Ayoub

Spectacle de Marina Otero (Conférence Performance) – avec Marina Otero et Ibrahim Ibnou Goush (Argentine/Espagne) – au Théâtre d’O du Domaine d’O / Cité européenne du Théâtre, dans le cadre du Printemps des Comédiens.

© Andres Carnalla

Elle ne lâche rien Marina Otero pour montrer qu’un amour, de portée intime certes mais aussi politique, se défait. « Notre amour n’était pas possible dans un monde impossible » lance-t- elle.

Le contexte est Gaza et la Palestine derrière sa colère qui se décline à l’infini. Un homme est étendu au sol, peut-être une femme tuée par l’occupant, peut-être Ayoub, un prénom répandu dans les pays islamiques et qui signifie le repenti, dans le Coran celui qui revient à Dieu. Et elle fait le décompte des Ayoub tués par Israël dans la bande de Gaza, ajoutant : « Pour ces morts, je donne ton nom à cette œuvre qui parle de toi, de colonialisme, de la Palestine, et de tout ce que je veux tuer en moi. » Sur écran passent en boucle des images et le rêve d’une Palestine libre et respectée.

© Andres Carnalla

Leur correspondance s’échange, d’ici, l’Espagne où se trouve Marina Otero, et d’Allemagne où lui se trouve, dénonçant les exactions israéliennes. « Se souvenir pour vivre dit-elle, raconter des histoires et raconter l’Histoire jusqu’à ma mort. » Puis elle se lâche et devient aède et rhapsodie, Shéhérazade et Méphisto, sa confession se fait entendre, au micro. Se mêlent le réel et le quotidien, la métaphore et la provocation. L’actrice a l’art de la métamorphose, décline les émotions et les pulsions de mort qu’elle convoque avec talent. Elle évoque Tanger où elle avait rendez-vous avec son destin, croyant aider l’homme en situation de vulnérabilité qu’elle allait épouser, et la tournée qu’elle prépare pour l’Allemagne.

Puis elle apostrophe avec véhémence le public : « Vous voulez du spectacle ? » et devient spectacle, lionne, puis met des gants de boxe et se défonce contre un punching-ball, assénant les coups du désespoir. Elle évoque la mort de Mohammed, le marché de l’art dans lequel elle s’inscrit, sa maison à Madrid où Ayoub viendrait. Dans sa poétique elle parle aussi d’Abdallah عبد الله (serviteur d’Allah) qui se compose de deux mots. Abdallah de la terre et Abdallah de la mer qui se mêlent à la fin de son histoire d‘amour. Et elle se met à danser avec frénésie, jusqu’à la transe.

© Andres Carnalla

Alors apparaît Ayoub dans un même rêve, seul en scène et refaisant le parcours des quinze années passées à ses côtés et dans son ombre. La genèse de l’histoire : « Je suis Ayoub du livre, Ayoub de ton livre… » Il rappelle : « Tu étouffais de solitude et moi de pauvreté… J’avais vingt-cinq ans… »  Puis il s’adresse à elle avec vigueur et reproche parlant de personnage exotique et de prison. « Tu as tout contrôlé… À cause de toi je suis devenu quelqu’un d’autre » dit-il parlant de colonisation de l’amour. Le texte l’invective et se fait plus violent, concentré et insultant. « Je vais quitter ta fiction » ajoute-t-il, seul, dans la pénombre se mettant à danser et s’étourdir, à son tour. Jusqu’à ce qu’elle entre dans la danse et qu’ils s’effacent ensemble dans le noir tombé.

Ayoub est un spectacle sans concession et Marina Otero occupe l’espace à la folie comme on aime à la folie. Ibrahim Ibnou Goush lui répond coup pour coup avec une grande dignité et une magnifique présence. Les deux solos puis le duo final sont d’une grande force, on en sort ko debout.

Metteuse en scène, interprète, auteure et pédagogue, Marina Otero vit actuellement à Madrid. Elle a créé le projet « Recordar para vivir », basé sur la construction d’une œuvre interminable autour de sa propre vie. Andrea, Recordar 30 años para vivir 65 minutos, Fuck me, Love me et Kill Me font partie de ce projet éternel qui s’achèvera le jour de sa mort. » Ses spectacles, pour lesquels elle a reçu de nombreux prix, voyagent dans le monde entier.

Brigitte Rémer, le 20 juin 2026

Avec Marina Otero et Ibrahim Ibnou Goush – caméra Florencia de Mugica – coordination technique et technicien en tournée Giancarlo Pia Mangione – création lumière Facundo David – création sonore Antonio Navarro – montage vidéo Daniela García – supervision des textes María Velasco – collaboration Javier Montero – traduction en dariya Farah Hamdaoui Kadaoui – arrangements musicaux Juan Pablo de Mendonça – photographie Andrés Manrique, Andrés Carnalla, Analu Zapata – tailleur  Guadalupe Blanco Galé –  administration de production Mariano de Mendonça – distribution Otto Productions.

Vendredi 5 et samedi 6 juin 2026, au Théâtre d’O / Domaine d’O / Cité européenne du Théâtre – Printemps des Comédiens, 178 Rue de la Carriérasse, 34090 Montpellier – tél. : 33+(0) 4 67 63 66 67 – site : www. printempsdescomédiens.com