de recherche mené par Ahmed Shawky Hassan sur La naissance de l’art vidéo en Égypte ; dont le roman de Omar R. Hamilton, La ville gagne toujours sur la révolution égyptienne de 2011, qui a obtenu en 2018 le Prix de la littérature arabe décerné par l’Institut du Monde Arabe, à Paris. Ont aussi été présentées une Performance de Alaa Abdelhamid autour des écrits sur les arts du philosophe et écrivain Abbas Mahmoud Akkad, ainsi qu’une lecture théâtrale menée par Duncan Evennou, Lancelot Hameli et Benoît Verjat, Les rêves du Caire, à partir des récits qu’ils ont collectés auprès de diverses communautés de la ville et qui s’inscrivent dans un work in progress.

Cette seconde édition de La Fabrique de la ville durable qui met en relation deux termes pouvant paraître antinomiques, Réinventer le Patrimoine – Enregistrer le présent, apporte un matériau d’une grande richesse. Elle a permis une confrontation d’expériences et de points de vue sur le patrimoine culturel, à partir de géographies différentes – l’Égypte et la France notamment – et à partir de formations et métiers diversifiés, mêlant architectes, concepteurs de projets culturels, artistes et chercheurs. Suivie d’un échange avec le public, chaque séquence a donné du grain à moudre et ouvert le champ de la connaissance. Chapeau bas au programmateur et modérateur de l’ensemble, David Ruffel, Attaché pour le livre à l’Institut Français d’Égypte et à son équipe, qui ont mis en œuvre ces fructueuses rencontres sous l’égide du Conseiller culturel, Mohamed Bouabdallah et de l’Attachée culturelle, Marine Debliquis.

« A la vitesse du météore se propage une rumeur selon laquelle l’État va démolir le monastère dans le cadre d’un projet d’équipements publics. En une seconde, la nouvelle devient le sujet des conversations dans les maisons, les échoppes, les magasins publics, les fumeries, la taverne et les terrains vagues… Il n’y a de verdure et de fleurs que dans le monastère… » décrit le Prix Nobel de Littérature, Naguib Mahfouz, dans les Récits de notre quartier publiés en 1975, et qui donnent les contours du microcosme où il vit, le quartier Gammaleya au Caire, au début du XXème siècle. « C’est dimanche. Rue Soliman-Pacha, les boutiques ont fermé leurs portes, et les bars et les cinémas se remplissent de leurs habitués. La rue sombre et vide, avec ses boutiques closes et ses vieux immeubles de style européen, semble sortir d’un film occidental triste et romantique. Depuis le début de cette journée de congé, le vieux concierge, Chazli, a transporté son siège de l’entrée de l’ascenseur à celle de l’immeuble, sur le trottoir, pour contrôler ceux qui y entrent et ceux qui en sortent… » écrit en écho, en 2002, Alaa Al Aswany dans son premier roman, L’Immeuble Yacoubian où il montre la vie foisonnante d’un édifice autrefois grandiose du centre-ville. « Une ville géante assise sur le bord, baignait dans l’eau ses pieds de pierre » disait Hugo dans Les Orientales, parlant du Caire.

Brigitte Rémer, le 13 janvier 2019

Colloque La Fabrique de la ville durable, 2nde édition, « Réinventer le Patrimoine – Enregistrer le présent » les 13,14 et 15 décembre 2018 à l’Institut Français d’Égypte, 1 Sh. Madresset El Huquq El Frinseya, Mounira, Le Caire.

 

Willy Ronis par Willy Ronis

© Willy Ronis – Le Café de France – L’Isle-sur-la-Sorgue

Exposition de photographies, Pavillon Carré de Baudouin, co-organisée par la Mairie du XXème et la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, en partenariat avec l’Agence photographique de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais. Commissaires de l’exposition : Gérard Uféras et Jean-Claude Gautrand.

Par cette superbe exposition présentée au Pavillon Carré de Baudouin, la Mairie du XXème fête, en deux cents photographies, les dix ans de ce lieu culturel qu’elle porte avec brio. L’exposition se termine, elle fut prolongée de trois mois et eut un immense succès. « Proposer une culture gratuite, populaire, accessible et de qualité, c’est faire en sorte qu’elle se transmette et se partage sans condition d’âge ou d’origine sociale. C’est la marque de fabrique du 20e et notre fierté » écrit Frédérique Calandra, Maire du 20e.

Né au pied de la Butte Montmartre en 1910 et mort en 2009, Willy Ronis est une grande figure de la photographie dite humaniste, qui consacra les vingt-cinq dernières années de sa vie à classer ses archives. Il réalisa six albums qui constituent comme son testament photographique. Les commissaires de l’exposition ont puisé dans cette mémoire vive pour élaborer ce parcours en images.

La première salle montre les clichés de Willy Ronis à Belleville-Ménilmontant, sorties de son livre-culte. Il découvre le quartier en 1947 grâce à un ami peintre alors que la réputation du secteur n’est pas glorieuse : « C’était le quartier des Apaches, on n’y allait pas. » Lui, en tomba littéralement amoureux. Il laisse un reportage des plus attachants sur le Paris des années cinquante et sur ce quartier populaire aux rues pavées et aux petits métiers. La vie quotidienne y est montrée dans sa simplicité et sa vérité. « Belleville, Ménilmontant sont, tout au moins pour moi, deux éléments essentiels de ce que j’aime appeler : la poésie de l’authenticité » dit-il. On y voit les vieux bistrots comme Le bistrot de la rue des Cascades, sur trois niveaux, le bistrot-guinguette Chez Victor, où la patronne s’affaire derrière le zinc, le Café au coin de la rue des Couronnes et de la rue Henri-Chevreau, « Les choses se présentent à l’impromptu, ou bien on sent qu’en se plaçant à tel endroit et avec de la patience, il se passera sûrement quelque chose… » Le bas de la rue des Partants témoigne d’une qualité de lumière entre contre-jour ensoleillé et jour de neige, une Réunion de jeunes dans une cave, les montre tous serrés autour d’une table, une Partie de pétanque rue du Télégraphe capte le geste du lanceur tandis que les autres s’affairent, leurs ombres se croisant avec une certaine mathématique. Une photo Avenue Simon Bolivar depuis l’escalier de la rue Barrelet-de-Ricou où par le fait du hasard, se trouvent différentes personnes en différents plans « J’ai rarement inclus autant d’éléments dans une même photographie » commente-t-il. Le Vitrier rue Laurence Savart gravit péniblement la rue tandis que La station Ménilmontant sur la Petite Ceinture vue depuis la rue Henri-Chevreau mêle la vapeur de la locomotive à la brume du matin avec beaucoup de poésie.

La seconde salle montre Les débuts du photographe et notamment ses premières photos en Vallée de Chevreuse pendant les vacances. Son père est un photographe de quartier, il lui offre pour ses seize ans un Kodak 6,5 x 11 à soufflet, même si c’est la musique qui l’attire, sa mère étant professeur de piano. Très tôt il s’intéresse aux gens, au monde ouvrier, à la rue, ainsi Haltérophile Quai de la Râpée montre, en 1934, sa curiosité de la rue. Pour aider son père gravement malade, il glisse pourtant vers la photographie professionnelle.  « Je suis le contraire d’un spécialiste, je suis un polygraphe » dit-il. Deux ans plus tard il abandonne le studio paternel et se lance dans « l’aventure de la photographie indépendante », devient reporter photographe, répond à des commandes et fait ses recherches personnelles. Il acquiert en 1937 un Rolleiflex 6 x 6 et sillonne Paris, ses paysages et ses décors, certaines banlieues comme Nanterre. Il reprend, après l’Occupation, et témoigne du Retour des prisonniers, en 1945, Gare de l’Est. La force des images, là encore, a valeur de témoignage. Une série d’Autoportraits montre son évolution, d’une certaine sophistication des débuts à un laissez aller, dont le célèbre Autoportrait aux deux flashes pris en 1951. Ses Nus pris entre 1949 et 2002 appellent la composition et la lumière de la peinture et de la sculpture. Son Nu provençal entre autres, réalisé à Gordes en 1949, prenant sa femme penchée sur un broc et une cuvette dans la lumière de la fenêtre ouverte, évoque Vermeer. Cette photographie devenue icône est, dans sa simplicité, une pure merveille. Le chapitre sur L’Intime, montre sa discrétion par rapport à l’intimité familiale, avec sa femme Marie-Anne comme avec son fils, Vincent. Il sait préserver l’investissement émotionnel donné dans ces photographies : « Je négocie l’aléatoire » dit-il.

Suit un chapitre sur Le monde ouvrier qui l’intéresse, de même que le monde artisan. Il publie dans de nombreux quotidiens et magazines, et très tôt dans plusieurs journaux de gauche. Il couvre le Front Populaire, les ouvriers chez Citroën, les défilés syndicaux, les conflits sociaux de l’après-guerre, fixe forges, filatures, docks, et usines automobiles dans son appareil, photographie les ouvriers de différentes villes et entreprises françaises dont ceux des mines de Potasse d’Alsace et ceux des usines de cristal de Baccarat. Par son témoignage il exprime sa solidarité. En 1946 Willy Ronis entre à l’agence Rapho, puis intègre le Groupe des XV, auquel appartient entre autres Doisneau. Il exposera au Moma de New York en 1951, en compagnie d’Henri Cartier-Bresson, Brassaï, Robert Doisneau et Izis.

Si Paris a largement capté son attention, Willy Ronis n’a pourtant pas laissé La Province pour compte, et ses images couvrent le milieu rural autant que l’urbain. En état de veille, il sillonne le Vaucluse, la Gironde et Marseille de l’après-guerre et rapporte des images de la vie quotidienne, des paysans et des commerçants, des métiers. « Parfois, les choses sont offertes avec grâce. C’est ce que j’appelle le moment juste. Je sais bien que si j’attends, ce sera perdu, enfui. » De la province, l’exposition nous emmène dans L’Ailleurs, par ces traces photographiques laissées de ses voyages dans le monde : Belgique, Hollande, Venise, Londres, RDA, Alger, New-York, Moscou, deux croisières en Méditerranée à partir desquelles il réalise une exposition sur le thème Les Balkans de nouveau en danger, avec l’aide de Robert Capa. Il couvre le Congrès international pour la Paix, à Varsovie, en 1950, part à l’Île de la Réunion avec les photographes Sebastião Salgado et Guy Le Querrec. L’environnement social et le quotidien restent au cœur de ses préoccupations et de ses images.

Observant le monde, les photos de Willy Ronis dressent une sorte de portrait intimiste et profond de la société et de l’époque. Pourtant la crise des années 1960 l’oblige à quitter Paris et à s’installer à Gordes, dans le Vaucluse, en 1972, pour une sorte de traversée du désert. La création des Rencontres d’Arles en 1970, lui permettra de reprendre pied dans le milieu et d’obtenir la reconnaissance qui lui est due : le Grand Prix national des Arts et des Lettres lui est décerné en 1979 ; il est l’invité d’honneur des 11e Rencontres d’Arles en 1980 ; une grande rétrospective est organisée au Palais de Tokyo en 1985, célébrant la donation qu’il a faite de l’ensemble de son oeuvre à l’État français, deux ans plus tôt.

Willy Ronis par Willy Ronis est une exposition rare, ouverte à tous, qui permet de redécouvrir des images sensibles et la poésie du photographe, un brin nostalgique. Des films projetés complètent l’exposition et permettent d’approfondir l’univers du photographe, ainsi Willy Ronis à Paris, de Virginie Chardin et Vladimir Vasak, Une Journée avec Willy Ronis, de Françoise Denoyelle et Yves de Perretti, Willy Ronis, Autoportrait d’un photographe, de Michel Toutain & Georges Chatain, Pyramide Production.  « Le monde extérieur est un spectacle dont le metteur en scène a pour nom le hasard. Le hasard a parfois du génie. Il y a des photographes qui ont le privilège de capter ces moments uniques. C’est à partir de là que la photographie nous révèle des choses qu’elle seule est capable de nous offrir » constatait-il avec simplicité.

Brigitte Rémer, le 31 décembre 2018

Du 27 avril au 31 décembre 2018 – Pavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant, 75020. Paris – Métro : Couronnes ou Gambett – Entrée libre – www.mairie20.paris.fr

Migrer d’une langue à l’autre ? Apprendre la langue du pays d’accueil à l’heure du numérique

Journée d’étude organisée par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France au Musée national de l’histoire de l’immigration le 21 novembre 2018, avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France – Modération Yvan Amar, journaliste à Radio France Internationale.

La sixième édition de cette Journée d’étude sur le thème Migrer d’une langue à l’autre ? s’est ouverte par les mots de bienvenue de la directrice générale du Palais de la Porte Dorée, Musée de l’Histoire de l’Immigration, Hélène Orain et ceux du nouveau Délégué général à la langue française et aux langues de France près le Ministère de la Culture, Paul de Sinety. Chaque année se redéfinissent les objectifs et les enjeux, chaque année tient ses promesses.

Son axe de réflexion et les expériences venant du terrain traitaient cette année des outils du numérique, en termes pédagogiques et présentaient les ressources, les formations et outils de l’apprentissage du français, en ligne. La définition des enjeux de l’apprentissage du français pour les migrants fut donnée dans un premier temps par Agnès Fontana, directrice de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité qui a présenté le Rapport d’Aurélien Taché député du Val d’Oise remis au Ministère de l’Intérieur en février dernier, « 72 propositions pour une politique ambitieuse d’intégration des étrangers arrivant en France » et sa mise en œuvre. Dans un second temps, Benjamin Stora, président du conseil d’orientation du musée national de l’Histoire de l’immigration, chargé d’une mission de coordination de l’action culturelle en faveur des migrants dans les établissements publics du ministère de la Culture a rappelé l’évolution des contextes entre la vague d’émigration du début du XXème où l’intégration se faisait par le travail, les années post-coloniales de 1960 à 1980 où la langue française était comme un tribut de guerre et aujourd’hui, l’effondrement des États et l’entrée de deux millions de personnes en Europe – y compris ceux issus de pays qui n’étaient pas dans l’histoire coloniale et ne procédaient pas de l’histoire culturelle européenne – ainsi que la crise de l’Union Européenne et la montée des nationalismes.

Les mécanismes d’intégration se font par la langue, le travail et le logement même si la question de la langue ne doit pas devenir un obstacle. En ce qui concerne la langue, Benjamin Stora reconnaît ceux qui, aux quatre coins de la France, donnent cours, issus notamment de réseaux bénévoles et propose que ce peuple invisible de formateurs soit porté à la connaissance de l’État et à la connaissance de tous, et qu’ils soient mis en réseau avec ce qui se passe dans le public, évitant que chacun ait ses réfugiés. Il parle aussi de l’aide à apporter aux artistes en exil pour faire vivre leur art et leur culture. C’est dans cet esprit que Visions d’exil, coproduit par le Palais de la Porte Dorée/Musée national de l’histoire de l’immigration, se déploie dans plusieurs lieux culturels dans et autour de Paris.

Plusieurs responsables politique ou représentants de structures ont ensuite partagé leur expérience comme Isabelle Devaux pour la Ville de Paris, François Pinel pour le Ministère de l’Intérieur, Pascale Gérard pour l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes et Pierre Henry, de France Terre d’Asile. Les différents outils d’apprentissage du français en ligne ont été présentés par l’Alliance Française, le Centre international d’études pédagogiques, Radio France International, TV5 Monde, la Bibliothèque Publique d’Information et plusieurs autres associations, ainsi que le lancement du parcours de formation réalisé par Bibliothèques Sans Frontières que préside Patrick Weil, universitaire spécialiste des questions d’immigration et de citoyenneté.

De fructueux débats se sont engagés avec l’auditoire autour des innovations, des cartographies des lieux d’apprentissage, des méthodologies de l’apprentissage par le cinéma, les mooc, blog, guides de ressources, et autres, par tous les outils mis aujourd’hui à disposition des migrants. La façon dont la langue a été portée et instrumentalisée, dans les territoires ex-coloniaux où le français, contraint et forcé, était familier, ou bien dans les pays hors de la zone d’influence française ne se pose pas de la même manière. Dans tous les cas elle met en jeu l’Histoire, la Nation et l’État et se doit d’être à l’écoute de ceux qui, pour un temps, perdent leurs repères et cherchent à se poser, à s’ancrer sur de nouveaux territoires et à s’insérer.

Cette Journée d’étude est un des maillons de la chaîne civique qui en brisant la distance permet de s’inscrire dans la logique du plaisir d’apprendre à partir de la multiplicité d’expériences vers une multiplicité de migrants venant de tous horizons et qui ne sont pas reconnus comme citoyens, dans leurs pays respectifs.

Brigitte Rémer, le 30 décembre 2018

Migrer d’une langue à l’autre ? Journée d’étude au Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration, 293 avenue Daumesnil, 75012. Métro Porte Dorée – Tél. : 01 53 59 58 60 – http://www.dglf.culture.gouv.fr/ – editions@palais-portedorée.fr

La disparition de Guy Rétoré, directeur du Théâtre de l’Est Parisien, défenseur d’un théâtre populaire dans le XXème arrondissement de Paris

© Archives Théâtre de l’Est Parisien

Situé au 17 de la rue Malte-Brun, le Théâtre de l’Est Parisien était depuis 1911 date de sa construction, un cinéma et un music-hall d’environ mille places, qui répondait au nom de Zénith. Le ministère des Affaires Culturelles que dirigeait André Malraux en fit l’acquisition en 1963 et en confia la direction à Guy Rétoré, alors directeur d’une compagnie théâtrale amateur, La Guilde, qu’il avait créée en 1951. Né à Ménilmontant et enfant du quartier, Rétoré avait découvert le théâtre avec la troupe de la SNCF, entreprise où l’avait fait entrer son père pendant la guerre, pour échapper au Service du travail obligatoire, puis il avait suivi des cours avant de créer sa compagnie, La Guilde.

A la tête du Théâtre de l’Est Parisien, sa mission fut de développer l’art théâtral et la culture dans l’est de Paris, excentré et sorte de désert culturel. En 1983 Jack Lang fit reconstruire la salle, devenue Théâtre national de la Colline, et en confia la direction à Jorge Lavelli. Guy Rétoré se vit alors déplacé au 159 avenue Gambetta, sa troupe redevint structure de production et de diffusion subventionnée par l’État sous l’égide de La Colline. Huit ans plus tard il sera sommé de quitter les lieux par Catherine Trautmann, Ministre de la Culture qui nomme à la direction du TEP, en 2001, Catherine Anne. Contraint et forcé de libérer la place, par la Ministre suivante, Catherine Tasca, en juin 2002, il finit par lâcher. “Un fauteuil pour deux” titrait L’Humanité le 9 avril 2001 au moment de la polémique.

A croire que ce lieu est prédestiné aux difficultés, car au départ de Catherine Anne en 2011, le Théâtre international de Langue Française créé par Gabriel Garran, quitte La Villette et prend place avenue Gambetta pour changer de nom et devenir Le Tarmac, avec tous les séismes du printemps dernier que l’on a suivi, qui visaient à déloger Valérie Baran et son équipe pour y installer Théâtre Ouvert. Le jeu des chaises musicales décidément est actif.

Pendant plus de quarante ans au pilote de la vie théâtrale du XXème arrondissement Guy Rétoré fit un véritable travail de démocratisation culturelle et développa un théâtre populaire et national dans le droit fil des grands de la décentralisation et du service public comme Romain Rolland, Maurice Pottecher, Firmin Gémier, Jean Dasté et Jean Vilar. La Guilde devient troupe permanente en 1960, et le lieu fut inauguré par Malraux comme Maison de la Culture ayant statut de Centre Dramatique National. Rétoré mit en place une politique de création des textes, contemporains et classiques, et lança de nombreuses actions de développement culturel notamment dans un dialogue avec les écoles. Jacques Duhamel, lui donne le label de Théâtre National, en 1972 et  statut d’établissement public. Outre les créations maison, Guy Rétoré y invitait les grands de la création dans un esprit d’ouverture, ainsi Dario Fo en 1980 y présenta son Histoire du tigre et autres histoires.

Rétoré fidélisa des acteurs engagés, comme lui, dans la mission de service public qui leur était assignée et mit en scène les grands auteurs d’une manière très ouverte, de Shakespeare à Brecht, de Musset à O’Casey en passant par Pagnol, de Roger Vaillant à Armand Gatti, de Claudel à Beckett. « Notre répertoire, c’est Molière, Shakespeare, Aristophane, Sophocle et le théâtre contemporain qui parle aux contemporains » disait-il lors d’une interview.

Ces dernières années il vivait en Sologne où il s’est éteint à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans.

 Brigitte Rémer, le 26 décembre 2018